Une étude alerte sur les conséquences du réchauffement climatique dans les Alpes suisses, où certains glaciers pourraient disparaître plus vite que prévu.
Une étude alerte sur les conséquences du réchauffement climatique dans les Alpes suisses, où certains glaciers pourraient disparaître plus vite que prévu.
Par Sarah Coulet avec AFP

JEFF PACHOUD / AFP
Ici le glacier des Bossons à Chamonix-Mont-Blanc, le 11 juillet 2025.
Ce n’est pas faute d’avoir prévenu. Une étude publiée ce jeudi 1er octobre dévoile l’étendue des dégâts concernant la fonte des glaces, à partir d’un exemple éloquent. Les glaciers suisses ont connu une année « catastrophique », avec pour conséquence le deuxième pire bilan annuel après 2022. En cinq ans, ils ont perdu 20 % de leur volume.
Selon les données du Réseau des relevés glaciologiques suisse (Glamos), les glaciers ont encore perdu 5,5 % de leur volume cette année, après avoir connu l’été le plus chaud jamais enregistré et un hiver pauvre en neige.
Perché sur le glacier du Scex Rouge, à près de 3 000 mètres d’altitude, Matthias Huss, responsable de Glamos, contemple avec tristesse le paysage qui l’entoure : « Ce glacier est en train de disparaître. (...) Il pourrait ne plus rester de glace d’ici dix à quinze ans », dit-il en retirant la longue tige d’aluminium de quatre mètres installée par Glamos au milieu du glacier. Fin juillet, elle affleurait à peine à la surface de la glace. Aujourd’hui, elle en dépasse de plus de trois mètres.
« Nous ne sommes pas surpris car nous savons à quelle vitesse les glaciers fondent. Mais voir ces montagnes sans neige, avec leurs rochers et ces glaciers sombres, vestiges d’un autre temps, c’est vraiment quelque chose », commente le glaciologue.
La Suisse se réchauffe trois fois plus vite que le reste du mondeQuelques données chiffrées pour prendre la mesure du problème : entre 2022 et 2026, les glaciers suisses ont fondu à un rythme plus de deux fois supérieur à celui observé lors de toute autre période de cinq ans jusqu’ici, entraînant une perte de près de 20 % de leur volume depuis 2021.
Dans les années 1990, 10 % du volume de glace a disparu, contre 27 % au cours de la décennie 2016-2026, selon des mesures réalisées sur une vingtaine de glaciers, extrapolées à l’ensemble des près de 1 300 formations glaciaires que compte encore la Suisse.
MétéoSuisse apporte une information alarmante : le réchauffement du pays est deux fois plus important que la moyenne mondiale. Les mois de juin à août ont été les plus chauds jamais enregistrés en Suisse depuis le début des mesures en 1 864. Ils ont ainsi détrôné l’été caniculaire de 2003, qui détenait jusqu’alors le record.
« L’été futur dans un monde à + 3 degrés serait environ + 3,6 °C plus chaud que la période de référence 1991-2020. Au cours de l’été 2026, l’écart s’est élevé à + 3,4 °C », indique encore MétéoSuisse.
« Aucune chance de survie »« Dans de telles conditions, les glaciers alpins n’ont aucune chance de survie à long terme », prévient Glamos. Une prophétie qui commence déjà à se vérifier, dans les montagnes notamment, où le constat est alarmant : la neige qui protège les glaciers avait déjà fondu en partie en juin et avait totalement disparu en septembre, même à 3 500 mètres d’altitude.
En raison de la fonte importante cette année, les chercheurs ont même dû réinstaller plus haut les piquets de mesure, y compris dans les altitudes les plus élevées, car la glace autour d’eux avait fondu.
Concrètement cela signifie que l’épaisseur moyenne de glace de certains glaciers a diminué de 2,5 à 4 mètres. Et sur les langues glaciaires, elle s’est parfois contractée de jusqu’à 10 mètres durant l’été.
Bien que les températures aient été plus élevées cette année, les pertes de 2022 n’ont pas tout à fait été atteintes, car de nombreux glaciers étaient recouverts d’un peu plus de neige qu’il y a quatre ans.
Le problème des ressources en eauAutre explication à ce record évité : moins de poussière du Sahara s’est déposée sur la neige cette année. La lumière solaire a donc été mieux réfléchie, ce qui a permis qu’une plus grande partie de cette énergie reparte vers l’atmosphère, au lieu d’être absorbée par la neige.
Attention à ne pas se réjouir pour autant. Quatre grands glaciers ont connu cette année une fonte plus importante que jamais, dont celui du Rhône, l’un des plus emblématiques, ainsi que celui d’Aletsch, le plus grand des Alpes.
À mesure que les glaciers reculent, les inquiétudes grandissent quant à la disponibilité future des ressources en eau. Entre juillet et septembre, ils ont perdu au total environ 2 200 milliards de litres d’eau. « Difficile à imaginer : cela correspond à plus de quatre fois la consommation annuelle d’eau douce des ménages suisses », relève Matthias Huss.