L’écrivaine québécoise féministe signe un récit hybride passionnant sur les figures de divas, de Nina Simone à Céline Dion, en passant par Madonna.
L’écrivaine québécoise féministe signe un récit hybride passionnant sur les figures de divas, de Nina Simone à Céline Dion, en passant par Madonna.
Dans l’un de ces récits érudits dont elle a le secret, l’écrivaine féministe Martine Delvaux revient sur la silenciation de la voix des femmes en explorant la figure quasi-mythologique de la diva. Divas est un livre féministe, politique et sensible, gonflé d’espoir, qui nous plonge dans les destins de Nina Simone, Sinéad O’Connor ou Rosalía et nous parle de sensibilité, d’art et nous encourage à laisser couler nos larmes. Rencontre.
À l’origine de ce livre, il y a le harcèlement que vous subissez au Québec pour vos prises de position féministes…
Martine Delvaux – Oui, je révèle cette violence que l’on subit en tant que femme dans l’espace public qui est encore plus flagrante quand on tient des propos féministes. C’est une souffrance que j’ai toujours banalisée en disant que je m’étais fait une carapace, que je m’y habituais… J’ai rarement raconté les passages au poste de police où j’étais reçue avec froideur. Je pars de ces états d’immense fragilité.
Quel lien faites-vous entre ce harcèlement et l’itinéraire des divas dont vous parlez dans ce livre ?
J’ai commencé à le rédiger en fragments, comme un manifeste coup de poing. Je voulais le titrer “ta gueule”. Et puis il y a eu cet épisode où je me suis mise à pleurer en écoutant Nina Simone, et cela m’a obsédée. Je suis tombée dans une enquête folle sur elle. J’étais assez ulcérée du nombre d’hommes blancs qui s’étaient appropriés sa vie, souvent en insistant sur le fait qu’elle souffrait de maladies mentales, qu’elle était folle… Je voulais la sauver de ce discours sans pour autant écrire une biographie, étant moi-même une femme blanche privilégiée.
Germaine Greer disait que toutes les générations devraient avoir Nina Simone comme diva. C’est comme ça que j’ai trouvé mon sujet. On imagine ces femmes comme des déesses arrogantes et omnipuissantes, mais elles renvoient toujours les unes aux autres, de Maria Callas à Madonna. Si Beyoncé est la méta-diva, Nina Simone est le point d’ancrage pour énormément de chanteuses. C’était aussi une immense artiste politique qui a participé à la lutte pour les droits civiques et en a payé le prix.
Vous vouliez aller regarder au-delà des fictions qui entourent ces divas ?
Oui, je voulais prendre le costume de la diva et l’ouvrir, pour voir ce qu’il y avait derrière. Je pose la question de la voix des femmes, à tous les niveaux. Celle qui chante, mais aussi celle qui raconte. J’ai épluché les entrevues et les biographies pour défaire la fiction. On adore raconter leur vie, et surtout leur mort. On le voit dans le film de Pablo Larraín sur Maria Callas. Pourquoi veut-on toujours les voir mourir ? C’est un symptôme de ce que l’on fait d’elles dans l’espace public, de notre imaginaire autour de ces femmes qui se sont données à cet art.
Vous réhabilitez aussi les larmes des femmes…
Mon livre Thelma, Louise et moi partait aussi de mes larmes, celles d’une jeune femme qui, devant le suicide des héroïnes du film, se demande : c’est ça qui m’attend ? Divas s’ouvre sur les larmes d’une femme de 54 ans terrifiée à l’idée qu’on la fasse taire à jamais. Quand j’entends la voix de Nina Simone, la blessure devient plus vive et me libère. Je retrouve le pouvoir de parler. Les pleurs sont en filigrane tout au long du livre. On s’est tellement moqué de Céline Dion, qui pleurait tout le temps : sur scène, pendant les entrevues. Même dans toutes ces vidéos devant le Royal Monceau, on la voit essuyer ses joues. On veut faire taire les femmes, on se moque d’elles parce qu’elles sont trop émotives, on refuse d’entendre leur souffrance. Je voulais sauver les larmes des femmes et des divas.
Votre livre dialogue aussi avec le contexte politique très violent envers les femmes et les minorités ?
Ce n’est pas un essai explicitement politique, pas un manifeste contre l’extrême droite, mais le backlash est au cœur du livre. Ce que je subis comme violence, moi petite féministe dans cette petite province qui est le Québec, est un exemple de ce qui se passe partout. Je prends mon exemple et je dis : attention, nous sommes en train de perdre nos voix. Toutes ces divas ont dû se taire à un moment : elles sont tombées malade, elles ont été mises au ban. Cette silenciation me terrifie.
Divas de Martine Delvaux, Héliotrope, 352p., 20 €. En librairie.
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Katie Kitamura : “La manière dont on lit transforme l’histoire” | 0 | 22.71 | 29-09-2026 |
| 2 | Despentes, Springora… 4 autrices nous parlent de leur action anti-Bolloré avec “La grande évasion” | 0 | 20.56 | 21-09-2026 |
| 3 | Maine Lit Fest’s headliner Min Jin Lee’s new book explores immigration and what it means to be successful | 0 | 38.53 | 23-09-2026 |
| 4 | Maine Lit Fest returns with writers ‘responding to the moment’ | 0 | 38.28 | 23-09-2026 |
| 5 | Miguel Dalmau gana el Café Gijón de novela | 0 | 9.23 | 15-09-2026 |
| 6 | 10 livres de la rentrée littéraire qui méritent d’être posés sur votre table de chevet | 0 | 8.46 | 26-09-2026 |
| 7 | Marta Borraz gana el Tusquets con 'Las leopardas' | 0 | 7.16 | 17-09-2026 |
| 8 | La monja que pasó de las estampitas religiosas para hacer obras a lo Warhol | 0 | 6.66 | 13-09-2026 |
| 9 | «А как прошла встреча с Мариной Москвиной?» – спросите вы. ... | 0 | 4.63 | 27-09-2026 |