Ni garde-côte ni Squadra à l’italienne ni chevau-légers à la finlandaise. C’est une idée nouvelle, disruptive, 100 % française, permettant de compléter la surveillance de la côte avec quasiment que des réservistes et des jeunes qui n’y connaissaient rien. Dix de ces escouades seront mises en place à terme sur la façade méditerranéenne qui a besoin de davantage d’yeux et d’oreilles.
Cet article <b>Méditerranée :</b> Sète a désormais son <i>“escouade”</i> de réserve côtière pour veiller au grain
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L’escouade de Sète. Ph. Préfecture maritime de Toulon.
Ni garde-côte ni Squadra à l’italienne ni chevau-légers à la finlandaise. C’est une idée nouvelle, disruptive, 100 % française, permettant de compléter la surveillance de la côte avec quasiment que des réservistes et des jeunes qui n’y connaissaient rien. Dix de ces escouades seront mises en place à terme sur la façade méditerranéenne qui a besoin de davantage d’yeux et d’oreilles.
Juste à temps pour la saison estivale qui commence fort avec une Méditerranée qui va attirer beaucoup de monde en cette période de canicule, Sète vient de se doter d’une escouade de réserve côtière. La cérémonie a commencé avec la prise de fonction de son commandant, le capitaine de corvette Daniel Pierrel. Le capitaine de vaisseau Raphaël Clivaz, commandant la flottille de réserve côtière Méditerranée, l’a fait reconnaître lors d’une cérémonie au pied du phare Saint-Louis, sous la présidence du maire de Sète et du vice-amiral d’escadre Christophe Lucas, préfet maritime de la Méditerranée.
Dix escouades prévues en MéditerranéeC’est une idée nouvelle. Elle permet de compléter la surveillance du littoral, l’écoute de possibles menaces et tonifier le lien armée-nation. Sensibles à cette cause, les jeunes devraient répondre à l’appel (c’est déjà le cas, les volontaires se pressent) pour garnir les dix escouades de Méditerranée et les 36 prévues d’ici à 2030 sur nos trois façades maritimes et en Outre-Mer, comme l’expliquait leur responsable, Raphaël Clivaz. Leur montée puissance s’inscrit dans un contexte de guerre en Europe, comme l’a expliqué Yannick Chenevard, rapporteur du budget de la Marine, dans Dis-Leur ! (Lire ci-dessous).
Une notion nouvelle toute française
Sète, Port-Vendres, Marseille, la Rochelle, Bayonne, Saint-Malo… Ce ne sont pas des garde-côtes à l’américaine, un corps à part avec prérogatives et répression en bandoulière ; ni une nouvelle compagnie ni une quelconque et inexistante squadra italienne ni même une copie des chevau-légers aquatiques finlandais qui, eux, sont dans un contexte particulier, faisant face à 1 300 km de frontière commune avec la Russie… C’est une notion toute française inspirée par un amiral qui a décelé des besoins en “yeux et en oreilles” près de la côte, complémentaires des sémaphores (dix-sept en Méditerranée), ces longues vues silencieuses mais efficaces.
Surveillance et observation du littoral, des activités suspectes, inhabituelles en mer ou près de la côteSurveillance et observation du littoral, des activités suspectes, inhabituelles en mer ou près de la côte, protection de l’environnement, appui à la lutte contre les trafics. Elles incarnent aussi du soft power : renforcement du lien armée-nation sur la bande littorale. Capitaine de vaisseau, Bruno Sciascia confirme que le but est d’être aussi “en veille sur une possible menace venant du large ; être à l’écoute de signaux faibles d’activités” illicites ou suspectes. Et de participer au “renforcement de la cohésion nationale”. Cela tombe bien, dans le contexte guerrier en Europe et la volonté de la France de densifier son armée et ses apports en réservistes.
De 6 000 à 12 000 réservistes dans la Marine
Raphaël Clivaz, commandant la flottille de réserve côtière de Méditerranée. Ph. Marine nationale.
Commandant la flottille de réserve côtière de Méditerranée, Raphaël Clivaz contextualise : “Nous avons vocation à mettre en place dix escouades de réserves côtières en Méditerranée française, Corse comprise. Ces escouades découlent de la loi de programmation militaire 2024-2030 qui propose de doubler le nombre de réservistes dans l’ensemble des armées. La Marine dispose de quelque 6 000 réservistes. Ceux-ci vont passer à 12 000. Cela s’inscrit dans un monde où l’on sent que l’on a intérêt à renforcer nos bases. Dont 3 000 d’ici 2030 avec lesquels on crée ex nihilo des flottilles de réserves côtières.”
Le projet est d’installer dix escouades sur chacune des trois façades maritimes et six en Outre-Mer, dont Tahiti. Ces 3 000 réservistes seront répartis sur les 36 escouades. Ils disposeront deux bateaux à fond rigide, de 7,65 mètres, dotés de deux moteurs de 150 chevaux. Comme la gendarmerie maritime. Pour surveiller les approches. Ils disposeront d’un ou deux drones.
60 € par jour pour un jeune et jusqu’à 100 € en fonction, du grade, pour les autres
Une escouade dans l’Atlantique. Ph. Marine nationale.
