Hamilton ressuscite un modèle de 1926, Seiko réinterprète une plongeuse de 1965, Rado fête une collection née en 1986. Pendant ce temps, l’IA conseille aux curieux… d’acheter en seconde main. Et aussi : un salon parisien consacré aux garde-temps, qui coïncide avec la Journée mondiale de l’horlogerie.
Avec sa American Classic Cushion, Hamilton remonte le temps et marque la résurrection d’un modèle né en 1926. HAMILTON
Pour aller plus loin
Hamilton remonte le temps (à la main)En horlogerie, la nostalgie est un mot-clé. Ce n’est pas forcément de la paresse ou de l’opportunisme (quoique…), mais plutôt du réalisme. Comment ne pas être tenté de puiser dans des décennies, voire des siècles d’histoire, durant lesquels les fabricants de montres ont exploré la quasi-totalité des styles ? Si la mode du rétro s’est beaucoup focalisée, ces dernières années, sur l’âge d’or de l’horlogerie (des années 1950 à 1970), Hamilton, elle, remonte bien plus loin. Soit pile un siècle en arrière, avec la résurrection de la Cushion, née en 1926.
Qu’on aime ou qu’on déteste son design si singulier (on y reviendra), cette montre se distingue à plus d’un titre. D’abord, elle réapparaît dans son format d’origine. Or, même si la tendance est aux petits et moyens diamètres, les maisons qui revisitent leur héritage agrandissent en général les pièces originelles de quelques millimètres. Ici, la marque respecte les proportions de 1926 en proposant deux tailles mixtes, 30 mn et 34 mm. Des mesures tout à fait fréquentes, dans les années 1920, sur le poignet masculin, mais le pari n’en reste pas moins audacieux aujourd’hui.
Hamilton a choisi de motoriser sa Cushion avec un calibre à remontage manuel qui permet de proposer un boîtier plus fin qu’avec un mécanisme automatique. HAMILTON
Autre point notable : la marque, américaine de naissance et appartenant depuis des décennies au Swatch Group, a choisi de motoriser ces Cushion avec un calibre à remontage manuel (héritier du renommé Peseux 7001), qui permet de proposer un boîtier plus fin qu’avec un mécanisme automatique. Un choix poétique (ah, le geste de remonter sa montre…) autant que fidèle à l’esprit des garde-temps des années 1920. Enfin, sur l’une des versions proposées, la carrure du boîtier est intégralement gravée, ce qui confère à l’objet une touche western inattendue, et plutôt réussie.
Reste ce style très marqué, qui découle, comme bien souvent en horlogerie, de l’histoire militaire. Pour rappel, la montre-bracelet se généralise chez les hommes durant la Première Guerre mondiale (les femmes en portaient déjà), bien plus pratique que la montre à gousset. Mais dans l’obscurité des tranchées, impossible de lire l’heure. Les horlogers ont alors l’idée d’élargir puis de « creuser » les chiffres, afin d’y déposer suffisamment de radium luminescent. Ainsi naissent les fameuses trench watches, littéralement « montres de tranchée », dont le design rayonnant, au sens propre comme au figuré, se retrouve sur les Cushion de Hamilton (mais sans le radium !).
Côté cadrans, sablés ou émaillés selon les versions, on retrouve une petite seconde à 6 heures, là encore fidèle à l’esprit de l’époque. Pour ceux que les chiffres arabes quelque peu dodus rebuteraient, une version à chiffres romains, plus sobre, est également proposée. Quant au nom Cushion (« coussin » en français), il désigne la forme du boîtier, un carré aux angles arrondis.
◗ Hamilton, American Classic Cushion, six versions en tout, en 30 et 34 mm de diamètre, 8,1 mm d’épaisseur, mouvement mécanique à remontage manuel, réserve de marche de 57 heures, étanche à 50 m, boîtier acier ou PVD couleur or, bracelet cuir, 995 euros (acier), 1 095 euros (PVD or).
Seiko jette l’ancre à HallstattPour fêter ses 150 ans, Seiko réinterprête la 62MAS de la collection Prospex, la première montre de plongée de la marque japonaise. SEIKO
145 bougies, cela se fête. Pour son anniversaire, la manufacture japonaise multiplie cette année les nouveautés. Parmi elles, dans la collection Prospex consacrée à l’exploration et à l’aventure, figure une nouvelle interprétation de la réf. 62MAS, première montre de plongée de la marque, lancée en 1965 (de 1966 à 1969, elle accompagna les expéditions japonaises en Antarctique). A noter : le cadran est bien plus nuancé que les photographies ne le laissent supposer. Son vert sombre vire au bleu canard, piqué de reflets mordorés selon l’éclairage. On se croirait en montagne. Rien d’étonnant : les designers de Seiko revendiquent le lac glaciaire de Hallstatt en Autriche comme source d’inspiration, lui dont les eaux changent de couleur au fil de la journée et qui est réputé pour ses vues de carte postale.
