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Les fumées des incendies peuvent voyager à des centaines de kilomètres et être particulièrement nocives : Quels risques pour la Belgique ?

Дата публикации: 28-07-2026 05:50:03

Les fumées des incendies de forêt ne s’arrêtent pas aux flammes. Particules fines, gaz irritants, monoxyde de carbone et substances cancérigènes forment un cocktail particulièrement nocif. Avec les feux qui ravagent la France, faut-il craindre leur arrivée jusqu’en Belgique ? ...

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Les images de fumée et de flammes qui ravagent actuellement plusieurs régions françaises inquiètent pour leurs conséquences environnementales et matérielles. Mais un autre danger, plus invisible, accompagne ces incendies : celui de la pollution de l'air. Dans son expertise publiée récemment, l'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) souligne que les fumées de feux de végétation peuvent être deux à dix fois plus nocives que la pollution atmosphérique habituelle.

"Quand on respire la fumée d'un incendie de végétation, on respire une fumée très nocive, parfois davantage que la fumée de cigarette", résume le toxicologue Alfred Bernard (UCLouvain). La raison : la combustion de la végétation est souvent incomplète et produit un mélange particulièrement complexe de substances.

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La probabilité d'une remontée d'air des régions concernées en France existe"

Un cocktail toxique

Dans ce nuage, les particules fines occupent une place centrale. "Environ 80 % des particules émises par les feux de végétation sont des particules fines", relève l'Anses. Une partie d'entre elles mesure moins d'un micron et peut pénétrer profondément dans les poumons, voire passer dans la circulation sanguine.

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Mais les particules ne sont pas seules. Les fumées peuvent également contenir des gaz asphyxiants, comme le monoxyde de carbone ou le cyanure, des gaz irritants comme les oxydes d'azote et de soufre, ainsi que de l'acroléine, particulièrement agressive pour les yeux et les voies respiratoires. S'y ajoutent encore des substances cancérigènes, dont des hydrocarbures aromatiques polycycliques.

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Pour les particules fines, c'est très bien documenté : on observe une augmentation de la mortalité cardiovasculaire"

"Il faut distinguer les risques aigus des risques chroniques, insiste Alfred Bernard. À court terme, l'exposition peut provoquer une irritation des yeux, du nez et de la gorge, une toux, une gêne respiratoire ou aggraver un asthme. Les personnes souffrant déjà de maladies pulmonaires ou cardiovasculaires sont particulièrement vulnérables."

Les effets ne se limitent d'ailleurs pas aux poumons. Les épisodes de forte pollution aux particules fines sont associés à une hausse des problèmes cardiovasculaires et de la mortalité. "Pour les particules fines, c'est très bien documenté : on observe une augmentation de la mortalité cardiovasculaire", explique le toxicologue.

Le risque d'intoxication au monoxyde de carbone existe également, mais il concerne surtout les situations où les concentrations sont très élevées, notamment à proximité immédiate des flammes. Pour la population générale, le danger le plus important est souvent celui de l'exposition aux particules et aux gaz irritants.

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Le phénomène est particulièrement trompeur : une fumée peut être dangereuse à proximité de l'incendie, puis voyager très loin, tout en devenant progressivement moins concentrée. "Les fumées peuvent parcourir des centaines de kilomètres", explique Alfred Bernard, qui cite notamment les épisodes de pollution liés aux incendies canadiens ayant atteint jusqu'à New York.

La concentration diminue évidemment avec la distance. Mais les particules fines peuvent rester longtemps en suspension et être transportées par les vents. "C'est un phénomène assez pervers. Il faut du vent et de l'eau pour s'en débarrasser."

La pluie peut en effet rabattre les particules vers le sol, tandis que les conditions météorologiques déterminent largement la direction et la distance parcourue par les panaches. Les fumées issues de combustions plus complètes peuvent aussi voyager à haute altitude avant de se disperser progressivement.

