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À Gstaad, Benjamin Bernheim électrise La Bohème de Puccini

Дата публикации: 24-08-2026 07:55:48

Gstaad. Grande Tente. 21-VIII-2026. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de bohème d'Henry Murger (version concertante). Mise en espace : Fabio Rickenmann. Avec : Carolina López Moreno, Mimì ; Benjamin Bernheim, Rodolfo ; Lodovico Filippo Ravizza, Marcello ; Biagio Pizzuti, Schaunard ; Gianluca Buratto, Colline ; Sandra Hamaoui, Musetta ; Giacomo Patti, Parpignol/Venditore ; Roberto Abbondanza, Benoît/Alcindoro ; Tiziano Martini, Le sergent des douanes ; David Park, Un douanier ; Oksana Vakula, un enfant. Chœur de l’Opéra de Berne. Gstaad Festival Orchestra, direction musicale : Marco Armiliato
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Pour la traditionnelle soirée lyrique du Menuhin Festival Gstaad, La Bohème de Giacomo Puccini réunit un superbe plateau artistique à la tête duquel le ténor Benjamin Bernheim en Rodolfo irradie de son chant tout ce qui l’entoure.

On sait les qualités vocales de Benjamin Bernheim inondant les théâtres depuis de plusieurs années. Nous ne reviendrons donc pas sur les mérites de ce chant qui habitent les lignes des critiques à longueur d’articles sur le compte du ténor hélvético-français. Ce qui frappe aujourd’hui, et plus particulièrement dans la prestation à laquelle nous avons pu assister, c’est la capacité que possède Benjamin Bernheim de fédérer le chant de ceux qui l’accompagnent au point de les amener à chanter mieux qu’ils ne l’ont peut-être jamais fait. Il ne s’agit certes pas de minimiser le talent des autres protagonistes, mais force est de constater que le contact de leur talent avec celui, débordant, de Benjamin Bernheim, les porte, en l’espace de quelques minutes, vers une symbiose avec l’œuvre qui se potentialise au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue pour culminer dans les ultimes instants de l’opéra.

Chez Puccini, Mimi, comme Madama Butterfly, comme Manon Lescaut, comme Liù, sont les figures sacrifiées de la femme habitée de douceur qui marche vers la tragédie. Cette image de la timidité féminine, de la précarité existentielle, les rend inévitablement attachantes comme irresponsables du malheur de leurs compagnons. Ainsi, à Rodolfo, à Des Grieux ou à Calaf, leur chagrin apparaît comme une fatalité attachée à leur existence. Et pourtant. C’est précisément ce que Benjamin Bernheim parvient à nous faire vivre dans tous les mots de son rôle, depuis son admirable « O soave fanciulla » jusqu’à ceux, déchirants, qu’il exprime devant l’agonisante. Tout son jeu est empreint d’une désarmante sincérité amoureuse. Ses aigus, si éclatants soient-ils, respirent d’une profonde et tragique sensation d’un amour sans bornes. Sur un devant de scène à la profondeur limitée par l’importance de l’orchestre, où les mouvements ne peuvent se borner qu’à des allers et venues latéraux, le ténor occupe l’espace avec une générosité vocale bouleversante. Tour à tour soutenant ou entraînant ses collègues dans l’intrigue, il domine le plateau avec une mesure et une musicalité seigneuriales. Quels éclatants aigus, quels admirables pianissimo, quelle puissance expressive, quelle ligne, en un mot : quelle perfection ! Jamais il ne nous est paru aussi facile, aussi détendu, aussi libéré.

À ses côtés, les autres protagonistes ne déméritent pas. Dans le quatuor des joyeux compères d’infortune de Rodolfo, le baryton Lodovico Filippo Ravizza (Marcello) jouit d’un timbre de voix élégant même si parfois manquant de puissance face à l’imposant orchestre. Autre baryton, Biagio Pizzuti (Schaunard) possède un instrument vocal d’une belle souplesse même si, comme son compagnon de scène, il manque parfois du volume nécessaire pour supplanter l’orchestre. Côté puissance, par contre, rien à redire sur celle de la basse Gianluca Buratto (Colline) qui, outre une diction et une ligne de chant exemplaires, nous régale d’un « Vecchia zimarra » vibrant et touchant de vérité humaine. Plus qu’honnête est la prestation de Roberto Abbondanza (Benoît/Alcindoro).

La soprano Sandra Hamaoui (Musetta) offre le charme de la jeunesse, l’effronterie théâtrale alliée à l’énergie vocale s’affirmant de représentations en représentations. Elle signe ici un personnage coloré avec juste ce qu’il faut de classe pour ne pas sombrer dans la vulgarité souvent accolée à ce rôle. Si les premiers accents de la soprano Carolina López Moreno (Mimi) n’offrent pas tous les atouts d’une Mimi idéale dotée d’une voix au lyrisme pur (on pense inévitablement à Ileana Cotrubas disparue il y a quelques jours), sa voix lui permet une belle approche interprétative dans son duo de l’acte III. D’une évidente dimension lyrique, son «D’onde lieta usci» avec de superbes couleurs mordorées dans les registres du bas médium et du grave, lui confère une noblesse interprétative qu’elle conserve jusqu’aux ultimes accents du dernier acte.

Si parfois l’orchestre apparaît bruyant, le dispositif scénique de la Grande Tente du Menuhin Festival se prête mal à l’expression opératique d’un ouvrage à l’orchestration aussi imposante que La Bohème de Giacomo Puccini. Néanmoins, diriger un Gstaad Festival Orchestra devant soi, des solistes dans le dos et le Chœur de l’Opéra de Berne au pied de la scène (quand il n’est pas au fond de la salle) oblige le chef italien Marco Armiliato à virevolter sur son piédestal dans une dépense d’énergie saluée par le public.

Un succès généreusement applaudi mais dont les lauriers ne s’adressent pas seulement aux musiciens interprètes mais encore au talent du jeune metteur en scène Fabio Rickenmann qui, avec un minimum de moyens, réussit à loger le chœur et les solistes dans des ambiances propices à une expression théâtrale sensée, racontant le drame puccinien avec clarté. On regrettera seulement qu’une partie de l’action se déroule sur le devant de la scène, privant une bonne partie des spectateurs du parterre de voir ce qui s’y passe.

Crédit photographique : © Raphaël Faux

Modifié le 24/08/2026 à 16h22

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