En début d’année, la Cour des comptes a publié un rapport dans lequel elle recommande de facturer certaines interventions des secours en montagne, au nom du coût que cela représentait : 110 millions d’euros, rien...
En début d’année, la Cour des comptes a publié un rapport dans lequel elle recommande de facturer certaines interventions des secours en montagne, au nom du coût que cela représentait : 110 millions d’euros, rien qu’en 2024. En pleine saison estivale, que pensent les secouristes de cette proposition, et la trouvent-ils si pertinente ?
“Visiblement les alpinistes qui sont redescendus en hélicoptère ont l’air fiers de leur coup au point de s’en vanter sur Instagram. J’ai bien fait de leur faire payer le vol”, s’est fendu le maire de la commune de Saint-Gervais-les-Bains sur ses réseaux sociaux le 15 août. Un groupe d’alpinistes s’est effectivement retrouvé coincé dans un refuge du Mont-Blanc à la suite de la fermeture d’un sentier par la commune et a dû appeler les secours pour redescendre. Le PGHM n’estimant pas le danger "immédiat", les randonneurs sont descendus en hélicoptère privé, moyennant 95 euros par personne, ce qui n’est ni courant, ni consensuel.
C’est la haute saison pour les secouristes. Un tiers des secours liés aux sports de montagne sont réalisés en juillet et août, contre environ un cinquième en janvier et février. Et ces interventions ont un coût, chiffrait la Cour des comptes en février. Elles ont coûté 110 millions d’euros en 2024, dont 43 % imputables aux moyens aériens. Ce qui représente, pour chacune des 9 912 interventions, une somme de 10 780 euros en moyenne. "Dans ce contexte, la Cour considère comme légitime de remettre en question le principe de gratuité des secours en montagne", écrit le Palais Cambon. Alors, faut-il remettre en cause la gratuité des secours en montagne ? C’est aux professionnels du terrain, directement, que nous avons posé la question.
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Plus de monde, trop d’imprudents"La pratique sportive en montagne connaît depuis plusieurs années une forte augmentation et une diversification marquée, incluant des disciplines plus risquées, dans un environnement naturel rendu plus dangereux par les effets du dérèglement climatique", pose la Cour des comptes. Conséquence : une hausse de 44 % du nombre d’interventions des secours en montagne en 10 ans. Très logiquement, les coûts augmentent. Mais pour les secouristes, ce n’est pas au moment de payer qu’il faut se poser des questions mais bien avant : il faut prévenir les accidents. Pour cela, différents leviers : plus de communication au grand public, formations moins coûteuses et plus nombreuses, travail de prévention sur le terrain…
Si la "peur du gendarme" prend le pas sur la sécurité d’appeler les secours, certaines petites urgences relatives pourraient devenir en quelques heures de vraies urgences très compliquées à évacuer.
Pour Guillaume Poulet, ancien Chasseur alpin de la brigade d’infanterie de montagne désormais accompagnateur et formateur en secourisme aux Angles (Pyrénées-Orientales), la proposition de facturer les interventions est à nuancer : "Lorsque le secours est déclenché en raison d’une imprudence voire une négligence de la part de l’usager secouru, je pense que cela mérite réflexion." En revanche, "je suis favorable à une 'présomption' de bonne foi de la part des personnes secourues. Dans le cas inverse, si la ‘peur du gendarme' prend le pas sur la sécurité d’appeler les secours, certaines petites urgences relatives pourraient devenir en quelques heures de vraies urgences très compliquées à évacuer."
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Le cœur du débat n’est pas tant dans le fait de facturer, ou non : "Il y a plusieurs années, la plupart des pratiquants qui s’aventuraient en montagne avaient une ‘culture montagne’, se souvient le guide. Aujourd’hui, beaucoup de ces nouveaux pratiquants pensent que partir en montagne se prépare comme on part visiter une ville, et il est fréquent de croiser sur les sentiers des gens visiblement très mal équipés et ne sachant pas vraiment où ils sont ni où ils vont."
"Des règles très spécifiques"Encadrant au CAF (Club alpin) de Toulouse, David Marionneau nuance : "J’aurais tendance à ne pas forcément être favorable au fait que ce soit payant, en tout cas les secours en montagne, notamment pour des questions de sécurité." Même si, reconnaît-il, "il y a des gens qui ont tendance à les déclencher trop facilement".
Comment différencier quelqu’un qui appelle pour sa sécurité et quelqu’un qui appelle par confort ?
Surtout, si facturation il y avait, il faudrait "édicter des règles très spécifiques", note le formateur. Car sans fil conducteur, "comment différencier quelqu’un qui appelle pour sa sécurité et quelqu’un qui appelle par confort ?", interroge ce membre de la Fédération française des clubs alpins et de montagne.
Pour le lieutenant Franck Hernandez, du Sdis 66, trop de personnes s’aventurent sur des terrains accidentés mal équipées. En ce cas, ce sont les sauveteurs eux-mêmes qui sont mis en danger à cause d’amateurs imprudents. Pompier depuis vingt-cinq ans, il intervient en milieu dit périlleux : ravins, canyons, certains sentiers de randonnée. Et, reconnaît-il, "ça nous arrive d’être en colère quand on prend le risque de partir en hélico pour des gens mal préparés". Les "secours en France sont gratuits", abonde-t-il, une valeur qui doit prévaloir dans toutes les interventions. "Je pense qu’on en arrive là parce qu’il y a des personnes qui partent en randonnée et qui ne prennent pas les mesures de sécurité. Et effectivement, ça peut arriver à des abus. Peut-être qu’un peu plus de prévention, un peu plus d’information, pourrait éviter certains problèmes de randonnée…", imagine le lieutenant.