Un an après l’incendie qui a ravagé leur oliveraie et une partie des vignes, les cisterciens de Latroun ont fêté le centenaire de la pose de la première pierre de l’abbaye actuelle. Pour fêter cet anniversaire, Terre Sainte Magazine a choisi de laisser parler leur rayonnement auprès du photojournaliste israélien Nati Shohat.
Un an après l’incendie qui a ravagé leur oliveraie et une partie des vignes, les cisterciens de Latroun ont fêté le centenaire de la pose de la première pierre de l’abbaye actuelle. Pour fêter cet anniversaire, Terre Sainte Magazine a choisi de laisser parler leur rayonnement auprès du photojournaliste israélien Nati Shohat.
Nati Shoat par © Noam Revkin-Fenton
Le très expérimenté photographe de presse israélien Nati Shohat a passé la majeure partie de sa carrière à couvrir le conflit israélo-palestinien et ses turbulences. Il peut encore sentir l’odeur des scènes de carnage des attentats-suicides qu’il a photographiés pendant la seconde Intifada, et il se souvient du traumatisme de son pouls montant à “200” battements par minute lorsqu’il couvrait cette période violente.
Aujourd’hui, Shohat, fondateur de l’agence de photojournalisme Flash 90, préfère ne pas parler de cette époque “terrible” et veut plutôt concentrer ses efforts sur des projets au long cours dans lesquels il peut s’immerger. Le travail d’actualité, chargé d’adrénaline, qu’il effectuait pendant l’Intifada contraste avec le silence et la paix qu’il dit avoir trouvés en travaillant sur son récent projet photographique avec les moines cisterciens du monastère de Latroun, niché dans les contreforts de Judée.
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Procession des Rogations – Les Rogations sont célébrées traditionnellement les trois jours précédant la fête de l’Ascension. Les moines invoquent la bénédiction de Dieu sur les travaux des champs, les récoltes et l’ensemble de la création. © Shohat/Flash90
“Leur manière de vivre est belle”, dit Shohat visiblement sincère. Il est assis à la table d’un café de Jérusalem. Le matin même, il a photographié les moines lors de la prière annuelle qu’ils disent dans les champs adjacents au monastère. Il regarde sur son téléphone les photos prises tandis que le soleil se levait doucement à l’horizon. “Où voit-on une chose pareille ? J’aime vraiment le fait que les moines prennent le temps de prier sept fois par jour alors qu’ils ont tellement d’activités diverses. Ils travaillent dans l’agriculture, dans l’entretien, ils font du vin, ils produisent de l’huile, ils ont une boutique. Ils travaillent tous, dur. Chacun a plusieurs emplois, et ils sont bons dans ce qu’ils font. Ils savent réparer un tracteur en panne, utiliser un appareil photo, labourer. La prière et le travail ne font qu’un, et c’est très important pour eux. Ils ont à cœur de travailler afin de subvenir autant que possible à leurs besoins.”
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Habitant dans un kibboutz voisin, Shohat s’était déjà rendu de nombreuses fois au monastère pour acheter de l’huile ou du vin. Mais ce n’est qu’après l’incendie de forêt de l’année dernière, qui a détruit une grande partie des cultures du monastère, qu’il a approché les moines de manière plus personnelle et qu’il a commencé à s’intéresser à leur mode de vie et à vouloir les photographier.
Au début, les moines se sont interrogés sur ses intentions, raconte-t-il. Mais peu à peu, ils ont accepté d’être photographiés et finalement ils l’ont accueilli comme un membre de la famille, lui donnant la possibilité de porter un regard rare sur leur vie monastique. Ils l’ont invité à être le témoin de leurs prières puis de leur vie quotidienne. Quinze des seize moines ont accepté d’être photographiés, précise-t-il. Pour autant, il fallait à Nati respecter leur vie privée et il a suivi les limites qu’ils lui ont fixées.
Travail communautaire – Le pliage du linge comme la vaisselle font partie des travaux communautaires. Ils se font en silence. ©Shohat/FLASH90
“Ils sont très, très gentils. Chacun me salue à sa manière, parce qu’à l’intérieur du monastère, personne ne parle, dit-il. Je dois être invisible. Imperceptible. Je ne dois pas les déranger. Et je me suis régalé de le faire. Quand tu entres, tout est calme. Rien ne te prend la tête. Cela créé une atmosphère qui a permis les photos les plus paisibles, les plus silencieuses que j’ai jamais prises.”
Pendant la récente guerre avec l’Iran, Shohat raconte avoir trouvé une forme de paix et de réconfort en photographiant au monastère. Lorsqu’une sirène retentissait pour avertir d’une attaque imminente de missiles, il prenait souvent ses appareils photo et s’y rendait. Là-bas, la vie continuait comme à l’habitude.
“Il y a une certaine paix qui vous enveloppe”, dit Shohat. “Ce fut pour moi une sorte de thérapie. C’est bucolique. C’est beau et réconfortant. Leur réfectoire n’a pas changé depuis le jour de sa construction, il y a cent ans. C’est comme si l’on remontait le temps. C’est très calme. Il n’y a aucune pression là-bas.”
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Soigner l’oliveraie – Le 30 avril 2025, l’un des plus gros incendies de l’histoire d’Israël brûlait 4 000 des 5 000 oliviers des cisterciens de Latroun. Depuis, les frères travaillent à les soigner. ©Nati Shohat/FLASH90
La beauté et la simplicité de la vie communautaire l’ont touché. “Il y a une chose que j’ai vraiment aimée. À la fin du repas dans le grand réfectoire, chaque moine prend son assiette et ses couverts et les frères font la vaisselle ensemble”, dit-il. “Ils font la vaisselle ensemble, ils plient la lessive ensemble. Même le père abbé. Il est un des moines avant d’être l’abbé, c’est pourquoi lui aussi lave son assiette, ce que je trouve très beau.”
Cadeau monastiqueChaque projet sur lequel il a travaillé, qu’il s’agisse de photographier une unité infiltrée ou de documenter le parcours d’enfants venus d’Afrique pour subir en Israël une opération cardiaque, a laissé une trace en lui, explique-t-il.
Du temps pour Dieu – Pour la procession de la Fête-Dieu, les moines ont fleuri le cloître. Deux jours pour récolter les pétales, une matinée pour les disposer. ©Nati Shohat/Flash90
Aujourd’hui, alors qu’il approche du premier anniversaire du début du projet à Latroun, le temps qu’il passe avec les moines continue de l’apaiser pour franchir ensuite les portes du monastère et retourner dans le monde et à la réalité de la vie.
“Si tu as une bonne chaîne hi-fi, tu peux écouter une musique douce ou forte. C’est la qualité du silence entre les sons qui contente ceux qui apprécient la musique, dit Shohat. Le silence du monastère procure ce même apaisement. J’ai reçu un autre silence et le silence est un cadeau. C’est celui qu’ils m’ont offert. Ce silence me parle.”
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Dernière mise à jour: 13/07/2026 11:34
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