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Le Danube atteint un niveau critique et commence à paralyser l’Europe centrale : "On peut parler d’un phénomène historique”

Дата публикации: 11-08-2026 15:26:35

Le plus long fleuve d’Europe est au plus bas. Les répercussions économiques, notamment énergétiques, sont importantes pour les pays riverains d’Europe de l’Est. La production d’électricité est tout particulièrement touchée. ...

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C'est la première fois en 44 ans que la centrale nucléaire de Paks, en Hongrie, se trouve dans une telle situation : la seule centrale du pays, qui assure environ la moitié de la production totale de courant en Hongrie, a dû fermer trois de ses quatre réacteurs, face à la pénurie d'eau sur le Danube. La production est tombée à 12 % du niveau normal.

Le niveau du fleuve est si bas, et son débit si faible, qu'ils ne suffisent plus pour refroidir les réacteurs de l'installation. Même lors des sécheresses historiques de 1985 et de 2003, la Hongrie n'avait pas eu à prendre une telle décision.

Des usines à l'arrêt

Plus en aval, en Serbie, il a fallu réduire drastiquement la production des deux centrales hydroélectriques Djerdap 1 et 2, qui ne fonctionnent plus qu'à 20 et 30 % de leurs capacités. Enfin en Roumanie, l'armée a dû se résoudre à faire sauter à l'explosif un rocher dans le lit du fleuve. Celui-ci ralentissait le débit vers les dispositifs de refroidissement de la centrale nucléaire de Cernavoda qui pourrait être mise sur pause si le niveau de l'eau ne remonte pas dans les jours à venir.

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En Roumanie comme en Hongrie, habitants et industriels sont appelés à économiser le courant. Suite à cet appel, le groupe pharmaceutique Richter, présent au sud de Budapest, annonçait une réduction de sa production de 50 % tandis que Ford et Dacia annonçaient l'arrêt de leurs usines en Roumanie jusqu'au 19 août, faisant reculer d'un coup la consommation de 200 mégawatts sur la seule journée du 3 août.

Dans la capitale hongroise, la municipalité a mis fin à l'éclairage, de nuit, des principaux monuments pour économiser le courant. Là encore, une décision historique. En Hongrie, la consommation de courant a reculé de 500 mégawatts par rapport à la normale, selon le nouveau premier ministre Peter Magyar. Enfin en Serbie, le gouvernement a appelé l'état d'urgence dans plusieurs villes de Voïvodine, dans le nord du pays, en raison du quasi assèchement du système des canaux servant à l'irrigation de l'agriculture. La récolte de maïs pourrait être totalement perdue.

"Ce qui est nouveau, c'est que la sécheresse a commencé beaucoup plus tôt que d'habitude."

Le plus long fleuve d'Europe de l'ouest – 2 850 km entre sa source dans la forêt Noire, dans le sud de l'Allemagne et son embouchure sur la Mer Noire en Ukraine – est affecté par à une sécheresse historique qui menace l'économie des pays qu'il traverse. Si les répercussions sont moins graves pour l'Allemagne – surtout affectée par le niveau historiquement bas du Rhin, qui débouche vers les ports de la mer du Nord, vitaux pour l'économie du pays – ou l'Autriche, ils sont importants pour les pays du sud-est de l'Europe qui n'ont pas d'autres cours d'eau importants.

"Ce qui est nouveau, c'est que la sécheresse a commencé beaucoup plus tôt que d'habitude, souligne Simon Gerhards-Iglesias de l'institut IW de Cologne, qui s'intéresse surtout au Rhin. On n'a pas affaire à un problème ponctuel qui concernerait le Rhin, le Danube ou l'Elbe. Toute l'Europe est concernée. L'ensemble des grands fleuves du continent sont affectés par le manque d'eau. On n'a jamais connu cette intensité. On peut vraiment parler d'un phénomène historique."

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"En temps normal, le niveau du Danube est plutôt élevé en hiver et au printemps en raison des chutes de neige et de la fonte des neiges qui s'ensuit, ajoute Ulf Meinel, de l'organisation Viadonau à Vienne. L'été est généralement la saison la plus pluvieuse, tandis que les mois d'automne sont relativement secs. La particularité cette année est que le niveau de l'eau est déjà bas depuis les premières semaines de janvier et qu'il est très bas depuis mars, notamment en raison de la sécheresse des dernières semaines. Le niveau actuel serait déjà extrêmement bas, même pour un automne normal. Et nous ne sommes qu'à la mi-août !"

Faut-il parler de crise ?

Dans tous les pays concernés, Allemagne, Autriche, Hongrie, Serbie et Roumanie, les bateaux de croisière sont quasiment à l'arrêt, provoquant d'importants manques à gagner pour les sociétés concernées, au cœur de la saison touristique. Le fret est également affecté : les péniches, lorsqu'elles circulent, ne sont chargées qu'au quart de leurs capacités. "Les péniches d'une capacité de 1 000 tonnes ne transportent plus aujourd'hui que 250 à 300 tonnes de marchandises", résume le ministre serbe des Transports Vladimir Batalovic.

