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Menaces de Kiev envers Minsk, dangereuse escalade ou simple coup de pression ? “Les Biélorusses ne se plieront jamais à cet ultimatum”

Дата публикации: 24-06-2026 04:31:52

Volodymyr Zelensky a donné une semaine au président biélorusse pour désactiver les antennes relais situées sur son territoire qui permettent aux drones russes de frapper l’ouest de l’Ukraine. ...

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Lors d'une interview accordée jeudi à la chaîne de télévision saoudienne al-Arabiya, le président biélorusse Alexandre Loukachenko s'est montré on ne peut plus rassurant envers Kiev. L'Ukraine, a-t-il insisté, "n'a absolument rien à craindre" de la Biélorussie. J'ai discuté de cette question avec (Vladimir) Poutine et je vous le dis sincèrement : l'entrée en guerre de la Biélorussie dans ce conflit est inacceptable. Cela créerait beaucoup plus de mal que de bien. […] Je ne sais pas pourquoi (Volodymyr) Zelensky a commencé à faire des déclarations maladroites et dispensables contre la Biélorussie. Mais il semblerait qu'il ait agi sous la pression de pays occidentaux".

Toujours selon Alexandre Loukachenko, trois éléments justifient ce non-interventionnisme revendiqué. "Premièrement, la Biélorussie serait extrêmement vulnérable militairement si l'Ukraine l'attaquait comme elle attaque la Russie (sic). Deuxièmement, (le peuple biélorusse) a déjà suffisamment souffert au cours de l'histoire. Troisièmement, une entrée en guerre de la Biélorussie étendrait la ligne de front de 1 500 km (l'actuelle ligne de front fait environ 1 000 km, NdlR), les Russes et nous-mêmes serions incapables de la défendre."

Loin d'être convaincu, le président ukrainien lui a répondu vendredi depuis Kiev. "Lorsque M. Loukachenko affirme qu'il ne souhaite pas être entraîné dans la guerre, il doit être honnête, au moins envers son peuple, car ce n'est pas lui qui risque d'être entraîné dans la guerre, mais son pays tout entier, entraîné par la Russie", a indiqué Volodymyr Zelensky. "Dès les premiers jours de cette guerre, ils ont tué des enfants et des adultes. Les missiles partaient de Biélorussie, de son pays. À l'époque, (Alexandre Loukachenko) avait également téléphoné pour s'excuser, affirmant qu'il ne contrôlait pas la situation et que la Russie agissait sur son propre territoire. Et, bien sûr, je n'y crois pas."

L'âme damnée biélorusse

"Le long des deux régions frontalières avec l'Ukraine se trouve du matériel qui guide les tirs contre la population ukrainienne", a poursuivi le président ukrainien, avant d'adresser un ultimatum à son homologue biélorusse : "Qu'il retire cet équipement, qu'il le désactive. Je pense qu'une semaine lui suffira pour le faire. […] S'il ne le fait pas, nous le ferons nous-mêmes".

Une semaine pour démonter

Dans un message publié le lendemain sur Telegram, le président ukrainien a précisé que Kiev avait identifié quatre relais de transmission dans les régions biélorusses de Gomel et de Brest, utilisés pour effectuer des frappes visant notamment les régions ukrainiennes de Jytomyr, Rivne et Volhynie, ainsi que des infrastructures énergétiques et ferroviaires.

"Les Russes se servent effectivement de la Biélorussie comme point d'appui", confirme l'ancien officier de l'armée française, Guillaume Ancel, désormais analyste et auteur du blog "Ne pas subir". "Des avions, des missiles et des drones sont envoyés depuis des bases militaires biélorusses. Or les antennes-relais auxquelles Volodymyr Zelensky fait référence permettent en partie de contrer le brouillage anti-drone pour leur permettre de parcourir plusieurs centaines de kilomètres dans l'ouest de l'Ukraine sans être interceptés. C'est un important point d'entrée. Si ces relais étaient désactivés ou si les Russes ne tiraient plus depuis la Biélorussie, leur capacité à toucher cette partie du pays diminuerait fortement."

Contrairement aux propos tenus jeudi par son président, la Biélorussie a joué la carte de l'escalade, ces derniers mois. Minsk a annoncé de multiples exercices au sol avec Moscou, et le président Loukachenko a ouvertement déclaré il y a quelques semaines que son pays "se préparait à la guerre". Ajoutant que l'armée biélorusse, qui compte actuellement entre 100 00 et 200 000 hommes, devrait atteindre "500 000 personnes en cas de conflit".

Quelle réaction biélorusse ?

"Pour moi, c'est de la rhétorique", estime Guillaume Ancel. "La guerre est en cours depuis quatre ans et l'on n'a pas vu un soldat biélorusse pointer le bout de son nez en Ukraine. Loukachenko est complice de cette guerre, mais c'est un complice limité qui ne veut pas s'impliquer davantage car il a effectivement beaucoup trop à y perdre. L'ultimatum de (Volodymyr) Zelensky est une manière de lui mettre la pression et, indirectement, de renforcer la pression sur Vladimir Poutine au moment précis où celui-ci traverse une mauvaise passe."

Le président russe vit effectivement une séquence délicate. Depuis plusieurs semaines, Kiev ne cesse d'accentuer ses frappes sur les sites énergétiques russes, jusqu'au cœur de Moscou. Durement touchée, la Crimée annexée a été contrainte de rationner le carburant, l'électricité, et se retrouve pratiquement isolée de la Russie. Bien qu'imprévisible, Donald Trump a enfin laissé entrevoir, pour la première fois, une position plus favorable envers Kiev, au grand dam du Kremlin.

En Crimée, le spectre d'un blocus ukrainien : "On n'a jamais vu de tirs d'une telle intensité sur la péninsule"

"Les Biélorusses n'accepteront jamais de se soumettre à l'ultimatum ukrainien parce qu'ils n'ont pas beaucoup de marge de manœuvre face à Moscou, et parce que cela reviendrait à reconnaître l'existence de ces antennes relais", estime le militaire français. "Loukachenko ne les désactivera donc probablement pas. Mais l'objectif de Kiev n'est pas là. Le but des Ukrainiens, c'est de pousser Vladimir Poutine à négocier. C'est ce que veut Trump, c'est ce que veulent les Européens, et Kiev a désormais de bien meilleures cartes en main."

Une frappe sur Minsk ?

Reste l'éventualité d'une escalade et d'une frappe des forces ukrainiennes sur le territoire biélorusse, où celles-ci affirment avoir d'ores et déjà identifié "plus de 500 cibles" potentielles. "L'Ukraine a parfaitement les moyens d'envoyer une vague de drones en Biélorussie", juge Guillaume Ancel. "Et elle est capable de procéder de manière très ciblée. Mais le risque est évidemment que la Biélorussie se sente obligée de réagir et renforce son soutien à Moscou. D'où l'existence de cet ultimatum. Si les Ukrainiens voulaient frapper, ils auraient pu le faire directement."

L'Ukraine met la Russie à mal en visant ses raffineries pétrolières

Les inquiétudes occidentales concernent notamment le déploiement en Biélorussie du missile Orechnik russe de moyenne portée, capable de transporter des ogives nucléaires. "Les Biélorusses font de grandes manœuvres pour le montrer, mais un Orechnik, ce n'est jamais que l'équivalent de trois missiles Kindjal", tempère l'ancien officier français. "Pour moi, le risque d'un Vladimir Poutine acculé se situe moins sur le front entre la Biélorussie et l'Ukraine que dans les pays baltes, afin de tester la capacité de réponse de l'Otan et des Européens."

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