La capitale de la République tchèque s’est dotée d’un système de gestion hydraulique qui permet une meilleure communication avec les habitants, une diminution des pertes dues aux fuites et le maintien du service même lors de phénomènes climatiques extrêmes. En partenariat avec Veolia.
Le Musée Bedrich- Smetana, au bord de la Vltava. WESTEND61/GETTY IMAGES
Symbole de Prague par excellence, le pont Charles, l’un des plus connus au monde, enjambe majestueusement la Vltava, le plus long cours d’eau de la République tchèque, qui serpente durant 30 kilomètres au cœur de la capitale, sur les 430 de son tracé. Près de ce monument aux arches harmonieuses, un édifice néo-Renaissance attire le regard, avec sa façade jaune richement décorée. Il s’agit, depuis 1936, du musée dédié à Bedrich Smetana, l’un des plus célèbres compositeurs du pays, notamment grâce à un air familier, et pas seulement aux oreilles des mélomanes : « Vltava » (plus connu sous le nom « la Moldau »), l’un des six poèmes symphoniques de l’œuvre « Ma patrie ». En presque douze minutes, la musique s’amplifie, débutant par les modulations légères des flûtes et violons pour adopter une partition solennelle jouée par tout l’orchestre au moment de traverser Prague. Non seulement le créateur de cet opus est honoré près de sa rivière, mais, autre clin d’œil de l’histoire, il l’est dans un lieu qui servit de station d’épuration, entre la fin du XIXe et le tout début du XXe siècle.
Pompes à boue de l’ancienne station d’épuration, située dans le quartier de Bubenec. AZOOR PRAGUE PHOTO/ALAMY STOCK
La station tombe en désuétude avec la mise en place, il y a cent vingt ans, d’un système révolutionnaire pour l’époque, dont la pièce maîtresse se trouve un peu plus loin en aval, à 3,5 kilomètres au nord du Musée Bedrich-Smetana : l’usine de traitement des eaux usées de Bubenec. Elle a cessé son activité en 1967, mais toute l’année des visites guidées permettent de découvrir l’ancien égout de dérivation, l’impressionnante salle des machines à vapeur et les réservoirs d’eau suspendus dans le hall principal. L’ensemble a été imaginé par un Britannique pionnier en la matière, William Heerlein Lindley, qui a exercé ses talents pour concevoir l’assainissement et la distribution d’eau dans d’autres villes européennes comme Varsovie ou Francfort. « Ce qui est intéressant, c’est la combinaison entre ce patrimoine et les progrès réalisés en un siècle, souligne Pavel Válek, PDG et président du conseil d’administration de la société de gestion des eaux de Prague, Prazská Vodohospodárská Spolecnost (PVS). La plupart des infrastructures sophistiquées de Lindley sont toujours opérationnelles et elles ont été modernisées avec l’usage de technologies avancées pour repérer des fuites, selon le même principe permettant de chercher de l’eau sur Mars. Des impulsions radars captées par satellite peuvent pénétrer jusqu’à 3 mètres dans le sol, distinguent eau potable, eaux usées ou de surface. L’analyse des images est ensuite très rapide. »
Sachant que la capitale tchèque abrite 4 000 kilomètres de conduites principales d’eau et autant d’égouts, le recours à un engin comme le PipeDiver est également crucial : il inspecte les canalisations en suivant le flux, grâce à des détections acoustiques et électromagnétiques. Plus besoin de couper l’eau et de vider les tuyaux pour vérifier qu’il n’y a pas de fissures ou de corrosion. « Les déperditions d’eau sont passées de 40 % au milieu des années 1990 à 15 % en 2025, se félicite le dirigeant de PVS, ingénieur diplômé de l’Université technique de Prague. Il faut dire qu’avant 1989 les économies d’eau n’étaient pas la priorité, avec des tarifs bas, très subventionnés, et des investissements insuffisants : la consommation moyenne d’eau d’un Pragois était d’environ 200 litres par jour, contre 110 actuellement ! »
Données en temps réelL’amélioration se poursuit avec la numérisation, grâce à des systèmes centralisés de contrôle et d’acquisition de données en temps réel, via des milliers de capteurs dans toutes les infrastructures du réseau. L’analyse de ces datas permet de vite détecter les anomalies. Une efficacité renforcée par le lancement, en mai dernier de SWiM NG pour Smart Water Integrated Management – New Generation, autrement dit une nouvelle génération de gestion intelligente et intégrée de l’eau. « Les informations remontent des usines de traitement, des réservoirs, des stations de pompage, du circuit de distribution, détaille Pavel Válek. Ces énormes volumes de statistiques sont instantanément traités par l’intelligence artificielle. » Ce qui favorise la réactivité en cas de problème et perfectionne aussi les services de communication auprès des quelque 1,4 million de Pragois. Et ce dans leur quotidien comme en cas d’événements exceptionnels, par exemple des inondations.
« D’une certaine manière, SWiM NG trouve son origine à l’été 2002, quand des pluies très importantes ont fait monter la Vltava à des niveaux record, analyse Pavel Válek. Nous avons tiré les leçons de cette catastrophe naturelle qui a eu un fort impact environnemental, économique et social : de meilleures informations et des prises de décision plus rapides s’avèrent tout aussi essentielles que les infrastructures physiques quand on est confronté à ces crises. Aujourd’hui, Prague est considérée comme l’une des capitales européennes les plus protégées en cas d’inondation. Elle peut servir d’exemple et d’inspiration à d’autres villes car elle est la preuve que l’on peut concilier héritage et innovation. » En empruntant le plus vieux pont de Prague, bâti par l’empereur Charles IV au XIVe siècle, ou en arpentant les rues de la capitale tchèque, impossible d’imaginer que, derrière la carte postale et sous les pavés, se déploient autant de défis technologiques…
« A Prague nous gérons le réseau d’eau et l’assainissement dans le cadre d’un contrat de long terme. Nous sommes chargés de l’exploitation, de la maintenance et des réparations. Dans ce contexte, l’innovation est un levier puissant pour réduire les coûts tout en favorisant l’économie des ressources. Quand nous sommes arrivés, les pertes sur le réseau d’eau s’élevaient à 40 %. Aujourd’hui, elles sont de 15 %. On utilise un satellite de l’agence japonaise JAXA, qui permet d’identifier la présence d’eau souterraine. En le couplant à un système hydroacoustique, nous sommes en mesure de détecter précisément les fuites. Notre projet phare le plus récent s’intitule SWiM. C’est un système centralisé de gestion de l’eau qui permet d’interconnecter tout un écosystème intelligent. Il réunit la maintenance, le contrôle qualité, la planification des réparations, la cybersécurité, l’optimisation des coûts et des ressources, la gestion de crise… Il aide notre client à accéder immédiatement à la qualité de l’eau dans les différents foyers de Prague et il permet à Veolia d’augmenter radicalement son efficacité opérationnelle. »
Petr Mrkos, directeur du contrat des Eaux de Prague
Par Stéphanie Condis
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