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Sur les laits infantiles, que disent les études scientifiques sur leur composition et les polluants

Дата публикации: 28-02-2026 17:15:00

Si les bienfaits de l’allaitement sont supérieurs, la composition des laits infantiles s’est largement améliorée ces dernières années. Reste la problématique des contaminants.

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Science 04/02/2026 06:45 Actualisé le 28/02/2026 18:15

Si les bienfaits de l’allaitement sont supérieurs, la composition des laits infantiles s’est largement améliorée ces dernières années. Reste la problématique des contaminants.

Photo d’illustration prise dans une pharmacie parisienne de rayons remplis de laits infantiles rappelés Guigoz, le 23 janvier 2026.

VALERIE DUBOIS / Hans Lucas via AFP

Photo d’illustration prise dans une pharmacie parisienne de rayons remplis de laits infantiles rappelés Guigoz, le 23 janvier 2026.

EN BREF
Même si la composition des laits infantiles s’est améliorée, l’allaitement reste recommandé par l’OMS et l’Unicef pour ses nombreux bienfaits.
Les laits infantiles contiennent des nutriments essentiels, mais des contaminants y sont présents. Le lait maternel apporte en plus des molécules qui protègent le nourrisson.
Les laits maternels peuvent aussi contenir des polluants, c’est pourquoi les autorités sanitaires appellent à de meilleures politiques publiques pour réduire les contaminants dans notre environnement.

Les laits infantiles ont mauvaise presse en ce mois de janvier 2026. Des rappels massifs mondiaux de produits Nestlé (Guigoz, Nidal), Lactalis (Picot), Danone (Bledilait), Babybio (Vitagermine) et Popote se sont en effet succédé à la suite d’une contamination par la céréulide, une toxine bactérienne suspectée dans des enquêtes sur la mort de deux bébés. Un scandale qui survient au moment même où les industriels étaient parvenus à regagner la confiance des parents, en améliorant, ces dernières années, la composition des préparations pour nourrissons.

Même si les laits artificiels sont bien meilleurs que dans les années 1970, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Unicef recommandent que « les nourrissons soient exclusivement allaités pendant les six premiers mois de vie » et, si possible, « jusqu’à deux ans ou au-delà ». Après six mois, l’allaitement doit être couplé à une diversification alimentaire.

Première raison invoquée en faveur de l’allaitement : la protection du nouveau-né contre les infections gastro-intestinales, « tant dans les pays en développement que dans les pays industrialisés », pointe l’OMS. Étant une « source de nutriments et d’énergie essentielle », l’allaitement contribue à la baisse du taux de mortalité des enfants dénutris. En grandissant, les enfants ayant été allaités bébés connaissent également moins de problématiques de surpoids et ont de meilleures capacités cognitives. Pour les mères, qui peuvent et veulent allaiter, la diminution du risque de cancer du sein fait partie des bénéfices, prouvé par une étude du HCSP (Haut Conseil pour la Santé publique).

Des nutriments similaires, mais…

« Tous les macronutriments, glucide-protéine-lipide, se trouvent dans les laits maternels et infantiles. Mais il existe plusieurs molécules bioactives dans le lait maternel qu’il n’y a pas dans les préparations infantiles », explique Blandine de Lauzon Guillain, directrice de recherche dans l’unité mixte de recherche CRESS (Centre de recherche en épidémiologie et statistiques), interrogée par Le HuffPost. Et la scientifique de détailler que « certains anticorps maternels passent dans le lait, ainsi que 200 oligosaccharides (dont les HMO, de petits sucres qui servent de nourriture aux bonnes bactéries de l’intestin du bébé ndlr) ».

Concernant les nutriments justement, un focus particulier a été fait sur les protéines dans une étude de l’Inserm de 2014. Conduite par la chercheuse Marie Françoise Rolland-Cachera, elle a analysé le lien entre consommation de lait artificiel et risque d’obésité. Et conclut que la teneur en protéines dans les laits premiers âges est plus élevée que dans le maternel, ce qui déclenche un mécanisme hormonal favorisant le stockage des graisses. « Quand la teneur en protéines est plus faible dans les préparations infantiles, la croissance est plus proche de celle d’un enfant allaité », synthétise Blandine de Lauzon Guillain. Face à ce constat, la législation européenne a évolué et fixe depuis 2020 des limites strictes aux industriels sur les protéines.

