Le naturaliste de Calignac signe un nouveau documentaire, diffusé mardi sur Arte, consacré à l’élevage et plus particulièrement à celui des races traditionnelles. Comme une évidence pour celui qui les fait perdurer...
Le naturaliste de Calignac signe un nouveau documentaire, diffusé mardi sur Arte, consacré à l’élevage et plus particulièrement à celui des races traditionnelles. Comme une évidence pour celui qui les fait perdurer dans sa ferme familiale. L'occasion de montrer une autre vision de la relation homme-animaux, loin de l'image des élevages intensifs.
On peut être amoureux de la nature et ne pas avoir le poil qui s’hérisse à l’évocation du mot élevage. C’est d’ailleurs le but du nouveau documentaire de Rémi Dupouy, "Italie – Des fermes pas comme les autres", diffusé mardi matin sur Arte. Un message et des valeurs qui font écho à la philosophie du Calignacais, défenseur patenté de la biodiversité, dans son sens le plus large du terme. "L’élevage a aujourd’hui une connotation très péjorative. Tout de suite nous vient à l’esprit des animaux entassés les uns sur les autres dans des bâtiments fermés. Or une autre voie existe et doit être montrée au grand public."
Il élève des races anciennes du Sud-Ouest dans sa ferme de CalignacLa séquence d’ouverture est tournée dans sa ferme familiale de l’Albret. Car Rémi Dupouy, en plus de son activité de naturaliste pour des documentaires, est aussi un naisseur. C’est-à-dire un éleveur qui assure la reproduction d’une race. Et pas n’importe lesquelles. Poules gauloises, brebis landaises, chèvres des Pyrénées... L’homme s’attache à faire perdurer des races anciennes, qui ont bien failli s’éteindre.
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"À l’image des vaches. Avant, chaque terroir avait sa race : ici l’Agenaise ou la Blonde du Quercy. Mais au milieu du XIXe siècle, toutes ont été uniformisées au profit de la Blonde d’Aquitaine, plus grosse donc plus rentable." Idem pour les brebis ou les chèvres, dont les races locales, moins productives, ont été peu à peu remplacées. "Aujourd’hui, on compte ainsi 1,2 million de chèvres alpines contre 4 800 de race pyrénéenne. Pour la poule gauloise, la plus ancienne de France, c’est moins de 1 000."
Rémi Dupouy dans sa ferme de Calignac, avec une de ses chèvres pyrénéennes.
Photo Arte France - Bonne Pioche.
Pourtant, le Lot-et-Garonnais ne cesse de trouver des arguments en faveur de ces animaux de race locale. "Adaptés à nos climats et à nos végétaux, ils tombent moins malades. Ce qui est un atout non négligeable pour l’éleveur. Et s’ils produisent moins en quantité, ils offrent une qualité toute autre, comme la chèvre des Pyrénées qui est très gourmande des fleurs."
Le sud de l’Italie a gardé des pratiques d’élevage ancestralesDans le cas de cette dernière, le combat mené commence à porter ses fruits. "Dans le Sud-Ouest, on note un retour vers les Pyrénéennes. Si bien qu’aujourd’hui, les naisseurs comme moi n’arrivent pas à répondre à la demande des éleveurs."
C’est dans cet esprit et avec ces convictions que Rémi Dupouy est parti tourner son documentaire - disponible sur la plateforme de replay d’Arte et sur YouTube - dans le sud de l’Italie. "En France, ce type d’élevage est trop morcelé aux quatre coins du territoire. Or, des Abruzzes à la Calabre, cet élevage des races anciennes est resté très implanté."
Et s’il a dû apprendre l’italien en quelques jours à Naples, le Calignacais, qui élève également des chiens de troupeau, a rencontré des éleveurs qui partagent sa philosophie. Chèvre d’Aspromonte, chien Berger de Sila, porc noir de Calabre, buffle d’eau... Au travers de ses rencontres avec ces bêtes domestiquées et ceux qui les élèvent, Rémi Dupouy met en exergue une vision et des pratiques loin de celles de l’élevage intensif et de ses dérives.
"C’est tellement facile de se détourner d’une race. La mécanisation a tout pris. Je ne suis pas contre, mais est-ce que c’est toujours la bonne solution ?" En Calabre, il a ainsi fait halte chez un producteur d’huile d’olive, également viticulteur, et qui élève des cochons locaux dans un but bien précis. "Il les laisse dans ses vignes et vergers car il s’est rendu compte qu’ils nettoyaient les sols, aéraient la terre sans toucher aux racines. Il utilise ainsi beaucoup moins son tracteur. C’est tout gagnant pour lui !"
"L’élevage et la domestication me passionnent"De retour dans sa ferme de Calignac, au moment de libérer ses chèvres et brebis pour "entretenir" la prairie du voisin, le tout jeune quadragénaire laisse tomber : "L’élevage, je me bats pour lui et ça me passionne. La domestication, c’est 10 000 ans d’Histoire entre l’homme et l’animal. Et je n’ai pas envie que les races anciennes deviennent des animaux d’ornement. On peut continuer à sélectionner les meilleures bêtes pour qu’elles se réapproprient leurs territoires. C’est ça aussi la biodiversité."
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