Les pays traversés par le DanubeLes pays traversés par le Danube ©IPM Graphics

La situation est donc sérieuse pour les pays d'Europe du sud-est. Mais de là à parler de crise… "Le Danube est certes une voie navigable importante, mais aucun des pays qu'il traverse ne dépend entièrement de ce fleuve pour ses transports, nuance Ulf Meinel. La navigation intérieure est un facteur important pour certains secteurs, comme le transport de matières premières – par exemple les minerais métalliques, le charbon ou certains produits chimiques – mais ce n'est généralement pas le seul mode de transport. Il en va de même pour l'agriculture, pour le transport de céréales, d'aliments pour animaux ou d'engrais, c'est-à-dire pour tout ce qui représente de grandes quantités. Actuellement, il faut recourir davantage à des alternatives – que ce soit le rail ou la route. La sécheresse est un problème pour les entreprises concernées dans le domaine de la logistique fluviale. Et elle entraîne une hausse des prix, que ce soit au niveau des coûts de transport ou de l'électricité."

"Nous éliminons les zones dites peu profondes dans les tronçons à écoulement libre là où il est trop peu profond pour les navires."

Pour faire face à la crise de l'eau, les pays concernés se livrent à des travaux pour approfondir le chenal. "Nous éliminons les zones dites peu profondes dans les tronçons à écoulement libre là où il est trop peu profond pour les navires, explique Ulf Meinel. En règle générale, ces mesures sont efficaces. Nous utilisons également des infrastructures flexibles, à savoir des bateaux chargés de gravier, grâce auxquels nous pouvons diriger l'eau là où cela s'avère nécessaire."

Des mesures d'urgence, qui ne permettront pas de lever les incertitudes face à l'avenir, dans un contexte de réchauffement climatique. Selon une étude internationale réalisée par l'Université des ressources naturelles et des sciences de la vie (BOKU) de Vienne, le nombre de jours où le Danube n'est pas navigable, en raison d'un débit trop faible, devrait augmenter de 80 % d'ici 2050.


Le coût des canicules à répétition en Europe ? 180 milliards d'euros, selon Triodos

Quelle sera pour l'Europe la facture économique finale de cet été hors-norme ? Il est évidemment à ce stade impossible de répondre avec précision à cette question. Mais certaines banques commencent à avancer certains chiffres. Et ils sont à proprement parler hallucinants.

Il y a quelques jours, la banque néerlandaise Triodos estimait ainsi l'impact économique sur le Vieux continent des canicules à répétition à 180 milliards d'euros. C'est l'équivalent de 1 % de croissance du PIB européen qui partirait en… fumée.

Canicule : s'adapter n'est plus une option

Les pertes seront évidemment conséquentes dans le secteur agricole avec un recul attendu de la production annuelle européenne de l'ordre de 3 à 7 %. Autres activités touchées : les transports, l'énergie, l'horeca, le tourisme…

Pertes cumulées de 5 à 7 % du PIB

Toujours selon Triodos, notre pays pourrait être l'un des grands perdants de la zone euro. La banque évalue en effet l'impact des différentes vagues de chaleur à 1 % du PIB belge. Le chiffre semble conséquent et il est évidemment impossible à vérifier. Mais notre pays, qui a déjà affiché une croissance nulle au deuxième trimestre de cette année, devrait connaître une année noire sur le plan économique. Ce qui ne facilitera évidemment pas le travail de l'Arizona qui à la rentrée devra trouver une dizaine de milliards pour tenter de maintenir sa trajectoire sous contrôle.

"Face à des perspectives de rendement affaiblies par des vagues de chaleur répétées, les entreprises tendent à reporter ou à annuler certains investissements."

De nombreux autres pays européens seront également fortement impactés comme l'Allemagne, la France ou l'Italie. Et les Pays-Bas dans une moindre mesure. "Dans un scénario où les années les plus chaudes de la dernière décennie devaient se reproduire entre 2026 et 2030, les pertes cumulées de PIB pourraient atteindre de 5 à 7 % dans certaines économies européennes", soulignait, il y a quelques jours, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Et de prévenir : "Face à des perspectives de rendement affaiblies par des vagues de chaleur répétées, les entreprises tendent à reporter ou à annuler certains investissements. Cette situation compromet la capacité de croissance future de l'économie."

Bâtiments, infrastructures, heures de travail…

Dans son rapport, Triodos préconise des mesures visant "à mieux adapter l'économie à l'évolution du climat". Parmi les exemples cités figurent une meilleure isolation des bâtiments, des infrastructures résilientes face au climat et l'aménagement des horaires de travail. Toutefois, la banque estime que cela ne suffira pas et que les efforts doivent également porter sur une lutte énergique contre le changement climatique, par exemple en réduisant le recours aux combustibles fossiles. On l'aura compris : le défi climatique est énorme… (V.S.)

Juillet 2026 : des sécheresses records pour plusieurs fleuves européensJuillet 2026 : des sécheresses records pour plusieurs fleuves européens ©AFP

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