La France insoumise a exprimé des réserves sur le texte de loi transpartisan, examiné à partir de jeudi à l’Assemblée nationale.
Politique 01/10/2026 07:25 Actualisé le 01/10/2026 15:12
La France insoumise a exprimé des réserves sur le texte de loi transpartisan, examiné à partir de jeudi à l’Assemblée nationale.

BASTIEN ANDRE / Hans Lucas via AFP
Les députées LFI Sarah Legrain et Gabrielle Cathala.
L’examen de la loi intégrale ressemble à un curieux dilemme pour La France insoumise. Comment ne pas apparaître à rebours d’une avancée importante pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles sans pour autant approuver l’ensemble des mesures ? Le groupe présidé par Mathilde Panot devrait marcher sur un fil à l’occasion de l’examen du texte transpartisan (hors RN et UDR), qui débute ce jeudi 1er octobre à l’Assemblée.
Depuis plusieurs semaines, les députées LFI Sarah Legrain et Gabrielle Cathala (désignées en interne pour mener le combat) prennent leurs distances avec le texte, pourtant poussé par une coalition de 150 associations féministes et de protection de l’enfance. Contrairement à 240 de leurs collègues, elles ont refusé d’apparaître comme signataires de la loi. Jetant le trouble sur leur état d’esprit, dans un moment où les violences commises contre les femmes et les enfants ont rarement été autant au cœur de l’actualité.
« Elles ne cessent de dénigrer la proposition de loi dans les médias et sur les réseaux sociaux. Si elles y sont opposées, que viennent-elles faire avec nous ? C’est bien beau de prendre des selfies en manif, mais il faut surtout qu’elles votent la loi ! », s’insurge même la réalisatrice Andréa Bescond, en pointe sur le sujet, dans les colonnes du Nouvel Obs. « Nous soutenons le mouvement associatif, mais ce n’est pas pour autant que nous allons soutenir en intégralité la traduction qui en a été faite ici », lui répond, auprès du Monde, Gabrielle Cathala.
Clémence Guetté est même allée plus loin en affirmant que parler de « loi intégrale » est « trompeur » au vu des nombreux manques « absolument fondamentaux ». « Je pense aux questions de prévention de ces violences sexistes et sexuelles, a-t-elle développé début septembre sur franceinfo. On ne peut pas prétendre combattre des violences qui sont systémiques dans notre pays en ne voyant qu’un petit bout de la lorgnette ».
Mélenchon veut « une loi globale »L’élue du Val-de-Marne regrette notamment un manque de moyens et une ambition trop basse par rapport à l’ampleur du chantier à mener. « Il y a de bonnes choses dans cette proposition de loi, mais aussi des manques et des éléments qui ne nous semblent pas aller dans le bon sens », abonde Sarah Legrain chez nos confrères, pointant la nécessité de mettre 3 milliards d’euros sur la table « comme le réclament les associations ». L’élue assume de s’en remettre au débat parlementaire, et espère qu’une majorité des amendements qu’elle dépose seront votés. « C’est notre travail de chercher à améliorer le texte législatif ». Mieux : elle ne ferme pas la porte à un vote final du texte, même si elle n’est « pas parfaite ».
Ces réserves sont d’autant plus surprenantes que La France insoumise est très mobilisée sur le sujet et présente dans toutes les manifestations de soutien à la cause féministe. Lors de son meeting à Saint-Denis en juin, Jean-Luc Mélenchon avait d’ailleurs réclamé la mise en place d’une « loi globale contre la pédocriminalité et les féminicides ». C’était quelques jours après le meurtre de Lyhanna, cette collégienne de 11 ans retrouvée sans vie dans le Gers, malgré de nombreux signalements restés lettre morte.
« Inutilement répressive »L’un des points de blocage vient, selon Gabrielle Cathala, d’une approche trop « répressive » de la loi intégrale. « Il y a des dispositions avec lesquelles nous sommes en désaccord, pose-t-elle. Aggraver des peines qui sont déjà suffisantes n’a jamais permis de réduire les violences. C’est un raisonnement droitier ». Un argument qui rencontre un certain écho en dehors de la sphère insoumise puisque la députée Clémentine Autain (L’Après), désignée comme cheffe de file du groupe écologiste, entend elle aussi « alerter sur la dimension inutilement répressive » du texte. « La copie finale de la loi ne doit pas correspondre aux obsessions des droites dures », estime-t-elle dans une note de blog.
Face à un équilibre difficile à tenir, le groupe LFI ne se montre pas trop définitif et adaptera sa position au fil de l’examen, selon les amendements adoptés. Mais même cette posture-là est périlleuse : déposer un trop grand nombre d’amendements pourrait être interprété par les associations comme une volonté de ralentir voire d’obstruer les débats. Quant à un vote contre (ou une abstention), il serait politiquement difficile à assumer, à quelques mois de l’élection présidentielle.