L’emblématique librairie de Montpellier est en passe de fermer ses portes définitivement. Sauf offre de dernière minute, à laquelle personne ne croit plus, le tribunal de commerce devrait prononcer sa liquidation...
L’emblématique librairie de Montpellier est en passe de fermer ses portes définitivement. Sauf offre de dernière minute, à laquelle personne ne croit plus, le tribunal de commerce devrait prononcer sa liquidation judiciaire, ce vendredi 3 juillet. La fin d’une enseigne qui célébrait cette année ses 80 ans d’existence.
La vitrine sur laquelle les visages de tant d’auteurs prestigieux ont été affichés est désormais nue. Et c’est bien davantage qu’un livre qui se referme. Sauf offre de reprise de dernière minute, le tribunal de commerce de Montpellier devrait prononcer, ce vendredi, la liquidation judiciaire de la librairie Sauramps, 54 salariés, 48 à Montpellier et 6 à Alès. L’institution célèbre ses 80 ans cette année mais ne présente plus aujourd’hui qu’une paroi de verre sans vie, l’illustration brute d’une activité à l’agonie.
Rayons vides, salariés désabusésLa société a été placée en redressement le 15 juin dernier avec une période d’observation de trois semaines qui arrive donc à échéance ce vendredi. L’aboutissement d’une longue période de déclin économique, aggravé en mars dernier, et marqué notamment par l’absence inédite de l’enseigne lors de la Comédie du livre en mai. "Cela fait quatre mois que l’on a arrêté d’acheter des nouveautés qu’on n’aurait pas pu payer", confie un salarié présent derrière son pupitre où tant de conseils ont été donnés. "Je suis désolé on ne passe plus de commande", répond un autre à un interlocuteur téléphonique.
Les rayons se sont réduits progressivement et la librairie réputée pour le nombre de ses références, le volume de son offre de lecture dans tous les domaines présente désormais des rayons vides. "Sauramps c’était une somme de librairies spécialisées. On avait par exemple, le plus gros fond sur le tourisme", glisse un salarié. Sur les linéaires, quelques ouvrages tentent encore de faire illusion, titres liés à des opérations spéciales comme le dernier prix "Habiter le monde" attribué à Eléa Marini et intitulé "Le ciel l’a mauvaise"…
Sombres perspectivesDans les trois étages, les salariés présents s’attachent encore à renseigner des clients un peu perdus dans cet environnement déserté. "La clientèle nous est restée fidèle… mais bon quand on voit ce qu’il y a à acheter…", souffle le même employé. Sur les pupitres, une pétition appelle "Rendez-nous la librairie Sauramps de Montpellier". "Nous ne pouvons pas imaginer que les propriétaires des locaux historiquement occupés par la librairie Sauramps préfèrent inciter la clientèle à se tourner vers la vente en ligne plutôt que de pouvoir fréquenter une grande librairie de centre-ville et nous leur demandons de faire le nécessaire pour nous rendre notre librairie", est-il écrit.
Des dizaines de signatures y ont été apposées mais pour les salariés l’idée de quitter ce bâtiment "vétuste", cette verrière inadaptée, s’est imposée à mesure que s’éloignait la perspective d’une poursuite de l’activité. "Il y a 95 % de chances pour que la liquidation soit prononcée. On n’a plus de stock", relève un salarié du service logistique. "95 % ? Vous êtes tombés sur un optimiste", préfère s’amuser, un libraire, présent dans l’entreprise depuis plusieurs décennies.
Un secteur en difficulté"On s’attend à la fin. Tout le monde a intégré ça", ajoute l’un de ses collègues. "Cela s’appelle un gâchis", déplore une autre. Pour certains l’après-Sauramps a déjà débuté, une projection dans l’avenir balisée d’incertitudes compte tenu de la situation du secteur. "Le Furet du Nord et Decitre viennent d’annoncer la fermeture de onze magasins, 163 suppressions d’emplois. On va se retrouver à combien pour candidater à un poste ? Pour beaucoup cela va sonner un coup d’arrêt de leur carrière dans le livre", estime un employé expérimenté. "Il se vend toujours des livres neufs, mais le problème c’est la vente en magasin physique", ajoute un autre salarié.
Dans ce contexte désabusé et fataliste, les critiques à l’encontre de l’actionnaire propriétaire François Fontès restent mesurées. "C’est un passionné du livre. Il a apporté beaucoup d’argent. Et ce ne sont pas des commerces qui rapportent beaucoup", rappelle-t-on. Sa gestion de la crise, depuis l’officialisation des difficultés est davantage mise en cause. "On devait le rencontrer physiquement mais il a annulé au dernier moment. On aurait bien aimé recueillir sa parole… Maintenant c’est trop tard. Ce qui nous arrive c’est très moderne : il y a beaucoup de moyens de communication mais peu d’information, pas de transparence", relève un autre libraire.
Ce vendredi, une délégation de salariés a prévu de se rendre au tribunal de commerce pour entendre la décision et la faire connaître… "Maintenant on attend une issue." La saga Sauramps pourrait se fermer définitivement le jour même.