Romain Ducup, coordinateur de la Défense des forêts contre les incendies à l’ONF (Office national des forêts), analyse et détaille la complexité et les causes du mégafeu qui a déjà détruit près de 5 000 hectares dans...
Romain Ducup, coordinateur de la Défense des forêts contre les incendies à l’ONF (Office national des forêts), analyse et détaille la complexité et les causes du mégafeu qui a déjà détruit près de 5 000 hectares dans les Pyrénées-Orientales depuis le 4 juillet.
Pourquoi cet incendie a-t-il progressé si vite et pris cette ampleur ?
Le contexte actuel est particulièrement propice à la propagation du feu, surtout dans les Pyrénées-Orientales. Depuis 2022, le département est en déficit pluviométrique grave. Ce phénomène a une conséquence centrale, c’est le dépérissement des massifs forestiers en Pays catalan. Le bois sèche, tombe, et alimente le front de feu de façon beaucoup plus intense que si le bois était vert. Ajouté à cela les conséquences de la tempête Nils de février dernier que nous payons toujours. De nombreux arbres ont été arrachés, surtout dans les Pinèdes des Aspres et dans le secteur de Montalba-le-Château. Ils ont séché et se sont transformés en combustible ultra-inflammable lors des sécheresses.
Ce qui explique qu’il soit aussi agressif et dur à contenir ?
Le dérèglement climatique joue son rôle dans l’agressivité de ce mégafeu. Cette année, les saisons semblaient presque décalées. Nous avons bénéficié d’un printemps très pluvieux, et c’est une bonne chose. Mais c’est surtout un bien pour un mal. Les nombreuses pluies ont augmenté la biomasse arbustive dans ces massifs, et lorsque la sécheresse s’est abattue sur la région, elle a asséché cette végétation fournie et a participé à sa propagation rapide.
Concernant sa difficulté à être fixé par les secours, c’est dû à la fois au type de sol qu’il parcourt, mais aussi au climat dans les Pyrénées-Orientales. Lors des 48 dernières heures, la zone a fait face à beaucoup de vents changeants, ce qui a développé plusieurs fronts de feu. Le vent fort du départ de feu s’est transformé en un vent latéral qui a transformé le flanc de l’incendie en tête de l’incendie. À cause de ces fluctuations, le mégafeu a suivi trois axes différents de propagation. Les 10 à 14 % maximum d’hygrométrie (taux d’humidité dans l’air) recensés dans le département depuis son départ favorisent aussi sa propagation ultrarapide.
"Malheureusement, c’est une situation qui risque de se renouveler sans cesse"
Au vu de la situation climatique, doit-on se préparer à revivre ce genre d’évènement plus fréquemment ?
Malheureusement, c’est une situation qui risque de se renouveler sans cesse dans notre département et dans le sud de la France en général. On subit de plein fouet les conséquences du changement climatique. Les feux deviennent de plus en plus réguliers, complexes et virulents. Les massifs des Pyrénées-Orientales sont terriblement exposés à la sécheresse et c’est un phénomène qui n’ira pas en s’améliorant. Le département fait partie des premiers de la liste en Europe pour payer les conséquences catastrophiques du réchauffement climatique.
À l’avenir, comment se protéger de nouveaux évènements similaires ?
On ne cesse de le répéter, mais lorsque s’abattent les fortes chaleurs sur nos régions, il y a des consignes de sécurités primordiales qu’il est obligatoire de respecter. La plupart des feux de forêts sont causés par l’homme, volontairement ou non. Ainsi, lorsque nous communiquons sur l’accès aux massifs forestiers, il ne faut pas braver l’interdit. De même que les travaux de tronçonnage, débroussaillage ou disquage ne peuvent avoir lieu lors des vigilances canicules. Il est urgent que tout le monde prenne conscience de la situation et je fais appel à la vigilance de la population pour minimiser au maximum le risque de vivre un nouvel évènement similaire.