Le parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert une enquête préliminaire en France pour tortures le 1ᵉʳ juillet, « à la suite des plaintes de deux personnes ayant pris part à une flottille pour Gaza en octobre 2025 », a-t-il indiqué ce mardi, sollicité par l’AFP.
Un rassemblement en soutien à la « flottille pour Gaza », en juin 2025, place de la République à Paris. FIORA GARENZI / HANS LUCAS VIA AFP
Le parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert en France une enquête pour tortures concernant le traitement réservé par les autorités israéliennes à deux personnes, dont la députée insoumise Marie Mesmeur, à bord d’une « flottille pour Gaza », interceptée en octobre 2025.
« Je salue l’ouverture de cette enquête par le Pnat et j’espère qu’elle va faire toute la lumière sur les actes commis par l’État d’Israël, notamment en prison », réagit, auprès de l’AFP, l’élue LFI d’Ille-et-Vilaine, qui assure avoir passé quatre jours détenue en Israël, après près de 24 heures retenue sur le bateau. Voici ce que l’on sait.
• Plusieurs plaintesL’enquête préliminaire a été ouverte le 1ᵉʳ juillet 2026 « à la suite des plaintes de deux personnes ayant pris part à une flottille pour Gaza en octobre 2025 », a souligné le Pnat, qui comprend un pôle crimes contre l’humanité.
Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) et l’enquête ouverte « du chef de tortures au sens de la convention de New York » du 10 décembre 1984, a précisé cette source, pour des faits présumés « entre le 1ᵉʳ octobre et le 7 octobre 2025 ».
Une autre enquête préliminaire a été ouverte début juin, pour tortures et crimes de guerre, suite à un signalement du Quai d’Orsay sur la manière dont des Français d’une autre « flottille pour Gaza » avaient été traités, en mai 2026, par Israël.
• « 10 jours d’ITT »Itamar Ben Gvir, ministre israélien d’extrême droite, avait alors publié une vidéo de militants de cette flottille, agenouillés et mains liées, déclenchant un tollé international. Il avait été interdit de séjour en France et en Irlande fin mai. La députée Marie Mesmeur assure à l’AFP avoir vécu une situation similaire. « Ben Gvir était aussi venu en nous insultant de terroristes, de tueurs d’enfants », affirme-t-elle.
Elle décrit des jours passés en détention, avec des privations « de nourriture, d’eau, de soins », ou encore « des images » de l’attaque du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre 2023 avec « une musique en permanence pendant toute la durée de l’emprisonnement en face de nos cellules » et une « banderole énorme » avec « Gaza rasé ».
L’élue insoumise assure être allée porter plainte le « jour même » de son retour en France avec « des traces partout sur (s) on corps ». Marie Mesmeur raconte avoir essayé de « protéger » une de ses co-détenues et avoir « reçu plusieurs coups » qui ne lui étaient « pas destinés normalement ». « J’ai eu 10 jours d’ITT (incapacité totale de travail, ndlr) à cause d’une côte fêlée et des bleus, des hématomes » notamment, « du fait des agissements des gardiens israéliens », décrit-elle.
• Réactions« Les crimes dont a été victime Marie Mesmeur sont graves et ne doivent pas rester impunis. Elle a été arrêtée en haute mer et conduite en Israël où elle a été emprisonnée de façon parfaitement illégale », a souligné auprès de l’AFP son avocat, Me Raphaël Kempf. « Elle a été victime de traitements inhumains et dégradants et je salue l’ouverture de ces investigations en France », poursuit le conseil, appelant le Pnat à désigner un juge d’instruction pour mener ces investigations.
En mai 2026, une « flottille pour Gaza » a aussi été interceptée par les autorités israéliennes et les condamnations internationales s’étaient multipliées quant au traitement réservé en mer puis à terre, aux 430 militants de divers pays de cette flottille à vocation humanitaire, destinée à briser le blocus de Gaza.
Les autorités militaires et pénitentiaires israéliennes ont rejeté ces accusations. L’Italie a ouvert une enquête similaire à celle du parquet antiterroriste en France, tandis que l’Australie annonçait une enquête indépendante.
En France, les plaignants demandent à la justice d’enquêter sur les auteurs de ces violences, en remontant la chaîne des responsabilités : sont notamment cités le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ou son ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.
Marie Mesmeur, dont le mouvement LFI a fait de la question palestinienne l’un de ses principaux combats, tient à rappeler que « l’objectif principal », notamment du « gouvernement français », doit être d’« agir contre le génocide en cours en Palestine ». Une qualification rejetée par les autorités israéliennes.
Par Le Nouvel Obs avec AFP