Présenté ce vendredi 2 octobre, le rapport de la chambre régionale des comptes d’Occitanie pointe les responsabilités dans la débâcle de trois associations Soliha. Dépenses injustifiées, recrutements de proches et...
l'essentiel Présenté ce vendredi 2 octobre, le rapport de la chambre régionale des comptes d’Occitanie pointe les responsabilités dans la débâcle de trois associations Soliha. Dépenses injustifiées, recrutements de proches et contrôles défaillants : le directeur général est directement mis en cause. Joint par "La Dépêche", Pierre Castéras reconnaît des erreurs, mais défend un "travail collectif" et apporte ses explications.
"On a mis au jour un système global." Ce vendredi 2 octobre, en conférence de presse, la directrice de la chambre régionale des comptes Occitanie, Valérie Renet, a résumé ainsi le contrôle de Soliha Haute-Garonne, Soliha Méditerranée et Soliha Tarn-et-Garonne. Leur examen simultané a révélé les liens, les flux financiers et les "jeux d’écriture comptable" entre ces associations chargées d’accompagner des publics vulnérables.
Après la liquidation de Soliha Haute-Garonne, prononcée le 10 juillet 2026, et celle de Soliha Méditerranée, la veille, le rapport éclaire les responsabilités. "De nombreux manquements du directeur général en fonction sont relevés", écrivent les magistrats.
Des pouvoirs étendus, sans réel contrôleÀ partir de 2023, le dirigeant concentre les pouvoirs sur les contrats, les opérations bancaires, les recrutements et les licenciements. Aucun dispositif formalisé ne lui impose pourtant de rendre compte aux présidents.
La chambre pointe aussi les conseils d’administration, qui n’exercent pas pleinement leur rôle. Les présidents ont délégué au directeur des pouvoirs qu’ils n’avaient eux-mêmes pas régulièrement reçus. En Haute-Garonne, son contrat avait été signé avant la consultation du conseil prévue par les statuts.
Joint par "La Dépêche" ce vendredi 2 octobre, Pierre Castéras souligne cette dimension collective : "Après, c’était un travail collectif. Moi, j’étais directeur, c’est vrai." Il reconnaît néanmoins : "Qu’il y ait eu des erreurs, oui, très clairement."
Entre 2020 et 2025, la masse salariale cumulée a augmenté de 53 %, atteignant 6,75 millions d’euros. Des cadres ont été recrutés avant des licenciements économiques sur d’autres fonctions. Avec trois contrats de travail, la rémunération brute annuelle du directeur a progressé de 54 % entre 2021 et 2023.
"Une boulette" sur les tickets-restaurantLe rapport relève des avantages en nature non déclarés et le cumul de tickets-restaurant avec des repas réglés par carte bancaire : 400 repas pris en charge en 2024, pour 227 jours ouvrés après déduction des congés. "Sur les chèques-restos, c’est une boulette que je vous concède totalement", répond Pierre Castéras. "Je ne l’ai franchement pas vu."
Dix-huit amendes concernant les véhicules utilisés par le directeur ont été payées par l’association, pour 1 595 euros.
Sur les voitures, il explique qu’elles servaient à plusieurs collaborateurs : "Elles étaient utilisées par différentes personnes et différents cadres." Il précise : "Moi, j’avais effectivement une voiture qui m’était attribuée", tout en contestant avoir disposé d’une voiture à titre personnel. La chambre relève pourtant une attestation mentionnant un usage privé comme professionnel.
Ses dépenses avec la carte de Soliha Méditerranée atteignent 158 217 euros entre 2020 et 2025. Ce total ne correspond pas intégralement à des dépenses injustifiées. Mais la chambre relève du mobilier facturé chez un coiffeur ou un opticien, des équipements absents des inventaires et des prestations non confirmées par leurs supposés bénéficiaires.
Des chèques qu’il présente comme des remboursementsEn 2024 et 2025, cinq chèques ont été établis par le directeur à son propre ordre, pour 10 880 euros. Les travaux invoqués n’ont pas été attestés et deux factures comportent un numéro Siren inexistant.
"Oui, ils ont été signés par moi", confirme Pierre Castéras, qui les présente comme des remboursements d’avances dans un contexte de difficultés de trésorerie. "On aurait dû trouver une autre solution, c’est vrai." Il assure que les éléments sont archivés et évoque 80 pages de réponses adressées à la chambre.
236000 euros facturés par quatre prestataires prochesLe rapport relève aussi des recrutements dans son entourage et 236 000 euros facturés par quatre prestataires proches, dont la société de son frère. Soliha invoque l’indisponibilité de véhicules en concession, sans justificatif. Sur les avantages en nature et les amendes, l’association annonce une régularisation. Les dirigeants disent aussi avoir adopté un règlement financier, non communiqué à la chambre.
Pour les bénéficiaires, les conséquences sont concrètes : "Finalement, celles-ci ne trouvent pas en face le service correspondant", souligne Valérie Renet. Interrogée sur d’éventuelles poursuites contre le directeur, la chambre n’en a pas confirmé, et a renvoyé la question à l’État.