L’ancien président tunisien Moncef Marzouki a vivement critiqué, sur France 24, l’actuel président Kaïs Saïed. La diplomatie française insiste sur la « totale indépendance éditoriale » de la chaîne.
Société
L’ancien président tunisien Moncef Marzouki a vivement critiqué, sur France 24, l’actuel président Kaïs Saïed. La diplomatie française insiste sur la « totale indépendance éditoriale » de la chaîne.
Publié le 25 juillet 2026 à 15h46
Le ministère tunisien des Affaires étrangères a annoncé vendredi 24 juillet au soir avoir convoqué l’ambassadrice de France à Tunis après la diffusion, par une « chaîne publique française », d’un entretien « avec une personne recherchée par la justice tunisienne ».
Le ministère n’a pas identifié la chaîne, pas plus que la personne. Mais il s’agit, selon un commentateur considéré comme proche des cercles du pouvoir, d’un entretien récent de France 24 avec l’ancien président tunisien Moncef Marzouki (2011-2014), qui présida la Ligue tunisienne des droits de l’homme de 1989 à 1994. Entretien dont on ne trouve pas trace sur le site de France 24.
« France 24 dispose d’une totale indépendance éditoriale », a déclaré le 25 juillet une source diplomatique française à l’AFP. La chaîne d’information internationale multilingue existe depuis 2006, et fait partie du groupe public France Médias Monde, qui contrôle l’audiovisuel extérieur de la France. « Nous regrettons cette polémique, a poursuivi la source diplomatique auprès de l’AFP, qui ne reflète en rien la qualité de la relation bilatérale entre nos deux pays et rappelons notre plein soutien et engagement en faveur de la liberté de la presse. »
La diplomatie tunisienne, elle, a fait part dans un communiqué de sa « vive protestation », estimant que de telles émissions s’inscrivent « dans une démarche d’ingérence inacceptable. » « Cet entretien comporte des atteintes à la souveraineté de l’Etat tunisien, vise sa sécurité nationale ainsi que ses institutions, et constitue un appel explicite à la sédition et aux affrontements internes », a écrit le ministère.
Moncef Marzouki dénonçait une « crise politique d’une gravité exceptionnelle »Il a dénoncé ce qu’il considère comme une « répétition délibérée de telles pratiques sur des médias publics français, utilisés pour diffuser des contenus incitant à la haine et des allégations mensongères à l’encontre de l’Etat tunisien. » Il a également jugé que le fait que le média concerné soit « public et officiel » engageait « la responsabilité morale de l’Etat français », et que la France devait prendre « les mesures nécessaires pour mettre un terme à de tels agissements inacceptables. »
L’ancien président Moncef Marzouki (2011-2014), qui vit en exil en France, est un critique virulent du président Kaïs Saïed. Il a été condamné par contumace en Tunisie à plusieurs peines de prison, notamment pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Dans des entretiens cette semaine à France 24, en arabe et en français, il a déclaré que la Tunisie passait par une « crise politique d’une gravité exceptionnelle » et jugé que la situation allait « exploser ». Il s’est aussi dit convaincu que des alternatives à l’actuel pouvoir étaient discutées en Tunisie et à l’étranger, ce qui lui a valu d’être qualifié de « traître » par les pro-Saïed sur les réseaux sociaux.
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