Alors qu'un incendie monstre ravage toujours la Gironde depuis le 22 juillet, de multiples communes ont été évacuées. Parmi elles, Saint-Médard-en-Jalles, où réside Salim Daabour avec sa femme et sa fille. D'autres...
l'essentiel Alors qu'un incendie monstre ravage toujours la Gironde depuis le 22 juillet, de multiples communes ont été évacuées. Parmi elles, Saint-Médard-en-Jalles, où réside Salim Daabour avec sa femme et sa fille. D'autres habitants du département n'étaient pas contraints de quitter leur domicile mais, face à un climat devenu anxiogène, ils ont préféré partir, comme Florence Bex. Tous deux ont trouvé refuge dans le Lot. Ils racontent ces derniers jours d'angoisse.
Au milieu d'un paysage apocalyptique, les sapeurs-pompiers luttent toujours contre l'incendie monstre qui ravage la Gironde depuis le 22 juillet. À ce jour, mardi 28 juillet, près de 42 000 hectares ont déjà été détruits et quelque 220 000 personnes ont été évacuées. Derrière ces chiffres, il y a des familles contraintes de fuir, à l'image de Salim Daabour.
Depuis vendredi soir, sa commune, Saint-Médard-en-Jalles, située à près de 10 kilomètres à l'est d'un feu actif au camp militaire de Souge, est évacuée. L'homme de 59 ans a donc trouvé refuge dans le Lot, un département où il a vécu deux ans avant de s'installer en Gironde en 2011. "On sentait vraiment le cramé un peu partout. Il y avait des particules noires qui pleuvaient du ciel", raconte-t-il. Face à cette situation, sa femme, qui a une santé fragile, décide dès 19 h 30 de rejoindre ses parents à Bétaille (Lot) avec leur fille. Lui préfère attendre et rentre chez lui vers 22 heures, après sa journée de travail à l'aéroport de Mérignac.
Salim Daabour a été contraint de quitter sa maison à Saint-Médard-en-Jalles à cause des incendies qui ravagent la Gironde.
Photo autorisée pour La Dépêche du Midi
Une heure plus tard, il décide finalement de prendre quelques vêtements, glissés dans un simple panier de course, avant de rejoindre Bordeaux en bus. "Sur le chemin, tous les habitants étaient en alerte. C'était comme à la guerre, comme dans les films", affirme le quinquagénaire. Orienté vers le parc des expositions de la ville, près du Matmut Atlantique, il passe la nuit sur un lit de camp. "Ils distribuaient des couvertures et du ravitaillement. Puis vers 1 h 30, il y a eu l'alerte d'évacuation de Saint-Médard-en-Jalles", se souvient Salim Daabour. À son réveil, le site est bondé et le père de famille confie ne pas avoir "beaucoup dormi".
Retour impossible avant que le feu soit fixéSur les conseils de sa sœur et de son beau-frère, il quitte finalement Bordeaux pour rejoindre sa famille dans le Lot, où son fils vit à Cahors. Impossible, pour l'instant, de retourner chez lui et de reprendre son poste de travail à Mérignac. "Les autorités font des barrages et interdisent d'aller récupérer des affaires tant que le feu n'est pas fixé", indique-t-il. Derrière son calme apparent, l'inquiétude est malgré tout présente. "Ma fille avait très peur. Moi, je suis plus solide, mais on se demande quand même : si ça arrive, comment on fait ? Peut-être que la pluie viendra calmer le feu", espère-t-il.
À près de 80 kilomètres de là, à Hourtin, Florence Bex n'a pas reçu d'ordre d'évacuation. Installée depuis seulement deux ans dans cette commune située au nord de Lacanau, commune en partie évacuée, elle choisit pourtant de partir le dimanche 26 juillet pour rejoindre sa fille, son gendre et ses petits-enfants en vacances dans le Lot, à Saint-Céré.
"Le premier jour où on a senti les fumées, on était dans une espèce de lumière apocalyptique. C'était très anxiogène", livre-t-elle. Si les flammes sont encore loin, elle comprend rapidement qu'elle n'est pas à l'abri : "Je me suis rendu compte que j'étais dans une zone autant à risque qu'en Grèce, où j'ai vécu longtemps." En effet, au fil des années, les incendies en Grèce sont devenus de véritables crises nationales régulières.
Pendant plusieurs jours, elle hésite. "J'étais un peu dans le déni", explique Florence Bex. Ses amies insistent pour qu'elle prépare au moins une valise, en vain. Finalement, ce sont sa fille et son gendre qui la convainquent de quitter les lieux et de les rejoindre. "Je suis partie dans la précipitation, je n'avais rien préparé. J'ai fait ma valise et vidé mon frigo à la dernière minute", confie-t-elle.
Au-delà de la peur, la femme de 70 ans exprime aussi sa colère. "On sait depuis trente ou quarante ans que le changement climatique va provoquer des phénomènes de plus en plus extrêmes", s'indigne-t-elle en regrettant un manque de prévention. "Il faudrait faire réellement appliquer les obligations de débroussaillement ou encore arrêter de vendre du charbon alors que les barbecues sont interdits", propose-t-elle.
Salim Daabour et Florence Bex ont deux parcours différents mais une même destination : le Lot. Et surtout la même attente : de savoir quand est-ce qu'ils pourront rentrer chez eux sans craindre pour leur santé ou de retrouver leur maison réduite en cendres.