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10 poches à caler dans sa valise cet été

Дата публикации: 15-07-2026 15:42:35

Des textes de Nathan Hill, Blandine Rinkel, Samantha Hunt, ou encore Ehsan Norouzi... On a sélectionné pour vous 10 poches à embarquer pendant les vacances.

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Des textes de Nathan Hill, Blandine Rinkel, Samantha Hunt, ou encore Ehsan Norouzi… On a sélectionné pour vous 10 poches à embarquer pendant les vacances.

1. Que du vent d’Yves Ravey

Il n’a pas son pareil, Yves Ravey, pour construire un coin d’Amérique digne d’un film de genre. Ici, une banlieue verte classique. Les maisons sont séparées par des pelouses, les gens se côtoient, l’un travaille dans un élevage canin, l’autre gère une société d’ambulances, les femmes s’ennuient, les hommes se retrouvent parfois au Dusty’s bar. À partir de là, Ravey instaure une succession de situations aussi stressantes qu’improbables, dans un texte aux dialogues lapidaires. Bien sûr, une femme entraîne le narrateur dans une histoire pas possible et rien ne se passe jamais comme prévu chez Ravey
Ses textes, pleins de chausse-trappes, semblent au premier abord être des pastiches de romans noirs des années 1950, mais l’auteur détourne les codes. Le narrateur vient d’être quitté par sa femme, partie avec un autre. Il cumule les dettes et ne s’en sort pas. On retrouve ici ce qui fait la signature de Ravey : la sensation d’illégitimité qui saisit tous ses narrateurs, hommes ordinaires égarés dans un monde qui leur en demande trop. ST

Que du vent, d’Yves Ravey, Minuit coll. Double, 112 p, 7 ,90 €

2. Moon Palace de Paul Auster

Après avoir lu le sublime Ghost Stories de Siri Hustvedt, dans lequel l’écrivaine revient sur sa longue relation avec Paul Auster, difficile de ne pas avoir envie de se replonger dans l’œuvre intégrale de cet immense romancier américain. On peut par exemple commencer par le magnifique Moon Palace, qui raconte la manière dont un jeune homme se construit dans les récits des autres. Auster nous embarque dans les paysages et les grands mythes américains, de la solitude new-yorkaise aux montagnes de l’Utah. Moon Palace se dévore et nous tient toujours sur le fil, quelque part entre la réalité et la fiction. Le personnage principal, Marco Stanley Fogg, est le héros austérien par excellence : un rêveur perdu dans son imagination. Son chemin initiatique, presque entièrement mental, nous amène à réfléchir à notre rapport au monde, aux relations que nous nouons avec les autres et aux manières dont les histoires – celles que l’on lit, celles que l’on se raconte – agissent sur notre vie. PLG

Moon Palace de Paul Auster, traduit de l’anglais par Christine le Bœuf, Babel, 480p., 10,20 €

3. Azucre de Bibiana Candia

Pour écrire son premier roman, l’autrice espagnole Bibiana Candia s’est inspirée d’un épisode méconnu de l’histoire de son pays. Azucre se déroule en 1853. Ses trois personnages, Oreste, Bigorne et José, quittent la Galice et la misère pour Cuba. Là-bas, on leur promet une vie prospère : un travail dans les champs de canne à sucre, de l’argent à envoyer au pays, la fin de la pauvreté… Candia raconte la longue traversée de ses protagonistes, les nuits mouvementées en mer, et leur arrivée dans le pays, où ils découvrent ce pour quoi ils ont signé. Construit comme un roman d’aventures palpitant, Azucre dénonce la violence de la colonisation et l’exploitation des plus pauvres pour le profit de quelques privilégié·es. Et au nom de la foi. “On peut, gamin, oui, on peut tout faire quand on sait que les autres sont capables de nous tuer à coups de fouet si on refuse”, écrit Candia. Le roman n’est jamais aussi fort que quand il explore la psyché de ses personnages, leurs questionnements intimes. Azucre est une superbe fresque haletante et politique. PLG

Azucre de Bibiana Candia, traduit de l’espagnol par Claude Bleton et Émilie Fernandez, Les éditions du typhon, 175p., 10,90 €