Autre nutriment nécessaire à la croissance du nouveau-né : les lipides, via les acides gras DHA et ARA contenus naturellement dans le lait maternel. Ces derniers favorisent un bon développement cognitif, visuel et immunitaire du nourrisson. Depuis les années 1990, DHA et ARA ont été progressivement ajoutés aux laits infantiles en Europe et le nouveau règlement de l’UE de 2020 rend obligatoire une teneur minimum de DHA dans les préparations. L’ajout d’ARA est, elle, facultative. Cet acide gras essentiel est intégré via une huile dans les laits industriels. Et c’est précisément cette huile riche en oméga 6 qui a été contaminée dans les laits actuellement rappelés.

Si vous ne voulez pas ou ne pouvez pas allaiter votre bébé, le premier réflexe est donc de regarder l’étiquette des laits dans le commerce : le taux de protéines doit être de préférence inférieur à 1,34 g/100 ml pour les laits premiers âges et l’apport d’acides gras DHA être compris entre 14 et 35 mg pour 100 ml, avec, encore mieux, une présence d’ARA, conseille l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire.

Des contaminants dans tous les laits

Outre la composition nutritionnelle des laits infantiles, il est intéressant d’observer ce que dit la science sur les polluants (aluminium, plomb, dioxyde de titane…) qu’ils contiennent.

L’étude de référence nationale sur le sujet, appelée EATi (« Étude de l’Alimentation Totale infantile ») et publiée par l’Anses en 2016, a analysé la contamination par 670 substances chimiques de la nourriture donnée aux nourrissons non allaités. Elle conclut un « bon niveau de maîtrise sanitaire au regard des valeurs toxicologiques de référence » mais pointe seize substances à surveiller.

Parmi elles, les PCDD/F et PCB, des polluants persistants qui se fixent sur les graisses, ont été retrouvés en faible quantité dans les laits infantiles. Il faut savoir que le PCDD/F est aussi excrété dans le lait maternel, car cette dioxine se trouve partout dans notre environnement et chaque être humain en accumule. Une surexposition peut, entre autres, provoquer des altérations du développement de l’enfant. C’est pourquoi l’Anses appelle à réduire l’exposition de ces substances chez les nourrissons, notamment en privilégiant pour les enfants non allaités de moins d’un an le lait infantile, plus réglementé, plutôt que le lait de vache.

« Les réglementations sur les teneurs en résidus de pesticides font que les contaminants sont tout de même moins présents dans l’alimentation pour nourrissons que dans celle pour les enfants plus âgés ou les adultes », affirme Blandine de Lauzon Guillain. « Toutefois, les préparations infantiles sont généralement de la poudre à laquelle il faut ajouter de l’eau, qui peut contenir des contaminants tels que les PFAS », ajoute la chercheuse.

Dérivés de pétrole et particules de dioxyde de titane

En 2019, l’ONG Foodwatch alertait, pour sa part, sur la « quantité préoccupante » d’hydrocarbures aromatiques d’huile minérale (MOAH), des dérivés de pétrole potentiellement cancérogènes, mutagènes et perturbateurs endocriniens, dans certains laits infantiles commercialisés en France en Allemagne et aux Pays-Bas. Interpellée, l’EFSA a mené une évaluation officielle, concluant à un risque compte tenu de l’exposition des nourrissons.

Plus récemment encore, des chercheurs français de l’INRAE, de l’AP-HP et du CNRS ont révélé, dans une étude publiée en 2025 dans Science of the Total Environment, avoir découvert des particules de dioxyde de titane, potentiellement cancérogène pour l’Homme, dans 83 % des laits infantiles testés. Aussi, des nanoparticules ont été retrouvées dans « les laits maternels de dix femmes volontaires vivant à Paris ou en proche banlieue, à des taux variables, certaines femmes présentant jusqu’à 15 fois plus de particules que d’autres », ce qui prouve que cette substance « peut passer la barrière de la glande mammaire », rapporte l’étude.

Différents contaminants se trouvent ainsi dans tous les laits, infantile ou maternel. C’est pourquoi le Haut Conseil pour la Santé publique appelle à la fois à « engager des politiques publiques de prévention » pour réduire les polluants dans notre environnement et aussi à ce que la « composition exacte des laits artificiels soit plus clairement indiquée ». Sources de préoccupation pour les autorités sanitaires, ces contaminants sont surveillés de près, d’autant que leur « effet cocktail » reste encore méconnu. Mais il faut rappeler qu’il n’existe pas d’aliment « zéro polluant » et que les bénéfices d’allaiter son enfant ou même de le nourrir avec des laits premiers âges l’emportent sur les risques.

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