Un fusil, deux coups tirés et une version qui s'effrite. Jeudi 1er octobre 2026, Yvon Sarraute, agriculteur de 79 ans à Meauzac, s'est présenté au tribunal judiciaire de Montauban pour les tirs de la nuit du 1er au 2...
l'essentiel Un fusil, deux coups tirés et une version qui s'effrite. Jeudi 1er octobre 2026, Yvon Sarraute, agriculteur de 79 ans à Meauzac, s'est présenté au tribunal judiciaire de Montauban pour les tirs de la nuit du 1er au 2 mai. Soutenu par la FDSEA 82, il affirmait avoir fait fuir des voleurs de carburant. Il repart avec un classement sans suite sous condition. La procureure Karline Bouisset assure que les deux personnes visées étaient ses voisins et que rien ne prouve qu'elles venaient voler.
"Il n'y a aucun élément dans la procédure qui confirme qu'il s'agissait de voleurs." Karline Bouisset, procureure de la République de Montauban, est formelle. Jeudi 1er octobre 2026, place du Coq, devant le tribunal judiciaire, un petit groupe d'agriculteurs de la FDSEA 82 attendait Yvon Sarraute.
Le Meauzacais de 79 ans, président du CEFEL et représentant de l'Anefa 82, était convoqué devant le délégué du procureur pour une composition pénale. En cause, les coups de feu partis de chez lui dans la nuit du 1er au 2 mai 2026, à Meauzac.
Un élan de soutien et une plainteSon histoire, révélée par La Dépêche, avait provoqué une vague de solidarité et d'indignation sur les réseaux sociaux. L'agriculteur disait avoir tiré à deux reprises en l'air, depuis chez lui, pour faire fuir des voleurs de carburant. Selon lui, ils rôdaient sur sa propriété, près d'un hangar où se trouve sa cuve de GNR (gazole non routier).
Tout s'est emballé le 31 août. Ce jour-là, les gendarmes sont venus saisir son arme et lui remettre sa convocation. Yvon Sarraute a alors appris que les "présumés voleurs" avaient déposé plainte contre lui, très effrayés par des tirs qu'ils disaient avoir reçus dans leur direction. Les syndicats agricoles, la FDSEA 82 en tête, ont aussitôt fait bloc derrière lui.
Le lendemain d'une mobilisation à Montauban, dans la nuit du 1er au 2 septembre 2026, son président Damien Garrigues s'était exprimé dans La Dépêche : "Chaque fois que les agriculteurs se protègent contre des vols, ce sont eux qui sont emmerdés (sic), pas les auteurs de ces vols. Au bout d'un moment, cela les énerve. Rien que cet été 2026, j'ai été volé quatre fois. Ils ne volent pas que du carburant, ils volent de tout : des pompes, du matériel, du foin et même des fruits ! Dans le cas de Meauzac, il s'agit d'un simple coup en l'air. C'est lamentable que les auteurs présumés portent plainte et que la justice leur donne raison. La justice n'a-t-elle pas autre chose à faire ? J'espère que la nouvelle procureure en prendra la mesure, sinon on sera là pour le rappeler."
"Un couple de voisins"Jeudi, la convocation s'est soldée par un avertissement sur l'usage de son arme, puis par un classement sans suite sous condition. Mais le dossier, tel que la procureure le décrit, ne ressemble guère à ce qui avait ému les internautes. "La réalité de ce dossier, que j'ai lu d'un bout à l'autre, c'est que les deux prétendus voleurs n'étaient autres qu'un couple de voisins de M. Sarraute", indique Karline Bouisset, contactée par La Dépêche.
Elle donne le détail. Selon elle, le couple roulait feux éteints et suivait un véhicule suspect quand les tirs ont retenti. Ils ont été faits en leur direction, précise la magistrate, et les deux voisins ont aussitôt appelé la gendarmerie. Aucune constatation de traces de plombs n'a toutefois été relevée sur leur véhicule.
Une réponse pénale "clémente"Pour la procureure, la réponse de la justice est loin d'être sévère. "La réponse pénale a été clémente compte tenu de l'usage d'une arme de façon illégitime", souligne-t-elle.
Le classement sans suite est assorti d'une condition : indemniser les parties civiles. Celles-ci n'ont toutefois rien réclamé à l'auteur des tirs. Quant au fusil de chasse, il a été restitué à Yvon Sarraute.