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”En Europe, l’eau devient une denrée extrêmement précieuse et cela crée des tensions”

Дата публикации: 29-09-2026 10:01:45

Avec “Yé ! (L’eau)”, le Circus Baobab raconte le manque d’eau, la brutalité, mais aussi la solidarité et le partage. Des acrobaties époustouflantes et de vraies prises de risques. ...

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Tours humaines, quintuples sauts arrières, portés lancés à plus de 7 mètres de haut sans filet, saltos à gogo, hyperlaxité, hip hop, bagarres et entraides, rage et humour, brutalité et solidarité, l'arrivée du Circus Baobab en Belgique fait toujours figure d'événement. Yé ! (L'eau en soussou) déménage et coupe le souffle tant les acrobaties, entre gestes festifs, cirque traditionnel africain et contemporain, sont spectaculaires et les artistes, acrobates et danseurs d'une belle puissance.

Programmé au festival Moments de cirque – où on pourra également voir le grand Claudio Stellato ou encore Fabulation, qui mêle cirque, moto et cascades –, Yé ! était aussi à La Louvière, dans le cadre des Fêtes de Wallonie. Nous l'y avons découvert en plein air et en plein jour, dans une version rue, plus brute, moins aboutie, sans les éclairages, très soignés paraît-il, qui donnent souvent relief à un récit. Mais comment est né le spectacle ? Pendant le covid, le metteur en piste Yann Ecauvre est allé en Guinée pour refaire un spectacle avec une partie du Circus Baobab et répond à nos questions.

Les performances des artistes sont extraordinaires. Comment se fait-il qu'ils aient une telle condition physique et un tel niveau artistique ?

C'est vrai que Yé ! est une performance qui demande une forme d'entraînement physique très assidue. J'ai créé des figures assez contemporaines. Là-bas, tout le monde joue surtout au foot, sur la plage, dès le plus jeune âge. Les jeunes s'entraînent aussi au cirque. Il y a des troupes qui font un peu école de cirque, des maisons de jeunes, des endroits sur la plage où ils peuvent se retrouver. L'équipe de Baobab est liée à un grand bouleversement du cirque en Guinée qui y était très mal vu. Les parents disent à leurs enfants qui veulent en faire qu'ils deviendront mendiants ou seront cassés. Mais Yé ! a été joué dans le monde entier – on compte plus de 300 dates, du Canada à la Belgique en passant par la France et par de nombreux autres pays. Il a été extrêmement bien accueilli. Beaucoup de jeunes des rues, des quartiers défavorisés y participent. Une grande école internationale est en train de se créer. Le cirque est en plein boum en Guinée.

Une douzaine d'acrobates participent au projet. C'est beaucoup. On n'a plus l'habitude de voir autant de circassiens sur scène. Avez-vous obtenu facilement leurs visas ?

Pour les visas, cela s'est vraiment durci. Comme le Circus Baobab est connu, on obtient des visas mais le travail administratif est monstrueux. Parfois trois artistes du groupe n'obtiennent pas leurs visas et on ne sait pas pourquoi. Il suffit qu'un artiste disparaisse dans la nature pour que cela impacte tout le monde. Le nombre de dossiers qui se perdent et qu'il faut refaire inlassablement alors qu'on a des contrats d'engagement et une tournée énorme est impressionnant. Il nous est arrivé de devoir repartir tous en Guinée, et de payer des nouveaux billets d'avion, pour recommencer la procédure sur place.

Le manque d'eau est le principal sujet du spectacle. Une thématique propre à l'Afrique mais qui concerne désormais l'Europe également…

La Guinée est le réservoir de l'Afrique. Le manque d'eau n'y est pas trop criant, c'est plutôt la pollution liée aux bouteilles de plastique qui crée problème. Le manque, c'est vrai, crée la pauvreté et la pauvreté crée de la tension mais aussi une forme d'entraide face à des systèmes difficiles et injustes. Il y a une forme de brutalité, de force, de résilience qu'on perçoit à travers le spectacle, qui montre l'Afrique avec ses côtés très durs et très généreux. Comme on le voit, ils cherchent de l'eau pendant une heure et ensuite, leur premier réflexe est de la partager. En Guinée, dès qu'on manque de quelque chose et que quelqu'un passe, vous êtes obligés de partager votre repas. Chez nous, la culture de la compétition mène à l'individualisme. On peut mourir au milieu des autres sans qu'on s'en rende compte. En Europe, en effet, l'eau devient une denrée extrêmement précieuse pour la nature, pour notre agriculture, et cela crée des tensions, comme on le voit avec les méga bassines. Les rapports politiques en France sont très soumis aux lobbies. Ce manque d'eau, je l'ai aussi constaté à Anvers, cet été, avec les prairies de foot complètement brûlées alors que d'habitude le Zomer van Antwerpen doit composer avec la pluie. C'était interpellant.

Moments de cirque, festival des arts du cirque du 25 septembre au 9 octobre à Latitude 5O, au Théâtre de Liège et à Prisme (Théâtre et Centre culturel de Namur). Infos : www.latitude50.be

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