Au printemps 2026, 13 femmes se retrouvaient pour une réunion en visio. 13 femmes qui disent, à des degrés divers, avoir subi l’emprise d’un enseignant de yoga installé depuis le début de l’année 2026 à Quillan. L’une...
Au printemps 2026, 13 femmes se retrouvaient pour une réunion en visio. 13 femmes qui disent, à des degrés divers, avoir subi l’emprise d’un enseignant de yoga installé depuis le début de l’année 2026 à Quillan. L’une d’elles évoque notamment un séjour en Inde qui lui a valu de porter plainte pour abus de confiance.
"Une prof d’ayurvéda (*) m’avait parlé de lui de manière très avantageuse." Lorsqu’elle découvre le nom de Sébastien Boutillier et les enseignements qu’il dispense, Claire Courtet, enseignante de yoga dans le Var, prend contact avec celui qui émarge sous le nom de "Nakul Nath Yoga" sur Facebook. D’abord pour des cours en ligne, puis des stages en présentiel : "Cela a ensuite évolué vers de la philosophie, de la mythologie, les grands textes de l’hindouisme, l’étude d’un texte en sanskrit." L’étape suivante prendra la forme d’un voyage en Inde à l’automne 2024, "sous la forme d’un pèlerinage", un séjour réglé "1 150 € en cash" (hors billet d’avion, Ndlr).
Deux ans après, c’est peu dire que le voyage a marqué Claire Courtet, qu’il s’agisse des conditions de séjour ou des enseignements dispensés au gré des déplacements : "Quotidiennement, on subissait des sermons avec des paroles blessantes et moralisatrices, qu’il justifiait par l’esprit du dépassement de soi yogique. Et nous avons dû vivre dans des conditions extrêmes, dans des lieux parfois insalubres, avec un séjour où rien n’était organisé, si ce n’est la première nuit à Mumbai, dans un dortoir horrible."
Rassembler toutes les femmes qui avaient subi une relation toxique, d’une façon ou d’une autre
Voilà une partie des souvenirs qui ont mené Claire Courtet à déposer plainte pour "abus de confiance", avec en tête l’image d’une participante "qui avait fait un malaise sans qu’il ne bouge un orteil", ou encore la consommation d’eau du robinet, faute de bouteilles à disposition, "dans un broc". Mais c’est bien une réunion en visio au printemps 2026 qui l’a décidée à agir.
Ce 10 avril 2026, elles sont 13 femmes rassemblées en ligne, avec un point commun : avoir partagé les enseignements de Sébastien Boutillier. "On avait ressenti la nécessité de se réunir, de rassembler toutes les femmes qui avaient subi une relation toxique, d’une façon ou d’une autre." Parmi les participantes, l’ancienne compagne – et ex-élève – de l’enseignant, qui a déposé plainte pour des envois réitérés de messages malveillants après leur rupture, mais aussi pour viol. "Ce qu’a confié Delphine dépassait l’entendement. Mais en entendant la précédente compagne, elle a aussi compris que d’autres avaient subi ça."
Il a un certain charisme, un look christique, l’élocution facile
Des témoignages qui mènent Claire Courtet à reconsidérer le déroulement du séjour de l’automne 2024 : "C’est une de ses facettes qui s’est révélée, avec l’attitude d’un gourou." Un constat que cette plaignante assortit des dommages physiques subis par d’autres élèves : "Il a bousillé le corps de deux personnes, et il se dit yogathérapeute. C’est un danger sur pattes." Dans l’attente de la suite des procédures engagées, Claire Courtet insiste sur la priorité des femmes qui se sont retrouvées, et unies : "Notre seule intention, c’est qu’il arrête de faire du mal, qu’il cesse de nuire." Une crainte affichée en insistant sur le profil de "Nakul Nath Yoga" : "Il a un certain charisme, un look christique, l’élocution facile. Il peut exercer une fascination. Et il joue là-dessus." En janvier 2026, Sébastien Boutillier proposait, du 20 octobre au 5 novembre 2026, un nouveau voyage en Inde, "pour une expérience authentique et hors du commun".
Au cours des trois années d’enquête consacrées à son livre "La face cachée du yoga", Elodie Emery a notamment contacté la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) : "Mais je n’ai jamais réussi à avoir un interlocuteur." Le "cas" du yoga est pourtant bien présent dans les rapports que produit régulièrement la mission. En 2021, un tableau recensait les "principaux sujets d’inquiétude relevés dans les saisines traitées", avec 116 cas liés à la méditation et au yoga. La preuve d’une problématique croissante : entre 2017 et 2020, le nombre de saisines liées au yoga est passé de 22 à 64, avec "plusieurs signalements de décompensations psychotiques lors de stages", mais aussi "l’exploitation des bénévoles, l’encouragement à faire des dons". Un exemple de la vigilance nécessaire qu’imposent "des dérives observées dans un créneau porteur et non réglementé", dont les bienfaits, précise la Miviludes, "sont relayés largement dans tous les médias et même par les pouvoirs publics". Elodie Emery reconnaît bien "ce suivi, cette comptabilisation qui permet de constater une hausse constante des signalements liés à cette pratique". Un point positif malheureusement largement pondéré par "'l’absence de suivi. Toutes les femmes qui ont fait un signalement espéraient être accompagnées. Mais la Miviludes n’en a visiblement pas les moyens".