Le 30 septembre prochain, l’épicerie de producteurs Bergé frères fermera ses portes. Installée depuis 2011 à la zone de la Bourriette, elle accueillait les fruits, légumes, vins, viandes, fromages… de plus de 180...
Le 30 septembre prochain, l’épicerie de producteurs Bergé frères fermera ses portes. Installée depuis 2011 à la zone de la Bourriette, elle accueillait les fruits, légumes, vins, viandes, fromages… de plus de 180 producteurs locaux.
"La vie continue… C’est dur à avaler mais bon, il faut l’accepter". Entre amertume et résilience, Eric Bergé ne cachait pas son émotion, ces derniers jours, en annonçant la fermeture, au 30 septembre prochain, de l’épicerie de producteurs qu’il avait portée sur les fonts baptismaux, en 2011, sur la zone de la Bourriette. Huîtres de Leucate, pommes de l’étang de Marseillette, asperges, fraises à partir de mars, melon de Vinassan… tous les produits en rayons n’avaient chez lui qu’une seule origine : le département de l’Aude : "Parce qu’ici, on a de tout", se plaît-il à dire pour qualifier le travail des agriculteurs locaux.
Un monde dont il a fait partie de nombreuses années sur son exploitation de l’étang de Marseillette où poussaient pommes, melons, asperges et raisins : "C’est d’ailleurs pour cette raison qu’avec moi, les agriculteurs faisaient eux-mêmes le prix, sans négociation de ma part : je connais trop le poids des charges fixes qu’ils doivent endurer. Je me voyais mal tirer les prix vers le bas : derrière, il y a des familles ! J’adaptais ma marge en conséquence, le juge du rapport qualité-prix étant le client".
Cet esprit, alors qu’il cultivait encore ses champs, il l’avait développé dans un premier temps dans l’Hérault, à Béziers, où il avait fondé, avec son frère, La Ferme biterroise : un magasin vendant ses produits et où plusieurs producteurs faisaient de même à ses côtés. Un concept qu’il reproduira à Portiragnes, à Narbonne, puis, enfin, à Carcassonne où pas moins de 180 agriculteurs l’avaient suivi dans l’aventure.
Le commerce, je n’y connaissais rien, j’ai appris sur le terrain
Jusqu’à ce que la crise économique érode sérieusement le pouvoir d’achat des consommateurs et que la concurrence ne s’en mêle : "Il n’y a qu’à regarder sur la zone, tout autour de moi, le nombre de magasins qui se sont montés comme des Lego. Des structures qui pratiquent des prix au plus bas, avec des centrales d’achat, bien loin du modèle que j’avais tenu à mettre en place. C’est certain : on ne lutte pas avec les mêmes armes".
Malgré tout, Eric Bergé reste fier et droit dans ses bottes quand il regarde dans le rétroviseur : "Je n’ai absolument aucun regret. Ces quinze années n’ont été qu’enrichissement personnel dans les relations que j’ai pu tisser avec des agriculteurs qui travaillent sérieusement, qualitativement, dans tous les domaines : de la viande aux fruits et légumes, du maraîchage aux produits laitiers. Et aussi dans la relation avec les clients : le commerce, je n’y connaissais rien, j’ai appris sur le terrain, ça a été une révélation".
C’est donc "sans aucun regret" qu’il tirera le rideau de son magasin du boulevard Denis-Papin avec la satisfaction d’avoir cumulé, au total, la bagatelle de 24 M€ de chiffres d’affaires : "Une somme entièrement redistribuée sur le territoire : en 2011, jamais je n’aurais pensé en arriver là. C’est une fierté, oui. Pour moi, ce ne fut que du bonheur".