Ce mercredi 5 août, État, collectivités, association des maires et chambre d’agriculture étaient réunis pour signer la charte d’engagement du Plan Corbières 2030. Un outil construit autour de cinq axes et dix-neuf...
Ce mercredi 5 août, État, collectivités, association des maires et chambre d’agriculture étaient réunis pour signer la charte d’engagement du Plan Corbières 2030. Un outil construit autour de cinq axes et dix-neuf mesures. Avec une urgence encore martelée : l’eau.
Jonquières, 47 habitants, 1 350 hectares. Et, depuis le mois d’août 2025, "1 200 hectares incendiés". Mais aussi "200 hectares de vignes et 10 viticulteurs il y a 15-20 ans", pour 25 hectares exploités par "un seul vigneron, aujourd’hui". En quelques mots, ce mercredi 5 août, Jacques Piraud, le maire de la petite commune des Corbières, vient de rappeler ce qui réunit les signataires de la charte d’engagement du Plan Corbières 2030, dans un foyer municipal tout juste assez grand. Cette charte, le maire veut y voir le "symbole d’une volonté commune" de redresser le territoire bouleversé par un mégafeu qui a "éprouvé les hommes et les femmes qui y vivent".
Comme un prolongement de la "magnifique chaîne de solidarité" qui "ne s’est pas arrêtée, un an après. Samedi dernier, l’association des maires de l’Aude nous a remis un chèque conséquent. Il y a une dizaine de jours, ce sont les enfants du catéchisme de la paroisse de Castelnaudary qui nous ont remis la somme de 1 000 € qu’ils avaient collectés. Une romancière très attachée au village nous a aussi fait don de ses droits d’auteur". Alors que la journée du jeudi 6 août, à Jonquières, marquera le début de la restructuration de l’interface entre le village et le massif, Jacques Piraud veut donc croire en ce Plan.
Peu de choses sont visibles, malheureusement, au moment où l’on se parle
Avec une signature toute symbolique, certes, mais qui, le préfet de l’Aude Alain Bucquet allait le rappeler, marque "le début d’autre chose". Et si, concède-t-il, "peu de choses sont visibles, malheureusement, au moment où l’on se parle", l’année écoulée aura compté : "Par rapport à des territoires qui viennent d’être frappés par des feux qui marquent l’impact du réchauffement climatique, on a peut-être un an d’avance, une année pendant laquelle on a travaillé à construire les outils pour un territoire plus durable et plus résilient. Cette signature de charte, ce n’est pas la fin, c’est juste le début".
Tout était d’ailleurs dans le sous-titre du dossier de presse : "Se relever après l’incendie du 5 août 2025, reconstruire et adapter le territoire face aux enjeux écologiques et climatiques pour une habitabilité des Corbières". Il n’était ce 5 août pas question de détailler les dix-neuf mesures inscrites au plan, pensées autour de cinq axes thématiques. Avec en tête de liste, l’eau. L’accès à l’eau, plus précisément. Un "enjeu vital pour le territoire", précise le Plan Corbières. "Sans eau, il n’y a pas d’activité économique, pas d’agriculture, rappellera le préfet. Pas de vie, tout simplement." Une certitude visiblement partagée.
Nos viticulteurs ne pourront pas continuer à vivre à 20 hectos par hectare
Martelée par Jérôme Barthès, 1er vice-président de la chambre d’agriculture, convaincu qu’il "sera impossible de maintenir une agriculture sans accès à l’eau". Une agriculture qui, "face à des contraintes climatiques de plus en plus fortes", devra donc en passer par la transition, le redéploiement du pastoralisme, et la diversification des exploitations. Avec l’ambition redite de "faire des Corbières un laboratoire de l’agriculture méditerranéenne de demain". Une projection inenvisageable sans eau, insistera André Hernandez, le président de la communauté de communes de la région lézignanaise, des Corbières et du Minervois : "Si on n’irrigue pas, on meurt. Nos viticulteurs ne pourront pas continuer à vivre à 20 hectos par hectare. Si ça continue, on aura d’autres friches, d’autres feux." Une projection achevée par un appel au préfet, proche de l’injonction : "On a peur de mourir. De grâce, faites en sorte que tous ces projets aillent le plus vite possible."
Dans un mois, dans un an, dans cinq ou dix ans, il sera temps de voir comment le Plan est devenu réalité. Et ce que sont devenues les Corbières. Un territoire inévitablement repensé, rappelait la présidente du Département Hélène Sandragné : "Parce que peu à peu s’est imposée l’idée que ce qui devait venir ne pouvait être la reconduction ou la reconstruction de ce qui a été."