En conférence ce mardi 4 août à Coggia, Jean-Marie Arrighi dresse un constat nuancé sur la langue corse. Si le nombre de locuteurs progresse légèrement, le véritable défi reste désormais de recréer des espaces où elle est parlée au quotidien.
Publié le mardi 4 août 2026 à 15h35
En conférence ce mardi 4 août à Coggia, Jean-Marie Arrighi dresse un constat nuancé sur la langue corse. Si le nombre de locuteurs progresse légèrement, le véritable défi reste désormais de recréer des espaces où elle est parlée au quotidien.
À l'occasion d'une conférence intitulée "Langue corse : passé et futur", qui se déroulera ce mardi 4 août à Coggia, à 18 heures, à l'ancienne école du village, Jean-Marie Arrighi, agrégé de lettres, ancien inspecteur pédagogique régional chargé de mission pour la langue et la culture corse et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, a livré une analyse nuancée de la situation linguistique de l'île.
S'appuyant sur les dernières enquêtes sociolinguistiques, il souligne que le nombre de locuteurs actifs est désormais estimé à environ 105 000, contre près de 95 000 lors des précédentes études. "Ce n'est pas une progression énorme, mais ce n'est pas non plus la situation d'une langue en voie de disparition progressive", observe-t-il.
Autre évolution qu'il juge encourageante : l'écart entre les générations se réduit. "On voit que, malgré tout, à travers l'école, il y a quelque chose qui passe". Le principal défi reste toutefois la transmission familiale. Si celle-ci existe encore, elle ne concerne plus qu'environ 3 % des familles. Pour Jean-Marie Arrighi, le véritable enjeu est désormais ailleurs : "Le danger n'est plus la disparition totale de la langue, mais l'absence d'emploi. Il n'y a aujourd'hui pratiquement aucun domaine où le corse soit indispensable. Il faut recréer des lieux d'usage normal de la langue".
Public et privé : "Les deux ne sont pas contradictoires"Interrogé sur les débats récents autour de l'enseignement immersif, notamment entre le modèle développé par l'Éducation nationale et celui porté par Scola Corsa, Jean-Marie Arrighi y voit avant tout "un manque d'information". Il rappelle que les écoles associatives sont nées à une époque où l'immersion n'était pas autorisée dans l'enseignement public. "Depuis la loi Molac de 2021, l'immersion est enfin possible dans le public", souligne-t-il, évoquant le développement rapide de ce modèle avec près de 90 classes immersives, auxquelles devaient s'ajouter plusieurs dizaines de nouvelles ouvertures.
Pour lui, les deux approches poursuivent le même objectif. "Le privé ne remplacera jamais le public si l'on veut toucher un grand nombre d'élèves. En revanche, il peut être porteur d'innovation plus facilement. Les deux ne sont pas contradictoires".
Une dynamique qu'il juge désormais solidement engagéeAlors que le départ du recteur Rémi-François Paolini a suscité des interrogations sur l'avenir de l'immersion, Jean-Marie Arrighi se montre confiant. Selon lui, entre 2 000 et 3 000 élèves sont déjà scolarisés dans des classes immersives, majoritairement publiques. "On ne voit pas comment cela pourrait s'arrêter. Les évaluations ne montrent pas de mauvais résultats et ce système fonctionne partout. Sa qualité va continuer à le développer, quels que soient les responsables de l'Éducation nationale ou les responsables politiques", estime-t-il.
S'il reconnaît que les avancées en faveur des langues régionales restent progressives et liées aux rapports de force, il rappelle qu'aucun véritable recul n'a été observé depuis plusieurs décennies. Pour autant, l'avenir de la langue corse ne dépendra pas seulement des institutions. "Les langues, ce sont d'abord des individus qui les parlent. Tôt ou tard, il faut penser à l'investissement individuel de chacun", conclut-il.
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