4. Trainspotter d’Ehsan Norouzi

Il nous embarque avec lui. Ehsan Nozouri, le traducteur de Kerouac en persan, a un jour obtenu des chemins de fer iraniens le droit de parcourir son pays dans tous les sens gratuitement pendant une année. Un rêve d’enfant. L’auteur a relié la mer Caspienne au golfe Persique en prenant des lignes secondaires qui l’ont conduit dans des régions isolées. Patiemment, il a interviewé des cheminots, noté des conversations attrapées à la volée, et nous décrit ce qu’il voit. Son texte plein d’humour, agrémenté de photos et de cartes, est passionnant. Car ce qui apparaît, c’est un pays très hétérogène, mosaïque de populations où on parle persan, arabe, turc et ourdou. Le texte retrace la genèse du réseau ferré, fin XIXe, quand le pays est une zone tampon entre la Russie tsariste et les Indes britanniques, puis un voisin de l’URSS. Et Nozouri rappelle que l’architecte de la gare de Téhéran était un ukrainien d’origine polonaise, Vladislav Gorodetsky, et le créateur du logo des chemins de fer iraniens, Frederik Thalberg, un naturalisé iranien né en Russie de parents suédois. ST

Trainspotter d’Ehsan Norouzi. Traduit du persan (Iran) par Sébastien Jallaud (Zulma coll. Z/A) 272 p., 10,95 €

5. Patronyme de Vanessa Springora

Peu après le décès de son père, Vanessa Springora découvre des documents concernant son grand-père paternel. Josef Springora s’appelait en réalité Josef Springer. Qu’est-ce qui a poussé cet homme à changer de nom ? Springora se lance dans une enquête qui la conduit de Paris à la République tchèque. Pas à pas, elle interroge, se documente, analyse, et son livre est le précieux récit de ses recherches.
Dans ces lieux bousculés par la construction de l’URSS puis par le nazisme et la guerre, qu’a fait son grand-père ? De cette question personnelle, Vanessa Springora livre une précieuse réflexion universelle. Quelle est la place de l’individu dans une période trouble ? Quelle est sa part de liberté et de responsabilité ? Peut-on, d’un changement de nom, se libérer du passé ? Et quelles sont les conséquences pour la suite ? Car Springora décortique la vie du grand-père mais aussi celle du père, sa propre relation avec lui et plus largement les gouffres de silence et de non-dits qui ont marqué leur histoire, comme celle de nombre de familles prises dans les violences du XXe siècle. ST

Patronyme de Vanessa Springora, Le livre de poche, 360 p., 9,20 €

6. Le monde à peu près de Jean Rouaud

En 1990, un inconnu surgissait sur la scène littéraire française en remportant le Goncourt avec son premier roman, Les champs d’honneur, publié chez Minuit. Jean Rouaud racontait l’histoire d’une famille, la sienne, en Loire inférieure, bousculée par deux guerres. C’était le début d’un cycle romanesque autofictif qui a compté cinq volumes, que Gallimard a la bonne idée de republier en poche cette année. On peut ainsi redécouvrir la phrase de cet auteur un peu oublié aujourd’hui, plume tour tour allègre et émouvante, capable d’élever la pluie au rang de motif littéraire.
Le monde à peu près est un récit d’apprentissage. Le narrateur raconte son adolescence dans le lycée privé catholique d’une petite ville puis son arrivée à la fac de lettres, à Nantes. Myope, timide, emprunté, il y découvre – tant bien que mal compte tenu de sa myopie – un monde nouveau. Parcours initiatique à travers diverses expériences, la musique, la politique et la littérature, c’est aussi le récit infiniment touchant et pudique d’un écrivain en devenir. ST

