Il avait fait de la lutte contre la hausse des prix sa priorité de campagne pour la Maison Blanche, désormais il affirme « aimer » l’inflation.
International 11/06/2026 07:29 Actualisé le 11/06/2026 10:58
États-Unis : Donald Trump affirme qu’il « aime l’inflation » alors que les prix sont au plus haut depuis trois ansIl avait fait de la lutte contre la hausse des prix sa priorité de campagne pour la Maison Blanche, désormais il affirme « aimer » l’inflation.
Par Émilie Garcia et Maïwenn Furic avec AFP
Si l’inflation est vue d’un mauvais œil par beaucoup, ce n’est pas le cas de Trump. Ce mercredi 10 juin le président américain s’est montré indifférent à cette hausse durable et généralisée des prix. Ils ont augmenté en mai de 4,2 % sur un an contre 3,8 % en avril, une très forte accélération à quelques mois des élections de mi-mandat aux États-Unis. Le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient qui a fait s’envoler la facture énergétique.
Trump ne s’en est pas ému, livrant même une réaction inattendue, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article : « Les chiffres étaient supers (...) j’aime l’inflation », a-t-il lancé depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, avant d’assurer que l’inflation allait « tomber comme une pierre » une fois le conflit terminé. Une perspective qui semble bien lointaine. Le chef de l’État avait fait de l’amélioration du pouvoir d’achat une de ses priorités lors de sa campagne victorieuse de 2024.
« Trump a vraiment dit ’J’aime l’inflation’. Devant les caméras. Pour que tous les Américains l’entendent. Son mépris pour vous n’a pas de limite », a réagi sur X le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer. Ces propos ont été « sortis de leur contexte », a tenté de déminer le président de la Chambre des représentants, le républicain Mike Johnson.
Trump y va de ses déclarations plus « chocs » les unes que les autres ces derniers jours. Lors de cette même allocution depuis le bureau ovale il a aussi fait un laïus sur l’Iran, et a notamment souhaité : « Pour mon anniversaire, je veux la paix au Moyen-Orient et dans le monde entier. »
Les prix de l’essence à + 40,5 % sur un anLes données officielles montrent une spectaculaire poussée des prix entamée dans la foulée des premiers bombardements israélo-américains contre l’Iran, le 28 février. Téhéran a rétorqué en bloquant notamment le trafic d’hydrocarbures dans le détroit d’Ormuz, propulsant les prix du pétrole et des produits qui en sont dérivés comme le plastique et les engrais.
L’indice des prix à la consommation (CPI) avait commencé à décroître en fin d’année 2025 et s’était stabilisé autour de 2,4 % début 2026. Il a décollé dès mars. Il faut remonter à avril 2023 pour trouver une inflation plus élevée que les 4,2 % enregistrés en ce mois de mai. Sur la même période, les salaires ont progressé en moyenne de 3,4 %, donc nettement moins vite. La hausse des prix de l’essence (+40,5% sur un an) découlant de la guerre explique largement la surchauffe.
Un indice montre toutefois que les augmentations tarifaires sont plus largement répandues dans l’économie. Ainsi, l’inflation sous-jacente (hors variations de l’énergie et de l’alimentation) est désormais de 2,9 % sur un an (contre 2,5 % en février). Les billets d’avion flambent (+26,7% sur un an). Il coûte aussi nettement plus cher de faire entretenir sa voiture (+6,1%) ou de se faire soigner à l’hôpital (+5,7%).
Une inflation qui a atteint son sommet ?Plusieurs analystes ont estimé mercredi que la situation devrait s’améliorer dans les mois qui viennent. « Nous considérons que l’inflation a atteint un sommet et devrait ralentir au cours du second semestre, à condition qu’un accord soit trouvé rapidement avec l’Iran pour rouvrir le détroit d’Ormuz », écrit Kathy Bostjancic, économiste de l’assureur Nationwide, dans une note.
Nancy Vanden Houten, du cabinet Oxford Economics, pense aussi qu’un « pic » pourrait être passé « compte tenu de la forte baisse des prix de l’essence » observée ces derniers jours. Économiste pour KPMG, Diane Swonk se montre plus pessimiste. Elle envisage que l’inflation reste durablement sur un « plateau » élevé.
Les perturbations logistiques causées par la guerre ne se résoudront pas du jour au lendemain, souligne-t-elle, s’attendant à ce que la banque centrale des États-Unis finisse par devoir relever ses taux d’intérêt pour calmer les prix.
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