En Ariège, la préfecture a pris un arrêté pour autoriser l'abattage d'animaux de l'espèce grand cormoran à partir de 2027. L'animal est considéré par de nombreux pêcheurs comme nuisible pour les effectifs de poissons...
l'essentiel En Ariège, la préfecture a pris un arrêté pour autoriser l'abattage d'animaux de l'espèce grand cormoran à partir de 2027. L'animal est considéré par de nombreux pêcheurs comme nuisible pour les effectifs de poissons protégés.
À en croire les dires et les titres de presse, c'est un peu l'ennemi des pêcheurs. Le grand cormoran, une espèce d'oiseaux aquatiques piscivores, est accusé de faire du mal aux effectifs de poissons des cours d'eau ariégeois. La Fédération de pêche départementale le constate depuis plusieurs années : l'espèce étend de plus en plus son territoire.
"On a commencé à en voir partout. Ils montent de plus en plus haut en montagne, pour trouver à manger", observe Laurent Garmendia, directeur de la fédération départementale. Pour vérifier ce constat, la préfecture de l'Ariège a donc pris un arrêté pour autoriser l'abattage par tirs de 72 oiseaux par an, dans des zones précises allant de la basse à la haute Ariège.
"La dérogation s’inscrit dans le cadre d’une amélioration des connaissances pour l’évaluation de l’impact de la prédation par les grands cormorans sur les populations d’espèces de poissons menacés ou protégés en suivant l’ensemble du protocole national proposé par la Fédération nationale de pêche et retenu par l’arrêté ministériel cadre du 24 février 2025", décrit l'arrêté.
Le Grand Cormoran, un vrai fauteur de troubles ?La régulation était déjà autorisée précédemment par les préfectures de France, mais la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), portant la cause de la biodiversité, a obtenu des conditions plus strictes pour la fixation des quotas de régulation. Avant ce changement de droit, la LPO avait déjà réussi à annuler des arrêtés d'autorisation de régulation dans une vingtaine de départements.
D'après l'arrêté ariégeois publié le 9 avril 2026, il y a "un impératif d’amélioration des connaissances afin d’évaluer l’impact du grand cormoran sur les populations fragilisées de la faune piscicole patrimoniale".
Selon différentes études scientifiques, l'espèce consomme beaucoup de poissons, et parfois d'espèces en difficulté démographique, comme l'anguille européenne, la lamproie de Planer, le saumon atlantique, la truite commune, le chabot, la vandoise et le brochet. "C'est un vrai sujet, surtout lorsqu'ils arrivent dans des milieux déjà en difficulté. Et il y a aussi le stress que vient provoquer la prédation sur les poissons, qui créent des problèmes de reproduction", souligne Laurent Garmendia.
L'objectif de l'étude autorisée par la préfecture de l'Ariège est de savoir si les grands cormorans consomment effectivement les poissons protégés, et en quelle quantité. Si l'impact environnemental est avéré, des mesures de régulation pourront être mises en place, au cas par cas.
"Pas de solution alternative" à l'abattageMais pourquoi abattre 72 cormorans par an pour vérifier s'il est bon de ... tuer chaque année des cormorans ? "Il n’existe pas de solution alternative à l’étude des contenus stomacaux des oiseaux pour concourir à l’évaluation de l’impact des prélèvements effectués par le grand cormoran dans le département", explique l'arrêté. Vulgairement : il n'y a qu'en regardant dans l'estomac que l'on saura ce qu'il s'y trouve.
Dans un communiqué, la LPO indique qu'elle "sera particulièrement attentive à la méthodologie qui sera employée pour fixer les quotas de destruction de grands cormorans en eaux libres à l’échelle de chaque département".