Le 1er août, le chef du centre d’incendie et de secours quittera son poste à Frontignan pour prendre ses nouvelles fonctions au Groupement territorial Est. Derrière l’uniforme, qui est le lieutenant sapeur-pompier...
Le 1er août, le chef du centre d’incendie et de secours quittera son poste à Frontignan pour prendre ses nouvelles fonctions au Groupement territorial Est. Derrière l’uniforme, qui est le lieutenant sapeur-pompier Cédric Silvestre ?
Le respect, la loyauté, l’esprit d’équipe, autant de valeurs qui collent à la peau du lieutenant de 1re classe Cédric Silvestre, chef du centre d’incendie et de secours (CIS) de Frontignan. À compter du 1er août, il quittera son poste pour rejoindre le Groupement territorial Est comme chef de service prévisions et opérations. "Une belle preuve de confiance", considère celui qui n’imaginait même pas devenir sapeur-pompier, à la tête de 130 personnes (26 professionnels et une centaine de volontaires) pour quelques jours encore au centre de Frontignan.
"Après mon bac, je voulais un travail qui me fasse me sentir utile et qui ne soit pas routinier, mais sans savoir vers quoi m’orienter", se souvient Cédric Silvestre. C’est lors de son service militaire qu’il demande à intégrer le corps des sapeurs-pompiers, "parce que ce métier pouvait répondre à mes aspirations, même si je pensais que c’était réservé à une élite de sportifs de haut niveau avec des capacités que je n’avais pas".
C’est pourtant ce qu’il est devenu, sans passer par la case des sapeurs-pompiers volontaires faute de place, et à deux doigts de perdre le bénéfice du concours national qu’il décroche en 1997. C’est donc in extremis qu’il intègre en mai 1999 le centre de secours de Montpellier, où il restera vingt ans. Feux urbains, secours à personne, désincarcération font partie des 12 000 interventions gérées par le centre.
Apprendre à encaisser les dramesC’est là qu’il apprend aussi à encaisser les interventions à forte charge émotionnelle, notamment celles impliquant des enfants. "Le plus difficile est de faire face à la détresse des personnes. On essaie de faire au mieux pour aider les gens, mais on n’est pas des super-héros. Sous notre uniforme, on reste des êtres humains, même si on a du mal à dire que l’on est impacté", confie le lieutenant, évoquant ce jour où il a dû annoncer à un parent la mort de son enfant.
Lauréat du concours officier en 2019, il rejoint en juin le centre de secours principal de Sète en tant qu’officier de garde référent d’équipe, puis du CIS de Frontignan en juillet 2022 comme chef adjoint, avant d’en prendre la tête en juin 2023.
Le poids du commandementSa montée en grade change littéralement son quotidien. "Je suis passé de 28 sapeurs-pompiers par garde à Montpellier à 9 à Frontignan, et de 12 000 interventions par an à 2 300. J’étais avant très souvent sur le terrain, à présent je fais beaucoup de bureau. Ce n’est pas évident après vingt ans en caserne. Cela me manque", détaille-t-il.
Autre changement : les sollicitations permanentes auxquelles un chef de centre est soumis, ainsi que le poids écrasant des décisions quand il envoie ses équipes affronter le danger. "Ce n’est plus moi qui prends les risques, mais eux. Je préfère les prendre moi. C’est une lourde responsabilité, mais qu’il faut assumer, car on l’a choisie", confie-t-il.
Quand l’imprévu devient le quotidienÀ Frontignan, les interventions marquantes n’ont pas manqué : une trombe marine, la découverte d’une bombe de la Seconde Guerre mondiale sur le site l’ancienne raffinerie de la Mobil imposant la délocalisation de la caserne sur place – une première pour lui – ou encore l’incendie du massif de la Gardiole qui a ravagé plus de 300 hectares en août 2024. "Le feu a été maîtrisé en 24 heures, mais il nous a fallu une semaine ensuite pour sécuriser les lieux", se souvient-il.
Si ses équipes, comme lui, ont été parfois blessées, sans gravité, et qu’il n’a pas eu à déplorer de mort dans ses rangs, celle d’un sapeur-pompier, d’où qu’il soit, a toujours un fort impact sur chacun d’entre eux. Mais Cédric Silvestre continue de penser qu’il exerce "un beau métier".
Et de raconter ce jour où, à 25 ans à peine, seul sur un toit avec un homme qui voulait se donner la mort, il a trouvé les mots pour l’en dissuader. "Je l’ai revu récemment. Il ne cessait pas de me remercier. Il y a aussi ces lettres de gens que nous avons sauvés du feu, que je garde précieusement. Tout cela a bien plus de valeur qu’une médaille", conclut-il. Les épaules d’un chef, le cœur d’un pompier.