Le monde à peu près de Jean Rouaud, Folio Gallimard, 288p., 9,20 €

7. Seul l’océan pour me sauver de Samantha Hunt

La narratrice de Seul l’océan pour me sauver a 19 ans et elle rêve de quitter cette petite ville américaine où elle est traitée comme une paria. Dans ses fantasmes, elle met les voiles avec Jude, vétéran de la guerre en Irak dont elle est follement amoureuse. La mer ne lui fait pas peur : avant de disparaître dans les vagues, son père lui a confié qu’elle était une sirène. Depuis, elle s’accroche à cette fiction pour fuir sa réalité. Elle est entourée de sa mère et de son grand-père, qui travaille depuis des années sur l’élaboration d’un dictionnaire. Ce texte envoûtant, impossible à lâcher, est l’un des plus beaux qu’il nous ait été donné de lire sur l’esprit fertile des adolescentes, sur leur imagination et leurs désirs. Samantha Hunt imagine un personnage inoubliable et dévoile une langue poétique traversée de métaphores, d’inventions formelles. Dans Seul l’océan pour me sauver, la mer n’est pas seulement un horizon mais c’est un personnage à part entière, qui offre une ligne de fuite à son héroïne. PLG

Seul l’océan pour me sauver de Samantha Hunt, traduit de l’anglais par Alex Ratcharge, 10/18, 216p., 8,30 €

8. Bien-être de Nathan Hill

Bien-être s’ouvre sur le coup de foudre entre Elizabeth et Jack dans le Chicago bohème du début des années 1990. Leur histoire d’amour est parfaite : il est photographe, elle est étudiante en psychologie. Iels ont la vie devant elleux. Et puis Nathan Hill fait un bond dans le temps. Ses personnages ont vieilli, ont eu un enfant, réfléchissent à un projet immobilier. Ils ont abandonné certains de leurs rêves. Chicago s’est gentrifié. Sur près de huit cent pages, Nathan Hill propose une réflexion d’une ampleur vertigineuse sur le couple. Bien-être explore les injonctions au bonheur de notre société, les discours contemporains qui nous travaillent et nous aliènent, les réseaux sociaux, le vieillissement, l’embourgeoisement. Il décortique tous ces idéaux qui s’avèrent solubles dans le capitalisme. Remarquable dans sa construction, le roman est aussi un page turner rythmé et captivant. Un grand livre sur la modernité et la preuve que la littérature américaine respire encore. PLG

Bien-être de Nathan Hill, traduit de l’anglais par Nathalie Bru, Folio, 800p., 12 €

9. La Faille de Blandine Rinkel

Un texte hybride, à la fois témoignage et essai. Partant de sa propre expérience, tout en s’appuyant sur des références littéraires, Blandine Rinkel réfléchit dans La Faille à celleux qui ont dû s’affranchir de leur carcan familial pour exister, et ont ainsi remis en question l’ordre établi. L’autrice s’est toujours intéressée à la famille, thème principal de ses romans autofictionnels décrivant un père violent, une mère abandonnée, une fille quittant sa province. Dans ce texte de non-fiction elle franchit une étape, quittant le roman pour aborder de front les questions qui la hantent.
Elle examine ici la notion même de structure familiale, lieu où tout individu est pour la première fois de sa vie confronté à une norme, et éventuellement brimé par elle. Elle cherche dans son passé ce qui a déterminé son envie de fuir, et son envie d’écrire, dans un milieu où l’idée de devenir écrivaine n’était pas envisageable. Et elle remarque que c’est la littérature, mettant en scène d’autres destins possibles, qui lui a donné la force de partir. ST

La Faille de Blandine Rinkel, Le livre de poche, 224 p., 8,40 €

10. Cérémonie d’orage de Julia Armfield

Si vous cherchez une lecture de saison pour cet été caniculaire, Cérémonie d’orage est pour vous. Le roman, présenté par son autrice comme un “King lear queer” se déroule dans un Londres post-apocalyptique. Des pluies diluviennes causées par le dérèglement climatique ont noyé la capitale anglaise. Les habitant·es vivent dans de perpétuelles inondations. Au milieu de ce désastre, trois sœurs lesbiennes font face à la mort de leur père. Elles doivent dépasser leur problème de communication, causé par cette figure paternelle pesante. Julia Armfield réussit à créer une ambiance d’étrangeté, en imaginant notamment des rites, croyances et spiritualités. Son roman réussit surtout à explorer en profondeur la psyché de chacune des trois sœurs. Et à montrer, avec une pointe d’humour et d’ironie, à quel point la machine capitaliste est incapable de s’arrêter, même lorsque la catastrophe frappe. PLG

Cérémonie d’orage de Julia Armfield, traduit de l’anglais par Lætitia Devaux, 10/18, 336p., 8,90 €.

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