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Keir Starmer : de sa victoire tonitruante à sa chute fracassante, six moments qui ont conduit à sa démission

Дата публикации: 22-06-2026 16:01:21

Moins de deux ans après sa nomination, le Premier ministre britannique quitte ses fonctions. Un départ dans un contexte de forte impopularité et de crise toujours plus forte dans le pays, que le Labour n’a pas réussi à endiguer.

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Le Premier ministre anglais Keir Starmer annonçant sa démission devant le 10 Downing Street à Londres, le 22 juin 2026. DAN KITWOOD/GETTY IMAGES VIA AFP

C’est devant la traditionnelle porte du 10 Downing Street, à Londres, que le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé son départ, ce lundi 22 juin. « Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du parti travailliste », a-t-il déclaré, la voix étranglée par les larmes. Il a précisé qu’il resterait en poste jusqu’à ce que son successeur à la tête du Labour soit choisi.

Cette décision, que les médias britanniques prophétisent depuis plusieurs semaines, parachève deux années chaotiques à la tête du pays. « Le Nouvel Obs » revient sur six étapes qui ont entraîné la chute de Keir Starmer.

· Son élection en juillet 2024

Arrivé au pouvoir le 5 juillet 2024, Keir Starmer hérite d’un pays essoufflé. L’ancien avocat succède à six Premiers ministres en dix ans – une instabilité sans précédent dans l’histoire britannique moderne. Les frasques de Boris Johnson, le chaos économique laissé par Liz Truss et quatorze années de gouvernements conservateurs ont fini par épuiser les Britanniques.

En juillet 2024, c’est la bérézina pour les Tories : le Labour rafle 412 sièges sur 650, soit le score le plus faible des conservateurs depuis un siècle. Un succès aussi important que les attentes envers les travaillistes, qui promettent de reconstruire et de rendre sa stabilité à un Royaume-Uni qu’ils estiment cassé.

· L’affaire Mandelson, l’ombre sur le tableau de Starmer

Parmi les erreurs qui entachent le bilan de Keir Starmer tout en ayant précipité son départ, la nomination de Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en décembre 2024, figure dans le haut du classement. Ce dernier sera finalement démis de ses fonctions au bout de neuf mois, après la révélation des dossiers Epstein, où il figure à plusieurs reprises. Hébergement chez le pédocriminel alors qu’il est incarcéré, généreuses sommes d’argent versées… Des documents qui révèlent la proximité des deux hommes.

Dans cette affaire, Starmer est accusé de l’avoir nommé en connaissance de cause. A plusieurs reprises, le Premier ministre reconnaît avoir fait une erreur mais assure que Peter Mandelson lui a « menti de façon répétée » sur la nature de sa relation avec Epstein.

En avril, le quotidien « The Guardian » révèle que le ministère des Affaires étrangères avait même accordé à Mandelson une habilitation de sécurité pour ce poste en 2025, malgré un avis défavorable du service chargé de surveiller ses antécédents. Un épisode qui a gravement fragilisé Keir Starmer au sein de sa formation.

· Des échecs électoraux et un boulevard pour l’extrême droite

Premier grand test depuis son arrivée au pouvoir, les élections locales de mai 2026 se soldent par un échec cuisant des travaillistes. Plus de 5 000 postes de conseillers municipaux étaient à pourvoir en Angleterre, répartis dans 136 collectivités locales. Le verdict est sans appel : le Labour perd plus de 1 000 sièges, dont certaines villes symboliques, à l’image de Tameside, bastion historique du parti situé dans le nord-ouest du pays.

Une déroute face à laquelle le Premier ministre reconnaît sa part de responsabilité, sans pour autant laisser entendre une potentielle démission. A la place, il promet de mettre en œuvre son programme plus rapidement.

· Un parti pris en étau entre l’extrême droite et les Verts

Une formation a néanmoins sorti son épingle du jeu lors de ces élections locales. Reform UK, le parti d’extrême droite anti-immigration de Nigel Farage, triomphe, remportant près de 1 500 sièges, et séduisant particulièrement les électeurs issus de territoires ayant largement soutenu le Brexit en 2016. Une démonstration de force et une montée en puissance qui succèdent au très beau score de 2024. Le parti de Nigel Farage y avait créé la surprise en raflant 14 % des suffrages aux législatives.

