Samedi, le Premier ministre a rendu hommage aux victimes du Bois du Cazier, affichant une stature d’homme d’État soucieux de parler à tous les Belges. Un geste mémoriel qui était également adressé à l’Italie de Giorgia Meloni. ...
Malgré ses convictions nationalistes, Bart De Wever veille désormais à apparaître comme le Premier ministre de tous les Belges, néerlandophones comme francophones. Depuis son arrivée au 16, rue de la Loi, une conclusion s'impose aux analystes : le flamingant volontiers antisystème et provocateur d'hier s'est mué en un homme d'État, conscient du poids de sa fonction fédérale.
Samedi, renforçant encore cette image, Bart De Wever a rendu un hommage appuyé aux victimes du Bois du Cazier, septante ans après la catastrophe qui coûta la vie à 262 mineurs, pour la plupart belges et italiens.
"Marcinelle a ébranlé notre communauté et l'Europe au plus profond d'elles-mêmes. […] C'est un héritage que nous devons préserver chaque jour, a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur le réseau social X. C'est pourquoi je m'adresse au peuple italien, qui n'a jamais oublié ses fils. Je m'adresse aux habitants de Marcinelle, du "Pays Noir" et de l'ensemble du Hainaut, qui portent cette blessure comme la leur. Je m'adresse à la région de Betekom, où les noms de 33 hommes du Hageland et de la Campine du sud sont gravés dans la pierre (une stèle porte le souvenir de ces mineurs venus de Flandre morts lors de la catastrophe du Bois du Cazier, NdlR). Je m'adresse aux familles et aux descendants de tous les mineurs qui ont péri ici. Nous ne les oublierons jamais."
Toucher l'âme wallonneEn prenant la mesure de l'émotion que continue de susciter l'incendie meurtrier qui ravagea la mine, le chef de la coalition Arizona a sans doute marqué des points au sud du pays. Le souvenir du Bois du Cazier touche en effet une dimension intime de la culture industrielle et ouvrière wallonne. Par sa vidéo, le Premier ministre reconnaît cette part essentielle de l'identité régionale et affiche une empathie qui tranche avec ses positions passées.
Le contraste est saisissant avec le jeune De Wever de 2005. À l'époque, il avait affrété douze camions chargés de faux billets de 50 euros en direction des ascenseurs à bateaux de Strépy-Thieu, sur le canal du Centre (dans le Hainaut). Il entendait alors dénoncer le poids financier que représentait pour la Flandre la Wallonie déclinante. Vingt et un ans plus tard, le même homme prend soin de s'adresser à la mémoire wallonne.
Les liens avec MeloniLe message de Bart De Wever peut également se lire comme un appel du pied à l'Italie de Giorgia Meloni. En manifestant son émotion face au drame qui a frappé tant de familles italiennes ou d'origine italienne à Marcinelle, le chef du gouvernement fédéral endosse aussi les habits du diplomate. La présidente du Conseil italien, qui défend une ligne de droite assumée, a certes essuyé quelques revers en politique intérieure, mais elle a imposé sa marque sur la scène européenne. Notamment en agissant en faveur d'une politique migratoire plus stricte, un thème auquel Bart De Wever, en tant que dirigeant conservateur, est particulièrement sensible.
Le locataire du "16" a placé la Belgique aux côtés de l'Italie parmi les États membres les plus vigilants sur cette question. On peut imaginer que Giorgia Meloni, dont il est proche, aura eu vent de l'hommage rendu par le Premier ministre belge. La présidente du Conseil italien semble en tout cas avoir suivi avec attention la cérémonie de samedi à Marcinelle…
En effet, elle a peu goûté l'initiative des syndicalistes belges. Ceux-ci ont tourné silencieusement le dos au président du Sénat italien, Ignazio La Russa, lors de sa prise de parole au Bois du Cazier. Sur les réseaux sociaux, Giorgia Meloni a dénoncé cette action politique, revendiquée comme "antifasciste" et organisée contre un membre de son parti, Fratelli d'Italia. "Marcinelle n'est pas le lieu pour les divisions politiques. C'est un lieu de mémoire, de respect et de dignité du travail. Ceux qui ont choisi aujourd'hui de tourner le dos ont manqué de respect à tout cela", a fait savoir la cheffe de gouvernement.
Bart De Wever séduit dans les cénacles internationaux : "Il arrive à défendre la Belgique comme s'il l'aimait vraiment"La N-VA, ce parti de masseEnfin, en prenant soin de se manifester à l'occasion du 70e anniversaire de la catastrophe du Bois du Cazier, Bart De Wever marque un point en vue d'un autre objectif : conforter la N-VA dans son rôle de grand parti de masse flamand. Pour la formation qu'il a longtemps présidée, l'enjeu est désormais clair : conserver sa première place au nord du pays.
Lors des élections de juin 2024, les nationalistes avaient devancé le Vlaams Belang, leur vieux rival. Mais certains sondages laissent entrevoir un scénario moins favorable, avec une possible victoire du parti d'extrême droite. Pour éviter une défaite en 2029, Bart De Wever, qui reste la figure de proue de la N-VA, doit donc démontrer qu'il sait parler à toutes les classes sociales, y compris aux catégories populaires.
Il y a une quinzaine d'années, il avait marqué les esprits en affirmant être aux ordres du Voka, l'organisation patronale flamande. En se montrant touché par le drame vécu par les mineurs et leurs familles, le Premier ministre serait-il aujourd'hui décidé à élargir son audience ?
La N-VA a trouvé la recette pour contenir le Vlaams BelangPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.