En 2021, Aziz Akhannouch, riche homme d’affaires élu à la tête du gouvernement marocain, avait pris dix engagements emblématiques. En cinq ans, seule la protection sociale a été réellement renforcée. Il ne se représentera pas aux législatives du 23 septembre. ...
"Nous avons inauguré une page nouvelle dans l'histoire de la solidarité nationale, en permettant à quelque 4 millions de familles de bénéficier d'une aide sociale directe", a lancé le chef du gouvernement marocain, le 15 avril dernier. Au terme de cinq ans de mandat, Aziz Akhannouch, cacique parmi les caciques, a réaligné parfaitement et de façon revendiquée l'action du gouvernement avec les grandes orientations royales.
Après dix ans de gouvernement islamiste, cet entrepreneur milliardaire réputé proche du Roi n'a cependant pas plus produit de révolution que son prédécesseur. Sur les dix grands engagements qu'il avait pris auprès des Marocains, un seul – mais pas des moindres – a été réellement approché : l'amélioration de la protection sociale.
Une aide sociale directe a ainsi été mise en place pour bénéficier aux familles les plus pauvres : 4 millions d'entre elles, dont 5,5 millions d'enfants, ont reçu un total de 52 milliards de dirhams (environ 49 milliards d'euros) à la fin janvier 2026. Cette aide emblématique n'est pas tout à fait une première. Les islamistes du PJD avaient déjà mis en place une aide aux veuves, mais il s'agissait là d'un soutien en phase avec leur idéologie religieuse – les femmes ayant eu des enfants hors mariage en étaient exclues.
Le Maroc face à l'éclipse royale : qui tient les rênes du pouvoir ?Inégalités à la hausseSurtout, le gouvernement d'Aziz Akhannouch a poursuivi la mise en place de l'assurance-maladie obligatoire en dépit de toutes ses insuffisances. Il a également procédé, dans le cadre du dialogue social, à une forte augmentation des salaires. Le salaire moyen dans la fonction publique est passé de 8 237 dirhams (775 euros) en 2021 à 10 600 dirhams (995 euros) en 2025, soit une hausse de près de 30 %. Dans le privé, le salaire minimum a été relevé de 20 % dans les activités non agricoles et de 25 % dans le secteur agricole.
"L'analyse des déterminants de la réduction de la pauvreté montre que les politiques sociales en faveur des plus pauvres ont permis à ces couches de la population de mieux bénéficier des fruits de la croissance", analyse et reconnaît le HCP, l'Institut marocain des statistiques publiques, dans son enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 2022-2023, même si les inégalités sont reparties à la hausse.
Marché créateur d'emploiDans les autres domaines, les succès du gouvernement sont moins nets – à tout le moins. "Si Aziz" ou "Super Akhannouch", selon le surnom qu'on lui prête, s'engageait aussi en 2021 à la création d'un million d'emplois nets en cinq ans. Il assure aujourd'hui avoir atteint cet objectif, alors qu'en réalité ce sont seulement 96 000 emplois nets qui ont été créés sur la période, selon le HCP. Si le gouvernement est loin du compte, la tendance s'est toutefois inversée en milieu de mandat, passant d'un recul de l'emploi à un marché redevenu créateur d'emplois.
Aziz Akhannouch, le milliardaire discret devenu chef de gouvernement au MarocAziz Akhannouch avait également annoncé qu'il parviendrait à faire passer le taux d'activité des femmes, c'est-à-dire celles qui se présentent sur le marché du travail (y compris les chômeuses), de 20 à 30 % des Marocaines en âge de travailler. Cinq ans plus tard, il est toujours bloqué à 19 %, selon le HCP.
En matière d'éducation, le chef du gouvernement se vante d'avoir augmenté le budget public de 58 milliards à 99 milliards de dirhams (de 5,45 à 9,3 milliards d'euros) entre 2021 et 2026, soit une hausse de 68 %. Celle-ci doit être cependant relativisée car les budgets alloués au ministère de l'Éducation ne sont utilisés, chaque année, qu'à hauteur de 70 % environ. Alors qu'Aziz Akhannouch s'était également engagé à faire rentrer le Maroc dans le "top 60" des classements internationaux – une ambition très modeste puisque les classements TIMSS et PIRLS comptent moins de 60 pays – le classement Pisa 2022, le dernier en date, classe le Maroc entre la 71e et la 79e place sur 81 pays ayant fait l'objet d'enquêtes. Des résultats en baisse par rapport à 2018.
Ni révolution ni déceptionOriginaire de la région d'Agadir, Amazigh lui-même, Aziz Akhannouch a aussi promis pendant sa campagne de créer un Fonds spécial destiné spécifiquement au soutien de l'officialisation de l'amazigh, la deuxième langue du pays marginalisée par l'arabe, doté d'un milliard de dirhams. Dans les faits, ce compte a été fusionné avec le Fonds de modernisation de l'administration publique. Ce dernier est bien passé de quelques centaines de millions de dirhams de budget à plus d'un milliard par an mais, sur 837 millions dépensés en 2024, seuls 70,9 millions ont réellement bénéficié à l'amazigh, le reste est allé au développement de l'économie numérique et à "l'inclusion numérique".
Au terme de cinq ans de mandat, Aziz Akhannouch n'a donc pas révolutionné les choses, mais son bilan ne provoquera pas non plus de grande déception dans la mesure où sa nomination comme Premier ministre n'avait pas suscité de grands espoirs. Selon l'Arab Barometer, en 2024, 31 % des Marocains déclaraient avoir une grande ou une assez grande confiance dans le chef du gouvernement, contre 34 % deux ans auparavant, juste après sa victoire aux élections législatives. En 2011 puis 2016, ils étaient 43 % des Marocains à avoir déclaré faire confiance à Abdelillah Benkirane, alors chef du gouvernement et dirigeant du PJD.
Aziz Akhannouch a déjà annoncé qu'il ne se représenterait pas à la présidence de son parti, le RNI, et de ce fait renonce à un deuxième mandat à la tête du gouvernement. Les jeux sont ouverts pour les élections législatives du 23 septembre prochain.
Le premier ministre marocain dans le viseur des jeunes manifestantsPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.
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