Reform UK n’a cessé de critiquer l’incapacité gouvernementale à réduire les arrivées de migrants via la Manche. Depuis, la tentative de Keir Starmer de durcir la politique d’asile et les conditions de résidence permanente – 41 000 arrivées en 2025, derrière le record de 45 774 enregistré en 2022, selon le ministère de l’Intérieur – reste sans effet sur l’opinion publique : Reform UK s’affiche en tête des sondages avec 26 % d’intentions de vote. Les travaillistes, eux, sont relégués en troisième position, avec 18 %, selon l’institut d’études YouGov. A l’annonce de la démission de Keir Starmer ce lundi, Nigel Farage a immédiatement appelé à de nouvelles législatives.

Menacé sur son extrême droite, le Labour doit aussi faire face à la pression des Verts sur sa gauche. Un parti emmené par Zack Polanski, « écopopuliste » autoproclamé, et souvent comparé au maire de New York, Zohran Mamdani. La formation, qui a vu le nombre de ses adhésions tripler depuis son arrivée en 2025 selon le « HuffPost UK », pour dépasser les 200 000 adhérents, ne cache pas ses ambitions : « remplacer le Labour ».

En février, les Verts se sont imposés dans une circonscription jusque-là fief du Labour depuis 1931, au sud de Manchester. Reléguant le parti de Keir Starmer à la troisième place, derrière Reform UK. Certains électeurs des travaillistes leur préférant désormais les Verts, dont ils jugent les idées – taxation des plus riches, renationalisation de l’eau – plus à gauche que celles du Labour.

· Défiance interne et brouille internationale

Depuis six mois, Keir Starmer voit aussi petit à petit certains de ses alliés lui tourner le dos. Au lendemain du scandale avec Peter Mandelson, le chef du parti travailliste écossais, Anas Sarwar, a appelé à sa démission. Au printemps, une poignée de ministres choisit également de quitter le gouvernement. S’il réaffirme dans un communiqué, en mai, vouloir rester et mener à bien sa mission, Keir Starmer est en sursis. Pas moins de 48 heures avant qu’il annonce sa démission, une centaine de députés Labour l’appelait à quitter ses fonctions.

Les deux années de Keir Starmer resteront aussi marquées par une défiance grandissante avec l’ami américain. Malgré une relation plutôt privilégiée avec Donald Trump au début de son second mandat, profitant de droits de douane limités à 10 %, leur relation se détériore rapidement. Avant de tourner au vinaigre lors du lancement de la guerre au Moyen-Orient, en février.

Comme avec d’autres puissances européennes, Donald Trump n’accepte pas les réserves émises par Keir Starmer, notamment son refus initial de laisser les forces américaines utiliser les bases militaires britanniques. « Ce n’est pas à Winston Churchill que nous avons affaire », moque-t-il, avant d’obliger le gouvernement britannique à suspendre la validation d’un accord longuement négocié, qui prévoyait le retour des îles Chagos – siège de la base américano-britannique de Diego Garcia – à l’île Maurice.

· Andy Burnham, le grand favori

Dernier coup porté à Keir Starmer : la victoire d’Andy Burnham, maire du Grand Manchester, lors de l’élection partielle de Makerfield, le 18 juin, face à un candidat de Reform UK. Aux antipodes de Keir Starmer selon les travaillistes, cet homme politique n’a eu de cesse de répéter lors de sa campagne vouloir « changer le Labour et le pays ». Le « roi du Nord », comme il est surnommé, truste désormais la place de la personnalité politique préférée des Britanniques selon YouGov.

La démission de Keir Starmer lui ouvre la voie pour prendre la tête du Labour, après deux échecs en 2010 et 2015. Alors qu’il doit être investi député ce lundi, Andy Burnham a déclaré sur X que la décision du Premier ministre « marque le début d’une transition » et qu’il se « porte candidat » pour l’assurer.

S’il est le grand favori pour ce poste, Andy Burnham ne sera pas seul dans la course. Il devra sûrement affronter l’ancienne vice-Première ministre, Angela Rayner. Il pourra toutefois bénéficier du soutien de Wes Streeting. Cet ancien ministre de la Santé, qui a démissionné en mai, a un temps caressé l’idée de se porter candidat, avant de se rallier, ce lundi 22 juin, à Andy Burnham.

Par  Jade Santerre (avec AFP)

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