Alors, la fumée des incendies français peut-elle atteindre la Belgique ? "C'est possible", répond l'expert, mais le risque sanitaire direct reste limité. En parcourant plusieurs centaines de kilomètres, le panache se dilue fortement et se mêle à la pollution atmosphérique déjà présente.

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"Il faudrait vraiment que la pollution soit visible ou que l'on ressente une odeur de brûlé pour que l'on puisse considérer qu'il existe un risque significatif en Belgique", estime le toxicologue. Dans ce cas, les réflexes sont les mêmes que lors d'un épisode de pollution atmosphérique : éviter les efforts physiques intenses à l'extérieur et, pour les personnes les plus fragiles, limiter autant que possible toute exposition.

Les conditions météorologiques pourraient toutefois favoriser, dans les prochains jours, une remontée de masses d'air depuis la France vers la Belgique. "La probabilité d'une remontée d'air des régions concernées en France existe", confirme Pascal Mormal, météorologue à l'Institut royal météorologique (IRM). Mais la situation belge ne serait pas comparable à celle des populations vivant à proximité des incendies.

"À ce stade, on ne peut pas considérer cela comme une menace directe particulière pour la Belgique", précise-t-il. Les fumées seraient largement diluées lors de leur trajet. La météo reste toutefois un élément déterminant : les vents, la chaleur, l'absence de précipitations et la stabilité de l'atmosphère peuvent modifier la trajectoire et la concentration des polluants.

En Belgique, la situation reste pour l'heure rassurante. La Cellule interrégionale de l'environnement (CELINE), qui surveille la présence de particules fines dans l'air, prévoit pour lundi et mardi des concentrations moyennes journalières correspondant au niveau "bon", en vert sur son échelle de qualité de l'air. Le plan "forte chaleur et pics d'ozone" est toutefois entré en phase d'avertissement depuis ce samedi 25 juillet.

La Belgique connaîtra toutefois des températures élevées cette semaine, avec environ 33 à 34 degrés attendus mercredi et jeudi, avant une possible baisse temporaire. "La situation reste au-dessus des normales saisonnières et le signal de précipitations est assez faible", indique Pascal Mormal. Autrement dit, les conditions restent favorables à la persistance de la chaleur et de la sécheresse, deux facteurs qui compliquent la lutte contre les incendies.

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Pour la population, le conseil est simple : si l'on perçoit une odeur irritante ou une dégradation nette de la qualité de l'air, il faut réduire son exposition. Fermer les fenêtres, éviter le sport et les efforts physiques à l'extérieur et, lorsque c'est possible, rester à l'intérieur.

Mais la fumée peut aussi s'infiltrer dans les bâtiments. "Elle pénètre dans les bâtiments", rappelle Alfred Bernard. En cas d'exposition directe, un masque FFP2 peut filtrer une grande partie des particules fines. Il ne protège toutefois pas contre les gaz.

Les personnes asthmatiques, souffrant d'une maladie respiratoire ou cardiovasculaire, les enfants et les personnes âgées doivent être particulièrement vigilants. "La population générale doit se méfier dès qu'elle ressent des effets irritants", insiste le toxicologue.

Le paradoxe des fumées d'incendie est donc le suivant : elles peuvent voyager très loin, mais leur danger dépend avant tout de leur concentration au moment où elles atteignent une population. La fumée qui traverse plusieurs centaines de kilomètres n'est pas nécessairement inoffensive. Mais, dans le cas de la Belgique, les experts estiment que la distance et la dispersion devraient fortement limiter le risque sanitaire lié aux incendies en cours en France.

La surveillance de la qualité de l'air reste dès lors essentielle. Si les concentrations de particules fines venaient à dépasser les seuils d'alerte, la population en serait informée. En attendant, une odeur persistante de brûlé, une irritation des yeux ou de la gorge et une gêne respiratoire constituent les signaux les plus simples : mieux vaut alors réduire son exposition plutôt que de continuer à respirer, sans s'en rendre compte, un cocktail de polluants.

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