L’Académie de Saintonge fête son soixante-dixième anniversaire. Sa directrice, Marie-Dominique Montel, explique le fonctionnement de cette institution chargée de promouvoir la culture de Charente-Maritime
Mais à quoi peut bien servir une académie provinciale ? Nous avons posé la question à la journaliste et cinéaste Marie-Dominique Montel, sa directrice depuis 2007.
Comment fonctionne une académie provinciale comme l’Académie de Saintonge ?
On se réunit plusieurs fois par an, avec quatre réunions structurelles obligatoires. Ce sont les réunions où l’on organise nos projets et où on élabore le palmarès de l’année, puisqu’on distribue une quinzaine de prix chaque année à des personnalités du monde de la culture, des sciences, des arts, des lettres et du patrimoine.
Ce palmarès s’élabore au fil des réunions : chacun présente et soutient...
Mais à quoi peut bien servir une académie provinciale ? Nous avons posé la question à la journaliste et cinéaste Marie-Dominique Montel, sa directrice depuis 2007.
Comment fonctionne une académie provinciale comme l’Académie de Saintonge ?
On se réunit plusieurs fois par an, avec quatre réunions structurelles obligatoires. Ce sont les réunions où l’on organise nos projets et où on élabore le palmarès de l’année, puisqu’on distribue une quinzaine de prix chaque année à des personnalités du monde de la culture, des sciences, des arts, des lettres et du patrimoine.
Ce palmarès s’élabore au fil des réunions : chacun présente et soutient des candidatures, présente les travaux de quelqu’un qu’il trouve intéressant. À la fin, on se constitue en jury et on vote pour déterminer le Grand Prix et les autres prix de l’année. On prime toujours des Charentais de naissance ou d’adoption qui font des choses formidables dans leur domaine.
L’an dernier, c’était Jean-Claude Casadesus, le chef d’orchestre, qui est de l’île de Ré. L’année d’avant, c’était Mathieu Lehanneur, le Rochefortais qui a créé la vasque olympique des JO de Paris 2024 (1).
Jusqu’au 23 septembre, à la Maison de la Charente-Maritime, à La Rochelle, une exposition retrace les 70 ans de l’Académie de Saintonge
Photo Jean-Christophe Sounalet
Qu’est-ce qu’une académie comme la vôtre fait que d’autres institutions ne font pas ?
Tous les ans, ce que fait l’académie, et je pense que nous sommes vraiment les seuls à le faire, c’est de mettre en valeur les talents, les cerveaux et la créativité de notre région (sciences, arts, lettres, patrimoine). On y attache beaucoup d’importance, car je pense qu’on remplit un vide. Il y a beaucoup de manifestations formidables, des festivals, etc., et de temps en temps on leur donne même des prix. Mais en général, ces événements font venir des personnalités d’ailleurs. Nous, on fait le contraire : on met en avant nos Charentais formidables qui font des réalisations exceptionnelles, on tient à les honorer, à les récompenser et à les faire mieux connaître.
Nous disons en riant : « Ce sont les Charentais que le monde nous envie ». Notre but est de mettre en valeur les cerveaux formidables que produit notre région. En 70 ans, nous avons primé 560 personnes.
Comment l’Académie est-elle financée ?
Les prix sont financés par des mécènes publics ou privés : des collectivités locales, des personnes privées ou des institutions comme l’université de La Rochelle (qui finance un prix scientifique) ou la Corderie Royale (pour un prix lié à l’océan ou à l’histoire).
Des personnes privées financent également des prix, comme Christine Sébert, la propriétaire de La Roche-Courbon, qui finance un prix sur le patrimoine.
Les mécènes envoient les fonds, et nous donnons un chèque aux lauréats, mais c’est l’académie qui choisit souverainement les lauréats chaque année.
L’Académie couvre un territoire qui va au-delà des frontières de la Saintonge.
Le territoire de l’Académie de Saintonge comprend toute la Charente-Maritime. À la création de l’académie par des médiévistes, la Saintonge correspondait à celle du Moyen-Âge (avant la création de l’Aunis), englobant toute la Charente-Maritime et s’étendant vers l’est jusqu’à Jarnac, Barbezieux, presque à Cognac.
Cette année, par exemple, nous allons recevoir une nouvelle académicienne qui est de Jarnac, et une de nos lauréates est de Barbezieux.
Les langues régionales, les patois, font-ils partie de vos centres d’intérêt ?
Oui, cela fait partie de nos centres d’intérêt, mais nous ne sommes pas comme l’Académie française qui s’occupe du dictionnaire. Nous ne gérons pas le vocabulaire, nous n’avons pas cette compétence. En revanche, nous primons ceux qui l’utilisent : quand des livres de qualité sont écrits en patois ou sur le patois, nous leur décernons très souvent des prix.
« Mon église romane vaut mieux que ta thèse de physique quantique »
Quand vous choisissez de remettre un prix, comment se déroulent les débats ?
La règle est que les gens ne postulent pas. Ce sont les académiciens qui repèrent les talents dans leur domaine professionnel ou géographique, puis présentent et défendent ces travaux lors des réunions. Comme il y a plus de propositions que de prix, les débats sont très animés ! On peut entendre des discussions comme : « Mon église romane vaut mieux que ta thèse de physique quantique ». On cherche à équilibrer les disciplines. Parfois, on choisit de suivre le travail de quelqu’un et d’attendre la publication de son prochain livre l’année suivante pour le primer.
Est-ce que des lauréats deviennent parfois académiciens ?
Oui, tout à fait ! C’est mon cas personnel. Comme les membres sont élus, il est plus facile d’élire des personnes que l’on connaît et dont on a déjà primé les travaux. C’est donc très fréquent, même si ce n’est pas systématique.
Et comment élisez-vous un nouveau membre ?
C’est une élection à bulletin secret à partir d’une liste de personnalités envisagées tenue régulièrement à jour. C’est un processus très consensuel. En 20 ans, je me souviens d’avoir eu besoin de plusieurs tours de scrutin qu’une seule fois. En général, nous tombons vite d’accord. Le nouveau membre est élu à vie et reçu officiellement lors de la cérémonie de Royan le premier dimanche d’octobre.
Quelle est selon vous la force de ce territoire saintongeais ?
C’est la qualité de ses cerveaux ! On vante souvent nos paysages, nos huîtres ou notre cognac, mais nous produisons aussi une immense créativité intellectuelle et culturelle. Chaque année, nous n’avons aucun mal à trouver une quinzaine de lauréats de grande qualité, de naissance ou d’adoption, au contraire, nous avons l’embarras du choix.
Nous avons aussi beaucoup développé la mise en valeur des scientifiques de la région. Souvent, les gens découvrent avec surprise que des chercheurs de renommée internationale vivent juste à côté de chez eux et qu’ils les croisent au marché le samedi.
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