Quelque 250 000 lycéens, étudiants, parents d’élèves et syndicalistes ont défilé dans toute la France ce 6 octobre selon les autorités, 450 000 d’après les organisateurs. ...
Reportage à Montpellier
Sous un parapluie rose, des étudiants invitent les manifestants à coucher sur un morceau de papier un mot, une phrase, avant de les rassembler sur un "mur des revendications". Alexandra, 22 ans, en master 2 et future enseignante, vient d'écrire le sien. "Les jeunes se battent pour l'égalité des chances, qu'ils soient privilégiés ou défavorisés. C'est beau", assure-t-elle.
À Montpellier, comme à Lyon, Paris, Marseille ou Rennes, lycéens, étudiants, parents d'élèves et syndicalistes ont défilé dans une ambiance bon enfant, au son des fanfares, des tambours et des chants. De violents heurts ont toutefois éclaté en fin de cortège à Paris.
La mobilisation lycéenne a ainsi franchi un nouveau cap ce 6 octobre. L'Union syndicale lycéenne (USL) avait appelé à un "acte III massif, prudent et déterminé dans tous les lycées du pays". Après les "actes I" et "II" des 29 septembre et 1er octobre, des blocus se succèdent quotidiennement depuis le 21 septembre.
Pourquoi une majorité de Français soutient les blocages des lycées : "C'est la hantise du gouvernement""Le courage de renverser la table"Dans le cortège montpelliérain, les pancartes rivalisent d'imagination, et parfois d'humour : "Manque de prof, sa va finire part çe voar" (sic), "On manque nos leçons pour vous en donner une". Sur un bout de carton brandi par un jeune homme, on lit encore "Touche pas à mon jeune", clin d'œil au célèbre slogan "Touche pas à mon pote" de SOS Racisme dans les années 1980. Mais sous l'atmosphère festive, la colère affleure. Et la perturbation est désormais massive : 891 lycées sur 3 700 ont vu leurs cours suspendus, totalement ou partiellement, "toutes causes confondues", selon le ministère de l'Éducation nationale.
Milo, 16 ans, scolarisé en terminale à Montpellier, reconnaît que son établissement est "plutôt bien loti". Mais, chez certains de ses amis, il décrit une tout autre réalité : "Dans leur lycée, certaines salles de classe sont insalubres, il fait 8 degrés l'hiver et les emplois du temps sont mal construits, avec des journées à rallonge et des trous au milieu. Nous, on a beaucoup de moyens ; d'autres en ont beaucoup moins. Ce n'est pas juste."
Natacha manifeste avec sa fille Line, étudiante. "Je trouve vraiment chouette que la jeunesse se mobilise, qu'elle ait le courage de renverser la table. Je suis fière de soutenir ce mouvement dans une démarche pacifiste." Marine, commerçante dans une rue traversée par le cortège, se mêle à la conversation : "Voir cette jeunesse en mouvement me donne beaucoup d'espoir. J'espère qu'octobre 2026 sera le nouveau Mai 68. Je pense qu'il faut le chaos avant la reconstruction."
Dans les rues de Montpellier, mardi 6 octobre. ©Laure de CharetteÀ Montpellier, la réponse policière occupe aussi une large place dans les slogans. "L'éducation manque de bras, pas de clés de bras", peut-on lire, ou encore "Envoyez-nous des profs, pas la police" et "Trop jeunes pour être écoutés, mais assez grands pour se faire gazer".
Antoine, la cinquantaine et père de deux adolescents, a bricolé un carton : "Protégeons nos enfants". De qui ? "De la police, répond-il. Elle est devenue violente et agressive. Les jeunes protestent contre leurs mauvaises conditions d'étude et on leur envoie des policiers sans retenue. C'est inadmissible. Les violences policières avaient lieu dans les cités avant, mais là, on les a désormais ici. On dirait que le gouvernement n'arrive pas à tenir ses troupes."
"Ça risque d'être chaud", glisse de son côté Marine. On pourrait croire qu'elle a repéré dans le cortège quelques casseurs potentiels, cagoulés et vêtus de noir. "Non !", s'étonne-t-elle lorsqu'on lui pose la question. "J'ai vu la BAC, la police, les pompiers… On dirait qu'ils vont nous encercler !" Natacha acquiesce : "J'ai plus peur de la police que des jeunes."
Deux récits s'affrontentSur la violence, deux récits s'affrontent. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dénonce "une violence débridée" aux abords des lycées bloqués. Selon Beauvau, plus de 6 000 personnes ont été interpellées depuis le 28 septembre et 715 policiers ou gendarmes blessés. Matignon recense de son côté 215 élèves et 85 personnels de l'Éducation nationale blessés.
À l'inverse, organisations lycéennes, syndicats enseignants et parents d'élèves dénoncent un "usage disproportionné de la force". Une dizaine d'enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN, notamment à Lens (Pas-de-Calais), où un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée lundi par une grenade policière. Sébastien Lecornu a, lui, qualifié de "mensonge" les accusations d'"instructions politiques de répression policière" : "On ne peut pas laisser un espace de tolérance à la violence", a-t-il déclaré devant les députés.
Manifestations des lycéens en France : cours suspendus dans 400 à 500 établissements lundiDans le cortège, pourtant, certains manifestants assument une ligne plus trouble. "Il y a toujours eu des violences dans l'histoire des luttes. Juste s'asseoir dans la rue, ça ne suffit pas", estime Alexandra. Jonathan va plus loin : "Toutes les avancées sociales ont été obtenues après des mouvements qui incluaient des violences", affirme-t-il en prenant Mai 68 pour référence. Cette violence serait aussi, à ses yeux, "le résultat du manque de considération du gouvernement pour les jeunes" : "À force de ne jamais être écoutés, il faut trouver d'autres manières de se faire entendre." Il reproche enfin à certains médias de se focaliser sur les échauffourées et les feux de poubelles plutôt que sur les revendications du mouvement.
Quelques mètres plus loin, les tambours couvrent de nouveau les conversations. Derrière les slogans et les pancartes, la colère est bien là.
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