Inauguration de la station de réutilisation des eaux usées (REUT) d’Argelès-sur-Mer, acte II. Après la présidente de la Région, Carole Delga, il y a quelques semaines, ce samedi 20 juin, c’était au tour de Monique...
Inauguration de la station de réutilisation des eaux usées (REUT) d’Argelès-sur-Mer, acte II. Après la présidente de la Région, Carole Delga, il y a quelques semaines, ce samedi 20 juin, c’était au tour de Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, de visiter le site et de le mettre "officiellement" en route. Pour rappel, après trois années de sécheresse historique dans les Pyrénées-Orientales, ce projet pionnier, le plus important de France en volume, doit permettre d’irriguer près de 700 hectares de terres agricoles grâce à 1,2 million de mètres cubes d’eau recyclée chaque année. Pour la ministre, cette réalisation doit servir de modèle à l’échelle nationale. Entretien.
Pourquoi teniez-vous à venir inaugurer personnellement cette station de réutilisation des eaux usées à Argelès-sur-Mer ?
Parce que ce projet est aujourd’hui le plus important de France en matière de réutilisation des eaux usées et qu’il constitue un exemple très concret de ce que nous devons développer face au changement climatique. Ici, dans les Pyrénées-Orientales, la sécheresse n’est plus une menace future. C’est une réalité avec laquelle les habitants et les agriculteurs vivent déjà depuis plusieurs années. Ce projet est remarquable parce qu’il coche toutes les cases importantes de la réutilisation de l’eau. D’abord, les eaux traitées partaient directement à la mer. On ne prive donc personne d’une ressource existante. Ensuite, cette eau va bénéficier directement aux agriculteurs qui subissent depuis trois ans des sécheresses à répétition avec des conséquences économiques majeures. Enfin, la qualité de l’eau produite est supérieure à celle qui était initialement demandée, ce qui ouvre des perspectives pour d’autres usages à l’avenir.
La ministre Monique Barbut.
L'INDEPENDANT - MICHEL CLEMENTZ
Aujourd’hui, en France, nous réutilisons seulement 1 % de nos eaux usées traitées. L’Espagne est autour des 15 %…
Vous présentez ce projet comme un modèle. A-t-il vocation à être reproduit dans d’autres territoires ?
Oui, clairement. C’est une expérimentation que nous allons suivre avec beaucoup d’attention et que nous souhaitons pouvoir déployer dans d’autres territoires. La France a pris du retard sur ces questions. Aujourd’hui, nous réutilisons seulement 1 % de nos eaux usées traitées. À titre de comparaison, l’Espagne est autour de 15 %. Certains pays vont encore beaucoup plus loin. Il est donc évident que nous devons accélérer. Cette station montre qu’il est possible de transformer une contrainte en opportunité.
Un projet qui doit permettre d’irriguer près de 700 hectares de terres dans les Pyrénées-Orientales
L'INDEPENDANT - MICHEL CLEMENTZ
L’État est-il prêt à soutenir financièrement d’autres projets similaires. Ailleurs en France mais aussi dans les Pyrénées-Orientales ?
Si d’autres projets de cette ampleur se présentent, nous les accompagnerons. L’État dispose déjà de plusieurs outils financiers pour cela. Je pense notamment au Fonds vert, dont 50 % des crédits sont consacrés cette année à l’adaptation au changement climatique. Nous avons également renforcé les moyens consacrés aux infrastructures hydrauliques. Notre objectif est de multiplier les solutions concrètes pour mieux gérer la ressource en eau et préparer les territoires aux conséquences du réchauffement climatique. Et les Pyrénées-Orientales font partie des premiers territoires à subir aussi fortement les effets du changement climatique sur le cycle de l’eau. Mais ils font aussi partie des premiers à construire des réponses concrètes.
Nous devons donc agir sur plusieurs leviers : la sobriété, de la réutilisation, l’adaptation des pratiques et, lorsque cela est pertinent, le stockage
Après la présidente de la Région, Carole Delga, il y a quelques semaines, ce samedi 20 juin, c’était au tour de Monique Barbut, la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature, de visiter le site et de le mettre "officiellement" en route. L'INDEPENDANT - MICHEL CLEMENTZ
Les agriculteurs attendent des solutions rapides. Que répondez-vous à ceux qui estiment que les procédures restent encore trop longues pour développer ce type d’installation ?
Je ne crois pas que le principal problème soit celui des normes. Ce que les élus me disent le plus souvent, ce sont les multiples allers-retours administratifs. Une question est posée, une réponse est apportée, puis une nouvelle demande arrive ensuite. Nous devons simplement améliorer notre manière de travailler collectivement pour raccourcir les délais d’instruction. Il faut que les projets prioritaires soient réellement traités comme tels. Cela ne signifie pas qu’il faut renoncer aux exigences environnementales mais que nous devons être plus efficaces dans leur mise en œuvre.
Quel message souhaitez-vous adresser aux habitants et aux agriculteurs du Pays catalan ?
Que ce projet montre qu’il est possible de s’adapter. La raréfaction de l’eau est une réalité qui va s’accentuer dans les prochaines décennies. Nous devons donc agir sur plusieurs leviers à la fois. Celui de la sobriété, de la réutilisation, de l’adaptation des pratiques et, lorsque cela est pertinent, sur le stockage. Ce que les acteurs du territoire ont construit ici démontre qu’en travaillant ensemble, il est possible d’apporter des réponses concrètes. Argelès-sur-Mer ouvre une voie. Et cette voie, nous aurons besoin de l’emprunter dans de nombreux autres territoires français dans les années qui viennent.