Le leader du parti d’extrême droite Reform UK, empêtré dans une affaire de dons de riches soutiens non déclarés, a démissionné de son siège de député. Si les principaux partis boycottent le scrutin, un comédien en costume métallique s’est porté candidat.
Le leader d’extrême droite britannique, Nigel Farage, à Londres au Royaume-Uni, le 7 juillet 2026. DAN KITWOOD / GETTY IMAGES VIA AFP
Echapper à un scandale financier en provoquant une législative partielle et se retrouver opposé à un candidat avec une tête de poubelle. C’est ce qui arrive au leader du parti d’extrême droite Reform UK Nigel Farage, qui a démissionné mardi 7 juillet de son siège de député.
La manœuvre vise à se dépêtrer d’une affaire de dons de riches soutiens non déclarés, en redonnant la possibilité à ses électeurs de le réélire, lui redonnant ainsi une légitimité démocratique. Un cirque politique auquel n’ont pas voulu se mêler les principaux partis qui boycottent le scrutin, laissant la place à candidat fantaisiste nommé « Count Binface ».
• Nigel Farage empêtré dans des scandales financiersDepuis plusieurs semaines, l’ex-figure de proue du Brexit est dans la tourmente, peinant à expliquer pourquoi il n’a pas déclaré d’importantes sommes données par de riches soutiens peu avant son élection en tant que député en juillet 2024. Il est sous le coup d’une enquête du gendarme chargé de l’éthique des parlementaires au sujet d’un don de cinq millions de livres (5,7 millions d’euros) fait par un milliardaire qui a bâti sa fortune grâce aux cryptomonnaies, Christopher Harborne. Les nouveaux députés sont censés déclarer toute somme d’argent reçue dans les 12 mois ayant précédé leur élection, sauf si elle n’est pas considérée comme liée à des activités politiques.
Nigel Farage a aussi laissé entendre dans son discours qu’il faisait l’objet d’une nouvelle enquête, après des révélations du « Sunday Times » ce week-end. Ce journal a dévoilé qu’il n’avait pas déclaré avoir bénéficié de services de sécurité, d’un hébergement ainsi que de la prise en charge de sa communication sur les réseaux sociaux, financés par un autre spécialiste des cryptomonnaies, George Cottrell. Ces affaires s’ajoutent à d’autres allégations sur des erreurs dans la déclaration des intérêts qu’il a perçus dans l’immobilier au Royaume-Uni.
• Vers une législative partielleL’enquête en cours lui faisait courir le risque d’une suspension de son appartenance à la Chambre des communes, qui aurait pu conduire au déclenchement d’une élection législative partielle dans sa circonscription. Nigel Farage a donc décidé de précéder ce risque : « Je vais démissionner de mon mandat de député de Clacton-on-Sea (sud-est de l’Angleterre, NDLR), ce qui provoquera une élection partielle, (…) et je me présenterai à ce scrutin partiel », a-t-il révélé dans une déclaration vidéo. « Les habitants de Clacton doivent être les juges de mes actions », a-t-il insisté, accusant les médias et ses adversaires politiques de s’en prendre à lui.
Nigel Farage a de nouveau affirmé n’avoir « rien fait de mal » et avoir utilisé une partie de l’argent reçu pour financer sa sécurité. « Je suis la figure publique ou le responsable politique le plus attaqué verbalement et physiquement de l’époque moderne », a-t-il lancé. Sa démission met en suspens l’enquête en cours mais celle-ci pourra reprendre s’il est réélu. « Tout ce que cela lui permet de faire, c’est de gagner du temps », a commenté Tim Bale, politologue à l’université Queen Mary de Londres, interrogé par l’AFP.
Le scandale pourrait toucher plus largement son parti. « Une série de transactions impliquant les plus hauts responsables de Reform UK et des dons au parti ont incité des banquiers à signaler des soupçons de blanchiment d’argent à la National Crime Agency », a révélé ce mercredi 8 juillet une enquête du « Guardian ».
• Boycott du scrutin par les principaux partisLe Premier ministre démissionnaire Keir Starmer a qualifié l’annonce de Nigel Farage de « manœuvre désespérée », tandis qu’un porte-parole du travailliste Andy Burnham, pressenti pour lui succéder à Downing Street, a brocardé un « coup de communication destiné à détourner l’attention d’accusations sérieuses ». Le Labour a affirmé qu’il ne présenterait aucun candidat pour ce scrutin, tout comme les Verts.
La cheffe de l’opposition conservatrice Kemi Badenoch a fait de même, appelant Nigel Farage à « répondre aux questions » au lieu de provoquer une élection « motivée par son ego ». Le chef du parti libéral-démocrate Ed Davey a appelé toutes les formations politiques à refuser de participer à cette élection partielle. Même la formation d’extrême droite Restore Britain boycotte le scrutin.
Ce mercredi, la chancelière de l’Echiquier Rachel Reeves a annoncé accepter la démission de Farage. « C’est une farce et une manœuvre désespérée pour détourner l’attention, et les habitants de Clacton méritent mieux que cela, a-t-elle écrit sur X. Mais s’il veut passer l’été à se disputer avec une poubelle, je ne l’en empêcherai pas. »
• Un seul autre candidat en lice : « Count Binface »Un seul candidat se positionne pour le moment face à Nigel Farage : « Count Binface » (Le « comte Binface » en français), incarné par le comédien Jon Harvey, bien connu des Britanniques avec sa tête de poubelle, sa longue cape, son costume métallique et son programme farfelu. Sa signature sur le réseau X où il compte plus de 200 000 abonnés : « Politicien de l’espace. Candidat potentiel aux élections législatives partielles de Clacton-On-Sea. Sain d’esprit ». « En route pour Clacton », a-t-il écrit sur cette plateforme mardi.
Mais interrogé ce mercredi matin sur la BBC, il a admis qu’il ne remporterait probablement pas le scrutin. « Mais vous savez, mon rôle est de célébrer et de défendre les merveilles de la démocratie britannique ! », s’est-il exclamé. Sur le fait que les principaux partis ne présentent pas de candidat, il a questionné : « Ont-ils peur du vieux Binny, ou pensent-ils que Nigel prépare une ruse ? »
« Count Binface » n’en est pas à son coup d’essai. Il s’est déjà présenté en juin à la législative partielle de Makerfield, dans le nord de l’Angleterre, remportée par le travailliste Andy Burnham, probable successeur du Premier ministre démissionnaire Keir Starmer. Il avait notamment affronté en juillet 2024 le conservateur Rishi Sunak, alors Premier ministre, dans sa circonscription, ainsi que Boris Johnson en 2019. Lors de l’élection de Makerfield, il avait inscrit plusieurs promesses à son programme : « Je réduirai vos impôts et augmenterai ceux des autres », « Le wifi dans les trains. Et aussi des trains qui fonctionnent ». Il avait obtenu 95 voix, soit 0,21 % des suffrages.
Par Service Actu (avec AFP)