Le chorégraphe français signe un nouveau solo hyper-organique et terriblement entêtant.
Le chorégraphe français signe un nouveau solo hyper-organique et terriblement entêtant.
Pour son précédent solo, Somnole, Boris Charmatz est parti d’un désir de siffler et a donné corps à une danse articulée autour de musiques intérieures qui se transmettent via ses lèvres. Avec Muette, toujours seul sur scène (et même très seul), il opère un glissement vers un radical dénuement.
“J’ai adoré faire Somnole et, désireux d’approfondir le format solo, j’ai cherché assez longtemps ce qui pourrait constituer un diptyque, explique le chorégraphe. Je pensais me mettre à parler ou à chanter. Ça ne fonctionnait pas. J’ai eu un flash : en fait, on va me couper le sifflet. Il faut aller dans la réduction.”
L’étincelle originelle s’est produite durant la conception d’une pièce antérieure, Liberté cathédrale, qui a bouleversé son approche du silence en danse. Confronté alors à un silence de sidération, porteur de voix que l’on ne peut ou ne veut pas entendre, il prend conscience de sa paradoxale puissance de résonance. S’éveille ensuite en lui la volonté de “pousser la porte d’un monde étrange où la langue est tue”, l’amenant à “danser quelque chose qui n’arrive pas à sortir, qui reste coincé”.
Presque méconnaissable, Boris Charmatz – cheveux ras, visage glabre, air sombre – entre en scène de façon soudaine, vêtu d’un pantalon et d’un T-shirt noirs. Peu après, il ôte ses habits, dos au public dans un coin en fond de scène, sa posture et ses gestes suggérant une forme de contrainte ou de punition.
Nu jusqu’à la fin de la pièce, un grand cœur dessiné sur le torse, il évolue tout du long sous une ardente lumière jaune-orange qui contamine l’air et confère à sa silhouette une allure spectrale. Occupant un espace restreint au centre du plateau, il y sculpte une matière chorégraphique en tension permanente et instaure un rapport très frontal avec le public, plongé dans le même éclairage.
Hyper-organique, parfois invasive, sa danse mobilise tout le corps, y compris les zones les plus intimes. Ça souffle, ça suinte, ça respire, ça remue. Grands ouverts, mobiles, les yeux scrutent sans jamais (se) fixer. Le visage et la bouche révèlent une force expressive saisissante qui rappelle le mouvement butô.
Maintes figures ou images marquantes jaillissent, notamment une fragile bulle de salive suspendue dans l’air et un sourire sardonique pareil à celui du Joker. Aucun mot, pas de musique. Très dense, le silence est seulement criblé des bruits épars du corps qui danse. Au bord d’insondables abîmes, cette farce patraque répercute le chaos assourdissant du monde d’aujourd’hui en un long cri muet, terriblement entêtant.
Muette, chorégraphie et interprétation Boris Charmatz. À la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, Festival d’Avignon, du 17 au 24 juillet.
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
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