Lors de son discours au congrès annuel du parti travailliste, il a dit vouloir s’attaquer à des dossiers compliqués et à des tabous, avec l’ambition de redonner l’espoir aux Britanniques. ...
Pour son premier discours mardi au congrès annuel du parti travailliste en tant que chef du Labour et Premier ministre, Andy Burnham a vu grand. Marchant sur la scène plutôt que figé derrière un pupitre, parlant sans note et sans prompteur pour apparaître plus naturel, il a rapidement prévenu ses auditeurs : après neuf années comme maire du Grand Manchester, il est "revenu à la politique nationale pour la changer, pour que la politique soit à votre service".
Mardi, il s'est ainsi attaqué à "des choses que les politiciens évitent normalement". Et pas des moindres. En 2030, un système gratuit d'aide à domicile pour les personnes âgées sera mis en place. C'est l'un des points noirs de la santé britannique, qui affecte le système tout entier et coûte toutes leurs économies à des millions de Britanniques, les retraités concernés et leurs enfants.
Un pari risqué mais assumé de s'attaquer aux pensionsPour en financer une partie, Andy Burnham mettra fin en 2030 à un tabou national : la hausse des pensions de retraite sera plafonnée à 2,5 %, alors qu'elle était jusqu'à présent avant tout alignée sur l'inflation. Dans la foulée, Nigel Farage, le chef du parti d'extrême droite Reform UK, a jugé que le Premier ministre "lançait une offensive contre nos personnes âgées". Un point de vue partagé par les conservateurs et les libéraux-démocrates. Le pari est risqué, et Andy Burnham le sait. Il a prévenu qu'il "pourrait personnellement payer le prix politique" de cette réforme des pensions de retraite.
À Liverpool, Andry Burnham a rendu le sourire aux travaillistes britanniques : "Il est arrivé au pouvoir en sachant ce qu'il voulait faire"Plus tôt, le Premier ministre avait dressé un tableau noir du pays, "sur un mauvais chemin depuis longtemps". Les coupables à ses yeux : "la désindustrialisation, la déréglementation, la privatisation, l'austérité, le Brexit." Pour enclencher un nouveau mouvement, les fournisseurs d'eau seront menacés de nationalisation en cas d'incompétence. À ses yeux, le secteur de l'eau est "un symbole de ce qui ne va pas en Grande-Bretagne : un service où les actionnaires ne perdent jamais et où le public ne gagne jamais". Autre mesure forte montrant sa volonté d'innover, les logements privés insalubres loués comme logements sociaux pourraient être nationalisés par les maires.
Le dossier Brexit revient sur la tableÀ la stupéfaction de ses ministres, le chef travailliste a prévenu qu'en cas de réélection en 2029, le Labour fera adopter une réforme du système électoral pour un probable passage à un mode de scrutin proportionnel. Il entend ainsi faire en sorte que "chaque vote compte et que chaque voix soit entendue", mais aussi éviter qu'un parti "qui crée la division" ayant "30 % des votes ou moins" n'accède seul au pouvoir. Reform UK est évidemment dans sa ligne de mire.
Enfin, le Brexit pourrait être remis en cause à l'avenir. À court terme, c'est-à-dire "lors du sommet entre le Royaume-Uni et l'Union européenne prévu avant la fin de l'année", Andy Burnham exposera "à l'ensemble du pays […] les différentes options envisageables pour les relations à long terme de la Grande-Bretagne avec nos partenaires européens". Il espère ainsi "parvenir à un consensus sur ce point, ce qui nous permettra de clarifier notre position et d'y voir plus clair quant à l'avenir du continent où nous vivons." Le dirigeant travailliste a laissé la porte ouverte aux autres partis, peut-être pour les obliger à dévoiler leurs cartes sur cette question toujours très sensible.
Les gros chantiers diplomatiques d'Andy Burnham : "J'espère voir, de mon vivant, ce pays réintégrer l'UE"Rendre l'espoir sans vider les caissesEn choisissant comme slogan "Redonner l'espoir", Andy Burnham avait laissé entendre qu'il verrait grand. Il n'a pas failli. Après le discours de ce mardi, le pays attend désormais l'annonce le 28 octobre du premier budget de son gouvernement. Il a d'ores et déjà voulu rassurer les sceptiques : il sera "responsable" et "les règles fiscales" fixées par son prédécesseur d'équilibre des dépenses et des rentrées seront respectées.
À la fin de son discours, l'homme volontaire et responsable a exposé son côté humain. Andy Burnham a versé de vraies larmes lors de l'évocation de son père, décédé il y a deux semaines après avoir été atteint par la maladie d'Alzheimer, au point d'émouvoir plusieurs de ses ministres. L'occasion peut-être de démontrer, comme l'estiment de nombreux électeurs, "qu'il est un homme comme nous".
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