◗ Seiko, Prospex 62MAS édition Europe, 40 mm de diamètre, 13 mm d’épaisseur, mouvement automatique manufacture 6R55, réserve de marche de 72 heures, étanche à 300 m, boîtier et bracelet acier, édition limitée à 1 400 exemplaires et réservée au marché européen, 1 650 euros.
Rado souffle ses 40 bougies céramiquesRado, la marque suisse « maître des matériaux », fête les 40 ans de l’Integral, sa première collection en céramique hi-tech. RADO
Depuis des décennies, la marque suisse se présente comme « maître des matériaux ». Un titre qui lui va bien. Elle fut notamment l’une des pionnières de la céramique haute technologie en horlogerie, un matériau qui offre aux boîtiers et bracelets une résistance (aux rayures) et une douceur (au poignet) incomparables.
Pour les 40 ans de l’Integral, sa première collection en céramique hi-tech, Rado signe une variation élégante, très « robe de soirée », en noir et en or jaune. Les maillons centraux, en céramique noire polie, sont ceints d’acier inoxydable revêtu de PVD or jaune, et, pour la première fois dans la collection, un cadran doré à brossage vertical accueille cinq diamants baguette à revêtement noir. Évidemment, pour atteindre pareille finesse (7,3 mm d’épaisseur seulement), c’est un mouvement à quartz qui a pris place dans le boîtier. Le tirage de cette édition limitée numérotée ? 1986 exemplaires.
◗ Rado, Integral Limited Edition, 28 x 39,8 mm, mouvement à quartz R279 PreciDrive, date à 6 heures, verre saphir bombé, étanche à 50 m, 3 750 euros.
Le chiffre : 80 %Vous cherchez une montre et demandez conseil à ChatGPT ou à Gemini ? Pourquoi pas, mais sachez qu’en horlogerie, les intelligences artificielles ont de sérieux biais. Selon une étude signée par l’expert horloger Alexandre Olive, fondateur d’Elia Atelier, et rendue publique fin août, plus de 80 % des réponses à la question « Quelles marques devrais-je envisager ? » orientent le consommateur vers le marché de l’occasion, ou l’incitent carrément à demander un rabais sur le neuf – même quand il n’a rien demandé de tel. L’étude comportait neuf questions posées à plusieurs IA, à propos de 46 marques horlogères, et a généré 15 000 réponses. Pourquoi l’occasion, et le marchandage ? Parce que les machines ne font que « recycler » ce qu’elles « lisent ». Or, les sites officiels des marques ne pèsent que 7,3 % de leurs sources (et le prix n’y est pas toujours affiché), le reste venant des forums, de YouTube et des géants de la revente comme Chrono24 ou Watchfinder – où les prix sont, par définition, ceux de la seconde main.
L’agenda : le 10 octobre, à 10 h 10 !Pour la 2ᵉ édition du World Watch Days, le salon We love Watches investira la Maison de la Mutualité, à Paris, le 10 octobre.
Pourquoi 10 h 10 ? L’heure à laquelle les montres posent pour les photos ne doit rien au hasard. Les aiguilles écartées en V dégagent le logo à midi, laissent respirer le cadran et dessinent une sorte de sourire. De ce dogme horloger est née, l’an dernier, la première édition du World Watch Day, le 10 octobre, qui avait touché quelque 6 millions de personnes sur la planète, à travers des expositions et des contenus numériques. Le thème 2026 ? « Le temps comme patrimoine vivant ». Un copieux programme à l’échelle mondiale, les amateurs et amatrices étant par ailleurs invités à poster, à 10 h 10 pile, la photo de leur montre au poignet.
A Paris, la fête durera deux jours : le salon We Love Watches investit la Maison de la Mutualité pour sa quatrième édition. L’ambiance vaut le déplacement, les pièces aussi. De Baltic à Lip, 85 marques françaises et internationales y présenteront leurs créations, entre deux conférences sur l’héritage horloger.
◗ World Watch Day, samedi 10 octobre 2026, photos à partager avec #WorldWatchDay, programme complet sur worldwatchday.org.
◗ We Love Watches, Maison de la Mutualité, 24 rue Saint-Victor, 75005 Paris, vendredi 9 octobre de 14 à 18 heures, samedi 10 octobre de 10 à 19 heures, billetterie sur event.welovewatches.fr.
Par Françoise-Marie Santucci
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