La comédienne Marie-Gaëlle Cals, marraine du comité “Enfance et partage” et la déléguée héraultaise Marie-Ange Louvier lancent un appel aux bénévoles pour défendre les droits des enfants et prévenir les violences.
La comédienne Marie-Gaëlle Cals, marraine du comité “Enfance et partage” et la déléguée héraultaise Marie-Ange Louvier lancent un appel aux bénévoles pour défendre les droits des enfants et prévenir les violences.
Plusieurs cas d’agressions sexuelles dans le périscolaire à Vic ou Montpellier ont été révélés. Avez-vous accompagné des familles concernées ?
M.-A. L. Pas à Montpellier mais à Vic-la-Gardiole, en juillet dernier.
M.-G. C. Cela aurait pu être le cas dans le cadre des permanences que nous tenons deux fois par semaine, boulevard Louis-Blanc. On est à Montpellier la seule association qui défend les enfants victimes de violences.
En tant que parent, la question du périscolaire a-t-elle été source d’inquiétudes pour vous ?
M.-G. C. J’ai toujours été surprotectrice. J’ai toujours pensé à ça et fait très attention. Je me suis toujours fiée à mon instinct.
L’ampleur du phénomène notamment à Paris vous surprend ?
M.-G. C. Ce phénomène a longtemps été tu par les institutions. Ce qui est bien aujourd’hui, c’est qu’on en parle et que les médias relaient. Ca va prendre du temps mais c’est un point de départ très important. Cela montre aussi l’ampleur du travail à mener auprès des enfants dans le périscolaire, le scolaire...
Parmi les actions d’Enfance et partage figure la prévention. Quelles sont vos actions ?
M.-A. L. : Nous avons un agrément de l’Education nationale. Nous intervenons sur sollicitation des responsables des établissements scolaires. Nos actions sont adaptées à chaque âge. Elles peuvent prendre la forme de bande-dessinées, d’interactions avec les élèves, de diffusion de spots. Notre mission est de briser le silence et qu’on écoute enfin la voix de l’enfant. On leur transmet des notions différentes à chaque âge : le tiers de confiance, leur corps qui leur appartient, les bons et les mauvais secrets...
L’affaire Lyhanna a mis en exergue les dysfonctionnements et la lenteur de la justice. Comment aurait-on pu éviter ce fiasco ?
M.-A. L. Nous ne remettons pas en cause l’engagement quotidien des professionnels de la protection de l’enfance, des services, sociaux, de la justice ou des forces de l’ordre. Mais il y a des insuffisances structurelles qui fragilisent l’efficacité du dispositif de protection de l’enfance. Il faut que les plaintes et les informations préoccupantes soient traitées plus efficacement et rapidement. Barella était déjà accusé.
M.-G. C. Il y a un manque de moyens humains et financiers. Des magistrats sont sous l’eau.
Dans 80 % des cas des mères nous contactentM.-A. L. On n’est pas des enquêteurs. On est des bénévoles qui en fonction des informations qui nous sont transmises réalisons des informations préoccupantes auprès du Département qui va diligenter une enquête sociale ou bien des signalements au procureur. C’est le cas lors de conflits intrafamiliaux. L’enfant doit être remis au père dans le cadre du droit de visite mais le petit manifeste son refus d’y retourner. Dans 80 % des cas, ce sont des mères qui nous contactent. Il faudrait aussi une meilleure coordination entre les services sociaux, médicaux, éducatifs et judiciaires. A l’heure actuelle, ce qui est le moins entendu, c’est la parole de l’enfant.
Une série comme Un si Grand soleil, où vous incarnez une juge d’instruction, peut-elle être le lieu pour diffuser des messages sur ce thème ?
M.-G. C. Des sujets universels sont portés à l’écran avec des intrigues autour de thèmes sociétaux mais la question des violences sur mineurs n’a pas été abordée. Il faut en parler pour construire une arche et rendre le sujet percutant. La télé est un vecteur puissant, cela ne m’étonnerait pas qu’un jour on en parle.
En quoi consiste votre rôle de marraine ?
M.-G. C. J’ai toujours entendu parler d’Enfance et partage à travers sa marraine nationale Carole Bouquet. Marie-Ange est venue vers moi, je ne voulais pas m’engager à la légère. J’ai assisté aux réunions mensuelles pendant un an, j’ai vu le travail opiniatre de tous les bénévoles. On a l’impression que c’est une goute dans l’océan. Je fais un appel aux bénévoles car l’association dispose de tous les outils pour faire de la prévention. On a évidemment besoin de dons mais aujourd’hui, principalement, de bénévoles pour faire de la prévention et toucher plus d’élèves.
M.-A. L. Nous avons aussi un module pour les professionnels de la petite enfance afin de leur donner des clés pour détecter les suspicions de maltraitance. On met en place un module dédié au syndrome du bébé secoué. Notre rôle est d’accompagner au niveau psychologique et juridique. L’association rémunère deux psychologues. Une assistante juridique, à Paris, nous accompagne. Quand on se porte partie civile, l’association L’avocat et l’enfant est avec nous.
Y a t-il un profil type de bénévole ?
M.-A. L. On ne rentre pas à Enfance et partage comme on rentre dans un club de macramé. Il y a un temps d’adaptation. On regarde si on a les mêmes valeurs. Le bénévole suit une formation à Paris avant d’agir au sein du comité. La protection des enfants, c’est une responsabilité collective. On est tous concernés.
M.-G. C. S’engager sur un sujet aussi grave peut faire peur. Chacun apporte le temps qu’il peut. Aujourd’hui, c’est un appel à la société pour qu’elle s’empare de ce sujet à bras le corps. Je pense que ces systèmes sont en train de s’écrouler mais est-ce que la société est prête à réparer ces enfants ?
Combien de familles suivez-vous ?
En 2026, 22 nouvelles familles. Nous avons des suivis individualisés pour les enfants victimes et des groupes de paroles pour les parents non auteurs et pour des adultes qui ont été victimes dans leur enfance.
M.-G. C. Lors de nos interventions, on voit parfois dans le regard de gens à quel point ils sont sensibles à cette cause.
Les femmes et les enfants sont les victimes d’une société en crise. Peut-on en sortir ?
M.-G. C. Je l’espère mais cela prendra beaucoup de temps. Les citoyens doivent embrasser ce sujet sociétal.
M.-A. L. Il faut rompre la répétitivité. Aider un enfant, c’est sauver un adulte. Toute la chaîne, du citoyen à l’Etat, doit être engagée.