Composée quasi-exclusivement de réservistes, chaque escouade comprend à terme 70 marins, commandés par un encadrement de réserve. Un seul sera militaire de carrière : l’administratif du groupe. “On va s’appuyer au départ sur des gens qui connaissent l’armée ou le monde maritime et qui ont des compétences, soulignait Raphaël Clivaz. Cela concernera un socle avec un tiers des effectifs. On fera ensuite appel à des jeunes – ab initio – qui n’y connaissent rien. On souhaite des jeunes du coin. Pour Sète, il faut qu’ils soient par exemple à moins d’une heure du littoral. On va les former. Leur apprendre le savoir-être militaire et le savoir-faire dans ce que l’on va leur demander.” Comme tout réserviste, ils recevront une solde dans ils sont mobilisés : 60 € par jour pour un jeune – à raison de quelque 30 jours par an – et jusqu’à 100 €, en fonction du grade, pour les autres, mobilisés entre 50 et 70 jours par an.
Etre réserviste, c’est aussi de porter dans sa vie personnelle civile l’esprit de défense et même montrer l’exemple autour de soi. Et augmenter la capacité de résilience du pays”
Yannick Chenevard, Député de Toulon (Var) et rapporteur du budget de la Marine
Les escouades ont-elles été pensées dans ce contexte guerrier actuel ? Député de Toulon (Var) et rapporteur du budget de la Marine et ex-président de la Protection civile, Yannick Chenevard répond : “En tout cas, la montée en puissance plus généralement des réserves s’inscrit naturellement dans ce contexte. C’est important de le rappeler, souligne le rapporteur du budget de la Marine. L’objectif, c’est d’avoir un réserviste pour deux militaires professionnels. En 2035, l’objectif c’est 105 000 réservistes dans l’ensemble des forces françaises.”
Et d’ajouter : “Il faut y ajouter l’objectif de 50 000 militaires au titre du service militaire volontaire. Pour une armée à 210 000 militaires d’active. Et on monte en puissance. La nation a besoin de reconstruire de la masse. Etre réserviste, c’est aussi de porter dans sa vie personnelle civile l’esprit de défense et même montrer l’exemple autour de soi. Et augmenter la capacité de résilience du pays”, défend Yannick Chenevard qui, interrogé, explique “qu’il n’est pas possible d’isoler et de donner le montant de l’enveloppe financière” dédiée aux escouades.
70 marins pour l’escouade de Sète
Marin de l’escouade côtière de Sète. Ph. Préfecture maritime de Toulon.
Créée, comme celle de Cannes (alpes-Maritimes), à l’été 2025, l’escouade de Sète (Hérault) est équipée de moyens nautiques et, à terme, aériens (micro drone). Elle est composée, à ce jour, d’une trentaine de marins de réserve, “un nombre qui augmentera progressivement pour atteindre son format final de 70 marins en 2027″. Ce est conséquent. Elle dépend du nouvel état-major de la flottille de réserve côtière Méditerranée qui a vu le jour à Toulon (Var) cette même année. En 2026, verront le jour les escouades d’Ajaccio (Corse), Port-Vendres (P.-O.) et Marseille (Bouches-du-Rhône). A terme, la FRC Méditerranée rassemblera dix escouades réparties sur le littoral méditerranéen, regroupant un total d’environ 800 marins.
Le nombre d’opérations a augmentéLa création de cette escouade s’inscrit dans un contexte de tour de vis. Au cours de la saison 2025, “le nombre d’opérations coordonnées par le CrossMed a augmenté (3 536 opérations : + 14%), tout comme le nombre de personnes impliquées dans ces opérations (8 072 usagers : + 4%). Avec près de 80 % des opérations, les départements les plus concernés de la façade méditerranéenne sont le Var, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, la Corse-du-Sud et bien sûr l’Hérault. Ces données confirment la tendance d’une accidentologie élevée récurrente en période estivale”. Conclusion, on va davantage repérer les contrevenants, les sensibiliser et, si besoin, les sanctionner.
Même si, point positif, durant la saison 2025 le nombre total de décès a baissé (38 décès –1 7%), et en particulier le nombre de décès en plongée (6 décès – 33%). Et “les opérations liées à de nouvelles pratiques se démocratisant (paddle, kitesurf, wingfoil, etc.) ont connu une hausse significative l’année dernière qui nécessite de renforcer la prévention en la matière”.
Davantage d’usagers débutants et une “ubérisation” des pratiques
Ph Préfecture maritime de Toulon.
Au bilan, les tendances observées depuis plusieurs années se confirment : un littoral toujours très attractif, des pratiques nautiques qui se diversifient, une concentration d’usagers importante dans la zone côtière des deux à trois milles marins, un volume d’usagers “débutants” croissant et une “uberisation” (location entre particuliers et utilisation de plateforme de location) des pratiques. À cela s’ajoute une saison qui débute de plus en plus tôt et se termine de plus en plus tard (75 % des opérations sont coordonnées entre mai et octobre). La préfecture maritime en conclut : “Les principaux facteurs de cette accidentologie sont identifiés : l’inexpérience, l’impréparation des usagers, l’inconscience et les comportements irresponsables sont souvent les premières causes d’intervention.”
Pour contenir cette tendance, un dispositif continu et agile permettant une présence constante des unités de contrôle en mer a été mis en place par la préfecture maritime de la Méditerranée en 2025. Durant la saison, près de 12 000 contrôles, concentrés notamment sur les zones et les comportements à risque, ont permis d’assurer une présence dissuasive satisfaisante avec près de 4 000 infractions relevées.
Olivier SCHLAMA