Dans cet entretien accordé au « Nouvel Obs » en mai 2009, le prix Nobel de littérature Imre Kertész (1929-2016) livre une réflexion sur l’après-Auschwitz. Le rescapé de la Shoah y évoque sa « saine schizophrénie » sous le communisme hongrois, l’impossibilité de décrire les camps et son attachement viscéral à la culture européenne.
L’écrivain hongrois Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002. Ici, en 2007 à Berlin. SOEREN STACHE/DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP
A 79 ans, Imre Kertész n’a rien perdu de son regard pétillant, ni de son humour Mitteleuropa. L’écrivain hongrois, lauréat du prix Nobel de littérature 2002, reçoit comme toujours dans les salons de l’hôtel Kempinski, sur le Ku’damm, les Champs-Elysées de Berlin. A deux pas de son domicile. Atteint de la maladie de Parkinson, il voyage de moins en moins. De tous les auteurs qui ont consacré leur œuvre à l’Holocauste, l’écrivain hongrois est certainement le plus paradoxal. Rescapé du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, ce fils d’une famille juive modeste de Budapest est l’auteur d’une œuvre prolifique (« Etre sans destin », « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas », « le Refus », « Liquidation », etc.), où se chevauchent deux univers concentrationnaires. Contrairement à d’autres artistes, Imre Kertész n’a jamais cherché à fuir la Hongrie communiste, jugeant même qu’elle l’avait d’une certaine façon « sauvé » du traumatisme de l’Holocauste.
En 2002, treize ans après la chute du Mur, il décide de s’installer à Berlin, « cette ville qui ne cache pas son passé ». Il aime d’ailleurs la langue allemande (il a traduit Nietzsche, Hofmannsthal, Freud, Roth, Wittgenstein). Si Imre Kertész n’a pas publié à proprement parler de témoignage sur Aus…

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