Anne témoigne de son expérience de “coéquipière” dans ce service de prévention et de soutien à la parentalité. L’ASBL cherche de nouveaux bénévoles à Bruxelles. ...
Le GSM vibre dans le sac d'Anne, 62 ans. "Ah, c'est justement Fatou…" La bénévole du Petit vélo jaune (PVJ), réseau solidaire de soutien à la parentalité, accompagne depuis plus de dix-huit mois la jeune Sénégalaise installée à Ixelles. Officiellement, sa mission est terminée. "Normalement, on s'engage pour un an mais j'ai accepté de prolonger un peu, vu le contexte", indique la coéquipière solidaire du PVJ.
Fatou accouche en novembre d'un deuxième petit garçon. Quand Anne a fait sa connaissance, elle était maman solo de Mamadou, trois ans. Dans l'intervalle, la jeune mère a rencontré Khadim, avec lequel elle construit une nouvelle vie de famille. Fatou a trouvé une école qui convient à son fils, un gamin un peu fragile, et un boulot qui devrait déboucher prochainement sur un CDI.
Au début du suivi par le Petit vélo jaune, les choses étaient loin d'être aussi roses, se souvient Anne. "Sa situation est tout de même nettement plus stable aujourd'hui", se réjouit-elle. "Je ne dis évidemment pas que tout est dû à l'accompagnement, mais cela a joué. J'ai aidé à certains moments. Cela a déclenché une dynamique positive pour elle."
"Qu'on arrête de dire : on va attendre que Monsieur soit là"Une alchimie instantanéeAu départ, les coéquipiers du Petit vélo jaune peuvent marquer leur préférence entre deux profils qui leur sont proposés. Anne avait retenu celui de Fatou et de son jeune enfant : leurs attentes semblaient transparentes et collaient avec ce qu'elle pouvait leur apporter.
La première rencontre s'est passée dans les locaux du Petit vélo jaune avec la référente du duo. À ce moment, la bénévole comme la bénéficiaire peuvent encore se dédire si elles estiment ne pas être "la bonne personne" pour l'autre. "J'ai dit oui et Fatou a aussi tout de suite dit : ah mais moi ça me va. C'était marrant". L'alchimie s'est faite instantanément.
"Le Petit vélo jaune demande un engagement de deux heures par semaine. Ce qui est important, au début en tout cas, c'est d'avoir une certaine régularité pour établir cette relation. C'est une clé. Même si avec Fatou, cela s'est passé naturellement et spontanément."
La moitié des enfants qui vivent en permanence avec leur maman seule n'ont jamais l'occasion de partir en vacances"Découvrir, échanger, passer du bon temps"Pendant les deux premiers mois, les rendez-vous avaient lieu le même jour et à la même heure, chaque semaine, pour "ancrer la relation". Ensuite, le duo se voyait plutôt le mercredi après-midi -jour du 4/5e pour Anne- ou plutôt le samedi. "Elle n'était pas braquée à tout prix sur les dates et moi non plus. Cette flexibilité nous convenait à toutes les deux."
Anne n'a pas compté ses heures. "Au départ, la demande de Fatou, c'était découvrir, échanger et passer du bon temps." Mais découvrir quoi ? "Je pense qu'elle était relativement seule. C'était important d'avoir une présence, quelqu'un à qui elle pouvait téléphoner. J'apportais des petits livres pour Mamadou. Rien que ça, au début, c'était important. Elle voulait aussi que je l'aide à sortir de l'appartement."
La jeune mère, dont les amis font tous partie de la communauté sénégalaise, restait beaucoup chez elle. "Je me suis vite rendu compte qu'elle ne connaissait absolument pas son quartier. On est allées à la plaine de jeux avec le petit et au Musée des enfants. Elle n'y avait jamais été alors que c'est à 100 mètres de chez elle ! J'ai aussi pu lui faire découvrir la bibliothèque et la ludothèque." Fatou y est retournée ensuite seule avec Mamadou.
Des coups de pouce administratifsIl y a eu d'autres activités plus exceptionnelles : une sortie au théâtre, une journée à la mer du Nord, une autre à Planckendael… "J'ai trouvé le contact très chouette. Pour moi, c'est ça qui est le plus intéressant dans l'accompagnement : ce qui se passe dans la relation au niveau humain."
Pour Anne, une fenêtre s'est ouverte sur une autre culture, un autre pays, une autre communauté. "J'ai rencontré ses copines, ses cousines, sa sœur et leurs enfants. J'ai découvert l'importance de la sape africaine, les belles robes, les perruques. La cuisine aussi : je suis allée manger plusieurs fois chez eux."
La coéquipière solidaire a aussi donné des coups de pouce administratifs à la jeune maman, "pas très organisée, pour ne pas dire autre chose", rigole Anne. Même si le Petit vélo jaune ne l'impose pas, "ça fait un peu partie du job".
Des coéquipières aux côtés de mamans solos qui cumulent les difficultésQuand le bébé sera làIl y a un an et demi, Fatou devait se lever à 5 h 30 pour arriver à temps à son boulot à l'autre bout de Bruxelles. Et trouver quelqu'un qui garde Mamadou avant de le conduire à l'école. "C'était quasi infaisable. J'ai refait son CV et je l'ai aidée pour une interview." Qui n'a pas abouti. Mais la jeune Sénégalaise s'est finalement débrouillée pour décrocher un emploi à deux pas de chez elle. "Je l'ai pas mal aidée pour avoir des informations sur les conditions salariales et obtenir une revalorisation sur base de son ancienneté. C'est un truc qu'elle n'aurait jamais fait. Elle laissait filer ce genre de choses", poursuit Anne.
Même si le suivi est en principe terminé, Anne a encore promis à Fatou de l'assister, si nécessaire, dans ses démarches pour s'assurer que son contrat serait bien converti en CDI d'ici la fin de l'année. Elle a aussi donné des coups de fil pour la préinscription à la crèche du futur bébé. Et là, elle aide la jeune femme pour organiser deux stages en août pour le petit Mamadou. "Là, elle m'appelle parce qu'elle a perdu les emails de confirmation", rigole encore Anne. "C'est une tête en l'air !"
Depuis que Fatou est en couple avec Khadim, la coéquipière et la maman se sont moins vues ; les contacts se font davantage par téléphone. Mais les liens sont là. "Je pense qu'on restera en relation, même si ce sera moins régulier. Elle m'appellera sûrement quand le bébé sera là".
*Les prénoms sont d'emprunt.
Le Petit vélo jaune cherche des bénévoles pour soutenir, deux heures par semaine, des mamans solos isolées ou fragilesPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.