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Bouchaib Safir : «Il faut sécuriser dès maintenant les volumes nécessaires aux chantiers de 2030»

Дата публикации: 16-07-2026 09:52:25


Pour le président de l’Association marocaine des routes (AMR), l’enjeu dépasse largement la seule question du bitume. Il appelle à une meilleure anticipation des besoins, au renforcement des capacités de stockage et à une relance des techniques innovantes permettant de réduire les coûts et la dépendance énergétique.
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Ingénieur de formation, Bouchaïb Safir est directeur technique d’une multinationale, directeur de l’innovation à l’international, expert judiciaire national et président de l’Association marocaine des routes (AMR), qui fédère les principaux acteurs de l’écosystème routier national, notamment les entreprises de travaux publics, bureaux d’études, laboratoires, fournisseurs de matériaux et opérateurs spécialisés.

Fin connaisseur des enjeux liés aux infrastructures routières, il suit de près les questions d’approvisionnement, d’innovation et de durabilité qui accompagnent les grands projets du Royaume.

Depuis l’arrêt de la Samir, quelles sont les principales origines du bitume consommé au Maroc ?
Depuis l’arrêt des activités de la Samir, les entreprises marocaines s’approvisionnent essentiellement à l’international, principalement auprès des pays du bassin méditerranéen, tels que l’Espagne ou la Grèce. Cette situation place naturellement le secteur routier dans une position de dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs.

Cette dépendance constitue-t-elle un risque ?
Elle n’est pas problématique lorsque les chaînes logistiques internationales fonctionnent normalement. En revanche, lorsqu’une crise géopolitique ou économique survient, comme celle que nous observons actuellement au Moyen-Orient, les risques apparaissent rapidement : tensions sur les disponibilités, hausse des coûts de transport, augmentation des primes d’assurance maritime ou encore perturbations des délais d’acheminement.

Le secteur routier est donc directement exposé aux aléas internationaux. C’est pourquoi nous suivons l’évolution de la situation avec une grande vigilance.

Les infrastructures routières constituent un levier essentiel de compétitivité et d’aménagement du territoire. Leur réalisation dépend de la capacité du pays à sécuriser durablement ses approvisionnements en matériaux stratégiques.

Les tensions géopolitiques actuelles révèlent-elles des fragilités structurelles dans l’organisation du secteur ?
Je dirais surtout qu’elles mettent en lumière la nécessité d’une meilleure anticipation. Pendant de nombreuses années, les approvisionnements se sont effectués dans un environnement relativement stable.

Aujourd’hui, le contexte international est devenu plus complexe et plus volatil. Les besoins du Maroc vont fortement augmenter au cours des prochaines années avec les nombreux projets d’infrastructures programmés à l’horizon 2030.

Cette dynamique exige une vision de long terme. Il ne s’agit plus seulement de répondre aux besoins immédiats des chantiers, mais également d’anticiper les volumes nécessaires plusieurs années avant. Nous devons progressivement passer d’une logique de réaction à une logique de planification. Plus la visibilité sera importante sur les futurs programmes d’investissement, plus les entreprises pourront sécuriser leurs approvisionnements et adapter leurs capacités logistiques.

Le secteur accélère-t-il aujourd’hui le recours aux technologies permettant de réduire la consommation énergétique et les coûts d’exploitation ?
Le potentiel existe, mais il demeure insuffisamment exploité. Prenons l’exemple des enrobés tièdes. Il s’agit d’une technologie parfaitement maîtrisée par les entreprises marocaines. Elle permet de réduire les températures de fabrication et de mise en œuvre tout en conservant des performances techniques élevées.

Les bénéfices sont multiples : baisse de la consommation énergétique, réduction des émissions de CO₂, amélioration des conditions de travail sur les chantiers et diminution des coûts d’exploitation.

Cette technique a déjà fait ses preuves dans plusieurs réalisations au Maroc. Pourtant, son déploiement reste limité. Nous pensons qu’elle mérite d’être davantage encouragée dans les futurs programmes routiers, d’autant plus que les enjeux économiques et environnementaux deviennent de plus en plus importants.

Le recyclage constitue-t-il également une piste d’avenir pour le secteur routier ?
Absolument. Le Maroc a connu une période particulièrement dynamique en matière de recyclage à froid des chaussées au début des années 2000. À l’époque, plusieurs opérations ont démontré l’efficacité de ces techniques, aussi bien sur le plan économique qu’environnemental.

Aujourd’hui, nous constatons un recul difficilement explicable de ces pratiques. Pourtant, les avantages demeurent considérables. Le recyclage permet de réduire la consommation de matériaux neufs, de limiter les besoins de transport et de diminuer l’empreinte carbone des projets.

Les entreprises marocaines ont investi dans la formation de leurs équipes et l’acquisition d’équipements spécialisés. Les compétences sont présentes. Les outils existent.

Dans le contexte actuel, marqué par la hausse des coûts des intrants et les impératifs de durabilité, il serait pertinent de redonner une place centrale à ces techniques. Je reste optimiste. Les contraintes économiques et environnementales actuelles devraient naturellement conduire à une réévaluation de ces solutions dans les années à venir.

Si vous deviez recommander trois mesures prioritaires au gouvernement pour sécuriser les approvisionnements à l’horizon 2030, quelles seraient-elles ?
La première consiste à accompagner les entreprises importatrices dans la conclusion de contrats d’approvisionnement à moyen et long terme avec les grands producteurs internationaux.

Cela permettrait de sécuriser davantage les volumes nécessaires aux futurs chantiers. La deuxième concerne les capacités de stockage. Il serait utile de permettre aux opérateurs de mobiliser les infrastructures disponibles, notamment les bacs de stockage de la Samir, afin de renforcer les réserves nationales de bitume.

Enfin, la visibilité constitue un élément fondamental. Les entreprises ont besoin de connaître avec précision les besoins futurs du pays en matière d’infrastructures routières.

Une meilleure communication sur les programmes à venir faciliterait la planification des approvisionnements, l’organisation logistique et les investissements nécessaires. L’objectif est simple : éviter que les contraintes internationales ne viennent freiner la réalisation des projets stratégiques du Royaume.

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