Face aux incendies qui se multiplient et s’intensifient, les pompiers volontaires sont plus que jamais en première ligne. Derrière l’uniforme, des femmes et des hommes qui consacrent leurs congés, leur temps libre et...
l'essentiel Face aux incendies qui se multiplient et s’intensifient, les pompiers volontaires sont plus que jamais en première ligne. Derrière l’uniforme, des femmes et des hommes qui consacrent leurs congés, leur temps libre et parfois leur vie de famille à porter secours, au prix d’un engagement toujours plus exigeant. Mais après des années de service, beaucoup s’inquiètent du manque de moyens, de reconnaissance et de relève. Témoignages de ces volontaires qui racontent ce qui les pousse à continuer, malgré les difficultés.
Ils n'ont jamais été aussi mobilisés qu'en cet été 2026. En Gironde, dans le Var ou à Fontainebleau, les soldats du feu ont été en première ligne depuis le début des fortes chaleurs pour lutter contre les incendies monstres qui frappent le territoire. Et parmi les troupes au front, une majorité sont sapeurs-pompiers volontaires (SPV).
Édouard*, 42 ans, est pompier volontaire depuis 17 ans. Chaque été, ce Haut-Garonnais est envoyé en renfort dans différents départements pour lutter contre les feux de forêt. Mais malgré ces années d'expérience, les quatre jours passés en intervention en Gironde cet été l'ont particulièrement marqué. "Je n'avais jamais vu un tel désastre urbain. Toutes ces maisons ravagées", se souvient-il.
Il confie néanmoins n'avoir jamais été témoin d'une "telle chaîne de solidarité", visiblement touché par l'engagement citoyen né de la catastrophe. Ce qui a motivé ce père de trois enfants à s'engager, c'est le "contact humain", le fait de pouvoir "aider les gens" mais également "l'adrénaline" associée à ces missions à haut risque. "Cela vous pousse à vous surpasser dans des moments difficiles", explique-t-il.
Un manque de reconnaissanceGrégoire*, 35 ans, est pompier volontaire depuis 2007. Lui aussi aime cette "adrénaline" qu'il ressent en intervention. Chez lui, être pompier volontaire, c'est une histoire de famille depuis quatre générations. Chaque été, il pose des congés afin d'être disponible pour partir sur les feux de forêt. "Ça fait peur, mais on n'est jamais seul, les faiblesses de l'un sont comblées par les forces de l'autre et on avance ensemble", décrit-il.
Il le reconnaît, "les feux de forêt sont les interventions les plus physiques et les plus éprouvantes", mais ce sont aussi "celles qui font que les pompiers sont une famille" : "On se découvre et on apprend à aller de l'avant, alors que les situations qu'on vit dépassent l'entendement." Il y voit une sorte de "leçon de vie", un rappel que "la nature sera toujours plus forte que nous".
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Ce qu'il trouve en revanche "dommage", c'est le manque de reconnaissance de la profession, qui n'est selon lui reconnue "qu'après des catastrophes" : "Pourtant, notre engagement, c'est 24 heures sur 24, sept jours sur sept."
"C'est souvent les mêmes qu'on revoit dans les camions"Un sentiment partagé par Arnaud, "SPV" depuis 26 ans. Être pompier volontaire demande en effet un "engagement total" selon lui. "On n'attend rien en retour. En revanche, nous demandons à avoir les moyens de nos missions et la reconnaissance qui peut faciliter l'engagement. Rien n'est facile au quotidien. Nous n'avons pas d'aides, pas d'aménagement", partage-t-il. "Voir aujourd'hui des bénévoles faire à manger aux pompiers en Gironde donne une idée du manque de moyens", poursuit-il. Même s'il a été touché par l'élan de solidarité en Gironde, il estime qu'il n'aurait pas dû avoir lieu.
"Où est la logistique des SDIS ?", questionne-t-il. "En tout cas, cela ne va pas dans le sens de création de vocation." D'année en année, Grégoire a vu le nombre de volontaires diminuer : "C'est souvent les mêmes qu'on revoit dans les camions." La difficulté des missions liée à la faible indemnisation des "SPV" engendre un turnover important. "Allez dire à quelqu'un d'aller éteindre les feux pour 8 euros de l'heure ! Il y aura toujours des gens pour le faire, mais ils sont moins nombreux qu'avant. 8 euros aujourd'hui, ce n'est même pas le SMIC horaire !", lance Grégoire.
Il constate par ailleurs également un manque de respect pour les pompiers, notamment en milieu urbain. Son petit frère souhaite poursuivre la tradition familiale. "Ça me fait peur", confie-t-il. En deux ans, Grégoire a déposé deux plaintes pour "des insultes et des menaces".
Édouard aussi observe une "agressivité" croissante envers les soldats du feu. "J'ai subi une violente agression lors d'une intervention et je suis en attente d'un procès. Cette personne-là m'a quand même cassé le nez...", raconte-t-il. "On porte un uniforme, on représente l'État, donc pour certains, on représente une menace", analyse Grégoire. Pourtant, il n'arrêterait "pour rien au monde" : "Je préfère changer de travail ! Ça reste une passion."
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