Le Premier ministre veut offrir toutes les options aux Britanniques quant à la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne. ...
Le temps d'un discours, Andy Burnham est passé, pour de nombreux Britanniques, du statut de nouveau Premier ministre au visage vaguement familier, après seize années comme député à la Chambre des communes et neuf années comme maire du Grand Manchester, à celui de héros ou d'ennemi juré. Au Royaume-Uni, une seule thématique peut provoquer des réactions aussi épidermiques : le Brexit.
Lors de son discours, prononcé mardi lors du congrès du parti travailliste, à Liverpool, Andy Burnham a tout d'abord cité le Brexit, aux côtés de "la désindustrialisation, la déréglementation, la privatisation, l'austérité", pour expliquer le "mauvais chemin" emprunté par le pays. Avant de développer son analyse : "Le Brexit ne nous a pas donné le contrôle. Nous avons perdu une partie du contrôle que nous exercions sur notre économie, car une décennie de faible croissance nous a placés dans une position plus fragile. Nous avons perdu une partie de notre contrôle sur l'immigration."
Le Premier ministre avait alors promis le lancement d'un débat pour réfléchir aux "différentes options envisageables pour les relations à long terme avec nos partenaires européens". Et pas dans dix ans : non, dans la foulée du prochain sommet entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, qu'il envisageait avant "la fin de l'année". Quelques heures plus tôt, de nombreux ambassadeurs européens, présents au congrès du Labour à Liverpool, se disaient peu optimistes sur sa tenue avant 2027. Avant que la donne ne change fortement suite à son annonce. La possibilité d'un sommet organisé le 20 novembre circule désormais largement dans les cercles britanniques.
Les gros chantiers diplomatiques d'Andy Burnham, futur Premier ministre britannique : "J'espère voir, de mon vivant, ce pays réintégrer l'UE"Le lendemain, mercredi, le Premier ministre a été plusieurs fois relancé sur cette question lors d'entretiens avec des médias britanniques. Loin de faire marche arrière, il a clairement explicité les différentes possibilités : "Nous pouvons demeurer comme nous le sommes. George Osborne [l'ancien ministre de l'Économie et des Finances conservateur] a dit que nous devrions rejoindre l'union douanière. Les libéraux-démocrates ont appelé à rejoindre le marché unique. Nous pourrions aussi aller jusqu'au bout et rejoindre l'UE. Nous devons regarder ce qui est faisable, et les avantages et inconvénients de chaque option". Il a reconnu que la possibilité d'un nouveau référendum était "possible", puisqu'il refusait "pour le moment d'écarter la moindre possibilité". Il a néanmoins indiqué qu'"il fallait agir avec beaucoup de prudence", car "les référendums font des dégâts" et "divisent les familles et les communautés". Et ces divisions persistent, malgré la multiplication des sondages faussement rassurants pour les partisans d'un retour dans l'UE.
Les eurosceptiques enragentToute la presse britannique a placé cette annonce en Une. Et pour cause : le sujet demeure polémique et les divisions persistent, comme l'a rappelé le Premier ministre. Si le Guardian se réjouit, le Daily Mail enrage contre "ce déni de démocratie". Le tabloïde doute également que "les eurocrates laisseraient la Grande-Bretagne réintégrer le club sans lui infliger une punition sévère pour avoir eu l'audace de leur tenir tête". Parmi "les humiliations potentielles", "être contraint d'abandonner la livre sterling – une monnaie forte de plus de 1 200 ans d'histoire", se trouve au premier rang.
"Un deuxième référendum divisera le pays de manière particulièrement profonde, comme on ne l'a peut-être jamais vu auparavant", a mis en garde le leader du parti d'extrême droite Reform UK, Nigel Farage, qui avait fait campagne en faveur du Brexit, en 2016. "Ce qu' [Andy Burnham] cherche à faire ici, c'est transférer tout le pouvoir législatif, potentiellement jusqu'à Bruxelles", a-t-il ajouté, lors d'un meeting politique à Doncaster.
Le Brexit a fracturé le paysage politique britannique : "Les gens votent désormais à l'intérieur de leur bloc, alternant entre les partis"Prudente réaction européenneLe "Welcome Back" prononcé mercredi par le président français Emmanuel Macron, profondément détesté par les Brexiters, ne calmera pas leur colère. La Commission européenne a, de son côté, réagi avec une extrême prudence à la réouverture du débat britannique sur la relation entre le Royaume-Uni et l'UE. "C'est au gouvernement britannique d'exposer la façon dont il souhaite développer ses relations à l'avenir. Nous restons ouverts à toute discussion concernant les options qu'elle pourrait proposer", a déclaré un porte-parole de l'exécutif européen.
Les deux parties sont engagées dans une relance de leurs relations post-Brexit, voulue par l'ancien Premier ministre Keir Starmer. Elles essaient, non sans mal, de trouver un accord sur les normes phytosanitaires, le marché carbone et la mobilité des jeunes. Par ailleurs, les deux parties n'ont pas réussi à trouver un accord pour que le Royaume-Uni puisse participer au programme européen de réarmement Safe, doté de 150 milliards d'euros.
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