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"J’aime bien titiller le voyou" : après 46 ans de service, Jean-Marie Beney raccroche à Montpellier sa robe de procureur-général

Дата публикации: 28-06-2026 06:01:02

Le haut-magistrat a passé sept années à la tête du parquet général de Montpellier, qui supervise l’action judiciaire dans l’Aude, l’Aveyron, les Pyrénes-Orientales et l’Hérault. Il était entré en 1980 à l’Ecole...

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Le haut-magistrat a passé sept années à la tête du parquet général de Montpellier, qui supervise l’action judiciaire dans l’Aude, l’Aveyron, les Pyrénes-Orientales et l’Hérault. Il était entré en 1980 à l’Ecole nationale de la magistrature, et a croisé des affaires judiciaires majeures au cours de sa longue carrière, marquée par une passion restée intacte pour la lutte contre le crime.

Il a connu 32 gardes des Sceaux, a passé 46 ans dans la magistrature, et tire sa révérence avec regrets. "Très franchement, je n’avais pas envie d’arrêter tout de suite" sourit Jean-Marie Beney, le procureur général de Montpellier, qui quitte ses fonctions le 30 juin, à 68 ans.

Il était arrivé dans l’impressionnante cour d’appel de la rue Foch en 2019, pour sa seule incursion dans le Sud de sa très longue carrière. "Ce qui m’a frappé en arrivant, c’est la présence dans cette région d’une criminalité très fortement ancrée, active, structurée, avec des chefs, des sous-chefs et des exécutants, tenue par la communauté des gens du voyage sédentarisés, à Montpellier ou à Perpignan. C’était nouveau pour moi, même si j’avais fait beaucoup de banlieues, à Nanterre, Paris ou Pontoise."

Autre image : "la période du Covid, où on a dû faire face à un débridage de la violence, un pic comme si le couvercle de la cocotte avait sauté d’un coup, avec tout un tas de scènes avec des armes à feu, des flingages, résolus pour l’essentiel. On a arrêté des gens, heureusement, ça s’est calmé."

"Ce que j’aime bien, c’est faire appliquer la loi"

Face aux bandits du Midi, Jean-Marie Beney ne s’est pourtant pas senti dépaysé. "Un ami m’avait dit, tu vas être heureux, tu vas retrouver ceux que tu aimes bien, les vieux voyous. Il avait raison : ce que j’aime bien, c’est faire appliquer la loi, et quand en face on a des gens qui la violent et qui en vivent bien, je me dis que ce n’est pas peine perdue d’aller les chercher pour les mettre à l’écart, et leur confisquer le produit de leurs infractions. Il y a ce côté adrénaline que j’aime bien, à aller titiller le voyou et le malfaisant."

Une vocation qui fut tardive, pour ce garçon grandi entre Dijon et Reims, et qui rêvait dans la cour de l’école d’être pilote de chasse. "Le problème, c’est que j’étais trop mauvais en math pour faire l’école de l’air." Un grand-père greffier lui souffle l’idée du droit, il entre en 1980 à l’École nationale de la magistrature, débute comme juge d’instruction à Reims en 1982. Il s’en souvient comme si c’était hier.

"Je n’avais pas 25 ans, la première affaire que je prends, c’est un incendie volontaire, provoqué par une mère désespérée. Le corps de son petit tenait dans une boîte à chaussure. Une mère qui empoisonne son enfant dans la cathédrale de Reims, un policier qui se prend des balles, des voyous corses venus taper à Nancy, avec toute la PJ en filature. Tout ça, ça marque, je serai encore capable de vous raconter l’instruction par le menu, parce que ça a été un vrai choc. J’ai eu deux années exceptionnelles, où la PJ de Reims m’a appris la police."

Grégory ? "L’échec est collectif, avec un manque de professionnalisme à tous les étages, chez les enquêteurs, les magistrats, les avocats, les journalistes.

Sa carrière l’amènera à être directeur de cabinet du garde des Sceaux Pascal Clément, en 2006 et 2007, mais aussi à croiser la route d’affaires criminelles de premier plan. Il se confronte à la mort du petit Grégory Villemin, noyé en 1984, lorsqu’il est nommé procureur général à Dijon, en 2007.

À lire aussi : "J'ai dit, on y va !" : comment Jean-Marie Beney, l'actuel procureur général de Montpellier, a relancé l'enquête sur Grégory en 2008

Il rouvre l’enquête, évitant la prescription, tout en étant lucide sur ce fiasco. "L’échec est collectif, avec un manque de professionnalisme à tous les étages, chez les enquêteurs, les magistrats, les avocats, les journalistes. Je mets tout le monde dans le même sac."

À Metz, il se retrouve aux assises, face à Francis Haulmes, jugé pour le double meurtre des enfants de Montigny, dont Patrice Dills avait finalement été innocenté. "J’ai eu la perception d’un homme à la mémoire des faits et des lieux extraordinaire. Parfois, à l’audience, Francis Haume se lève et il regarde. J’ai un souvenir extraordinaire de son regard, il voulait me tuer avec, et il a été déstabilisé parce que je n’ai pas détourné les yeux."

Sa dernière rencontre criminelle marquante s’est déroulée à deux pas de son bureau, dont les fenêtres donnent sur le jardin royal du Peyrou. Dans la salle de la cour d’assises de l’Hérault, tétanisée en janvier 2025 par le calvaire d’Amandine, cette adolescente de 13 ans affamée jusqu’à la mort par sa mère et son beau-père, à Montagnac.

"Tous ceux qui ont participé à ce procès sont marqués à vie par les horreurs commises sur Amandine et par la personnalité de sa mère, Sandrine Pissara (condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité NDLR). Des femmes qui avaient tué leur enfant, j’en ai rencontré plusieurs, mais c’étaient des infractions instantanées. Là, on était sur un processus construite de destruction, de torture blanche, pour amener à la négation de ce qu’on avait mis en vie. C’était un système élaboré, et il fallait sanctionner l’auteur à cette hauteur."

Ces décennies d’horreurs n’ont pas assombri son regard bleu acier. " Malgré toutes les vilenies que j’ai vues, je suis profondément confiant dans la nature humaine. Il y a bien sûr des malfaisants intégraux, et je n’ai pour eux aucun état d’âme. Mais j’ai aussi appris qu’on peut toujours miser sur le bon côté de la force, et discerner une part qu’on peut mettre en valeur dans l’être humain."

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