Paré de trois couleurs de bleu différentes, de jaune et de rouge, ce sardinal est le bateau "carte postale" du Pays catalan et du port d’Argelès-sur-Mer. Chouchoutée par l’association Els amics de la barca, avec pour...
Paré de trois couleurs de bleu différentes, de jaune et de rouge, ce sardinal est le bateau "carte postale" du Pays catalan et du port d’Argelès-sur-Mer. Chouchoutée par l’association Els amics de la barca, avec pour capitaine Richard Cassoly, cette barque qui navigue en Méditerranée occidentale est aussi la seule classée… Monument historique.
Elle n’est pas construite en pierre mais en bois ; elle n’a pas de fondations mais un fond plutôt plat ; elle n’a pas de fenêtre mais un mât de 11 mètres ; il ne s’agit ni d’une église, ni d’un bâtiment terrestre, mais d’une barque catalane, nommée aussi sardinal, qui navigue depuis 1913. Son histoire est étonnante.
Tout commence en 1912. Le patron pêcheur de Collioure Michel Aloujes, surnommé Cartarola, est en mer avec ses six hommes d’équipage. Pour des raisons indéterminées, son bateau le bien nommé Moïse, coule au large de Leucate. Alors que les marins sont en train de se noyer, le capitaine invoque la patronne des pêcheurs colliourencs : Notre-Dame de Consolation. Leurs forces se décuplent et l’instinct de survie aidant, tous parviennent à gagner le rivage, ils sont épuisés mais en vie. De retour au port, le capitaine honore ce sauvetage en se rendant à l’ermitage éponyme, offre un ex-voto à la Vierge, et prête serment, affirmant que son prochain sardinal serait baptisé Notre-Dame de Consolation.
Une construction "gironde" pour plus de stabilitéLa commande est passée à Laurent Ferrer, charpentier de marine, installé alors rue du Temple à Collioure. Il faudra près d’une année de construction pour construire ce sardinal. Il faut dire que ses mensurations sont impressionnantes : 14 mètres de longueur avec le beaupré, large de 3,10 m, pesant 7 tonnes, avec un mât de 11 mètres déployant 60 m² de voile pour la tracter. Pour le président Cassoly : "cette barque porte la signature colliourencque de son concepteur, elle est plus gironde que ses voisines construites à Banyuls, avec l’avantage d’être plus stable avec moins de gîte".
Amarrée au quai d’honneur du port d’Argelès Notre-Dame de Consolation est la barque catalane "carte postale" la plus photographiée de l'enceinte portuaire.!
Vé. P.
Armée pour la pêche, elle prend la mer en 1913. L’activité est intense, le port colliourenc compte plus de 130 bateaux. Malheureusement la guerre de 14-18 va stopper l’économie, les hommes sont envoyés au front et Collioure va payer un lourd tribut à ce conflit. En 1919, il ne reste qu’une cinquantaine de barques, qui ne peuvent même plus partir en pêche, faute d’équipage !
La belle Notre-Dame de Consolation est vendue, elle passe alors par les ports de Banyuls-sur-Mer, Saint-Cyprien et se retrouve à Agde en 1987 pour sa fin de carrière. Mais c’était compter sans l’amour que lui vouaient trois copains qui, après l’avoir localisée, rassemblent leurs économies pour la racheter. René Conte, Michel Juncy et Jacques Portes vont durant trois ans, engager une restauration dans les règles de l’art. Un acharnement qui sera récompensé le 21 mai 1992, par le classement du sardinal colliourenc en Monument historique, par le ministère de la Culture. C’est le seul à ce jour et dans sa catégorie à afficher ce titre !
Un entretien pour la vie !Le 12 octobre 2013, un autre passionné d’histoire et de navigation qui préside alors l’association Els amics de la barca Notre-Dame de Consolation la récupère. Richard Cassoly, en étroite collaboration avec la Drac (Direction régionale des affaires culturelles), veut redonner vie à ce bateau en participant à des manifestations maritimes, en valorisant la navigation et les techniques de la voile latine. Mais une nouvelle fois, le vieux sardinal, pour survivre, doit être restauré. Deux opérations sont déclenchées en 2013-2014 au sein de l’atelier des barques de Paulilles, puis en 2022-2023 sur la zone de carénage d’Argelès.
À bord, par une navigation manuelle, tout doit être au cordeau, à commencer par les cordages traditionnels. La barque est carénée et repeinte quasiment chaque année, pour sa conservation.
Vé. P.
Pour le président : "le renouvellement du bois est inéluctable, car la matière est vivante. Chaque pièce est remplacée à l’identique, c’est essentiel pour pouvoir naviguer en sécurité. La peinture, le ponçage de son carénage sont aussi effectués chaque année. Et en période de forte chaleur, Richard Cassoly vient au quotidien arroser ce monument." Car même si le sardinal ne peut pas s’aventurer en haute mer, il peut quand même naviguer jusqu’en Sardaigne, Minorque, Monaco… pour se joindre à de grandes manifestations maritimes en Méditerranée occidentale.
D’autant que pour Richard Cassoly : "les manœuvres demandent de l’anticipation, comme me l’ont appris Clovis Aloujes et René Conte, des techniques et que je transmets aussi aux navigants et aux adhérents. C’est un bateau puissant, qui peut atteindre 6 nœuds. La difficulté c’est que tout est manuel, on hisse la voile à la force des bras, c’est en quelque sorte un instrument baroque." Et de conclure "comme disait le philosophe La Boétie 'c’est une servitude volontaire'."
Richard Cassoly détient l’histoire de cette barque et en particulier la reconnaissance de l’État en qualité de Monument historique.
Vé. P.
Autant dire qu’avec ses couleurs d’origine (trois bleus, jaune et rouge), la barque catalane qui est amarrée au quai d’honneur du port d’Argelès et qui navigue toute l’année, est aussi la plus photographiée ! Un monument historique bien vivant qui s’affiche dans de grandes manifestations maritimes et qui est la fierté de son équipage, garant de solidarité et de cette "navigation de conserve". Une première mission relevée, et une seconde en cours qui consiste à créer un écomusée à Argelès, avec notamment une école de voile à la fois traditionnelle et moderne.
Contact : Els amics de la barca : 06 88 43 03 71
À ses côtés, avec également beaucoup de charme et une riche histoire la barque du "Libre penseur".
Vé. P.