Professeure émérite à l'université de Bordeaux III Montaigne, spécialiste de l'histoire de la franc-maçonnerie, Cécile Révauger anime une conférence, samedi 3 octobre 2026 à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), à...
l'essentiel Professeure émérite à l'université de Bordeaux III Montaigne, spécialiste de l'histoire de la franc-maçonnerie, Cécile Révauger anime une conférence, samedi 3 octobre 2026 à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), à l'invitation de la loge maçonnique de Moissac "Le Réveil du Quercy". L'universitaire fait le lien entre la franc-maçonnerie telle qu'elle a prospéré au XVIIIe siècle et celle d'aujourd'hui, où il est plus que jamais nécessaire de porter la liberté de conscience et le principe de laïcité en étendard.
Le Grand Maître du Grand Orient de France, la principale obédience franc-maçonne, est en déplacement dans le Tarn-et-Garonne ce samedi 3 octobre 2026. Guillaume Trichard rencontrera la presse en milieu d'après-midi à Montauban avant de rejoindre Castelsarrasin pour assister, à 18 heures, à la conférence publique organisée par la loge maçonnique de Moissac (inscription obligatoire par mail : conference3octobre@gmail.com).
Cécile Révauger, professeure émérite des universités, une des historiennes reconnues de la franc-maçonnerie, interviendra sur le thème "Être franc-maçon, être franc-maçonne au Grand Orient de France au XXIe siècle". L'universitaire bordelaise livre un regard passionnant sur l'évolution de la franc-maçonnerie depuis le XVIIIe siècle et notamment la place qu'y occupent les femmes.
Cécile Révauger, pouvez-vous nous dire un mot sur votre parcours professionnel ?
Mon parcours professionnel dans l'enseignement m'a conduite à me spécialiser dans les études anglophones à l'université de Bordeaux III-Montaigne. Ma thèse portait sur la franc-maçonnerie au XVIIIe siècle en Angleterre et dans l'Amérique révolutionnaire. Depuis, j'ai beaucoup publié sur les Lumières et sur l'histoire de la franc-maçonnerie (1), notamment en codirigeant le dictionnaire biographique des francs-maçons du XVIIIe siècle.
Quel regard portez-vous sur l'évolution de la franc-maçonnerie depuis trois siècles et sur la place des femmes ?
Le XVIIIe siècle était une période où les femmes n'avaient pas du tout accès aux associations de façon générale. La Grande Loge d'Angleterre, à cette époque, n'acceptait pas les femmes. Elle refusait aussi l'accès aux esclaves et aux personnes athées. Il y a eu de grandes évolutions, particulièrement au Grand Orient de France qui accepte dans ses rangs les descendants d'esclaves, les athées et les femmes. Déjà, au XVIIIe siècle, au sein du GODF, il existait des loges d'adoption ouvertes aux femmes : ça n'existait qu'en France et aux Pays-Bas et un peu en Allemagne.
Les femmes admises à ces loges d'adoption au XVIIIe siècle étaient issues seulement de l'aristocratie ?
Oui, c'était vrai de toute la maçonnerie à l'époque. Il n'y avait ni paysan ni paysanne, juste des aristocrates et ensuite, un milieu plus bourgeois a fréquenté ces loges à la fin du XVIIIe. Vous savez, la franc-maçonnerie est très liée aux évolutions culturelles. En Angleterre, les femmes ont eu le droit de vote avant nous, mais malgré cela ce pays n'a pas du tout évolué s'agissant de l'acceptation des femmes dans le mouvement maçonnique. En France, au contraire, il y a des loges spécifiquement féminines depuis 1945 mais c'est vrai que les femmes sont encore minoritaires dans les instances dirigeantes.
Il faut faire en sorte qu'on ne porte pas au pouvoir des personnes qui ont tenu des propos xénophobes par le passé et dont on sait qu'ils vont exclure une partie de la population.
Par rapport au thème de votre conférence, être franc-maçon, être franc-maçonne au Grand Orient de France au XXIe siècle, diriez-vous que les choses sont plus difficiles aujourd'hui pour celles et ceux qui font partie de l'obédience ?
Notre Grand Maître Guillaume Trichard a récemment reçu des menaces parce qu'il a tenu des propos sur l'enseignement privé qui étaient pourtant anodins. Je suis persuadée qu'il ne faut pas céder à la peur. Il ne faut pas se taire aujourd'hui. Ce n'est pas le moment de rentrer la tête dans les épaules. C'est bon qu'on ait ce genre de conférence publique pour montrer qui nous sommes. La seule chose que nous ne tolérons pas ce sont les idées xénophobes. Alors, il faut s'accrocher et garder cet esprit des Lumières dont certains veulent nous barrer le chemin.
Nous sommes à quelques mois d'une échéance politique importante pour l'avenir de notre pays, les élections présidentielles. Quel est le projet de société que soutiennent les francs-maçons ?
Un projet qui soit vraiment républicain. Il faut faire en sorte qu'on ne porte pas au pouvoir des personnes qui ont tenu des propos xénophobes par le passé et dont on sait qu'ils vont exclure une partie de la population. La liberté de conscience et la laïcité, c'est le plus important, et la laïcité sans adjectif, celle qui a acté la séparation des Églises et de l'État et le respect de croire ou de ne pas croire.