Depuis le début de l’année, plusieurs géants de l’agroalimentaire, dont Nestlé et Danone, ont engagé un vaste rappel de laits infantiles en raison de la présence potentielle de « céréulide » dans ces produits pourtant très contrôlés.
Des étagères remplies de lait infantile dans une pharmacie à Paris, le 23 janvier 2026. VALERIE DUBOIS / HANS LUCAS VIA AFP
Tous les lots de laits infantiles concernés par une possible contamination d’origine bactérienne ont « été retirés » du marché, a indiqué ce vendredi 23 janvier la ministre de la Santé Stéphanie Rist après des rappels ordonnés notamment par Nestlé, qui promet de contribuer aux investigations « en toute transparence ». Danone a aussi annoncé le lendemain soirée élargir son rappel à d’autres marchés internationaux après Singapour, notamment la France où deux lots ont été rappelés.
En France, deux enquêtes pénales ont été ouvertes à Bordeaux et Angers après les morts récentes de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de « possible contamination » par la céréulide, sans « lien de causalité » établi pour l’heure, selon les autorités. Mais comment ces produits sont-ils contrôlés ? Réponses de François Vigneau, le directeur industriel des tests alimentaires Europe du géant mondial des laboratoires d’analyses, le Français Eurofins.
• Des contrôles de sécurité alimentaireD’une manière générale, les contrôles de sécurité alimentaire sont particulièrement stricts pour les produits très sensibles comme le lait infantile. Dans leurs plans de contrôle, les industriels accordent une vigilance maximale à ces produits, définissant soigneusement la fréquence et la nature des analyses.
Ces contrôles ne portent pas que sur les produits finis mais aussi sur les matières premières et l’environnement de production.
• La présence de bactéries et substances surveilléeParmi les menaces surveillées de manière générale dans les produits alimentaires et plus particulièrement dans le lait infantile figure la présence de salmonelles et de listeria, ainsi que le très redouté germe cronobacter, dont la détection entraîne retrait immédiat et rappel de lots.
Au-delà de ces contrôles microbiologiques, d’autres substances sont traquées : métaux lourds, résidus de traitement vétérinaire, résidus chimiques, pesticides et dioxines présentent dans l’environnement.
• L’hygiène des usines contrôléeL’hygiène des usines est également contrôlée avec des prélèvements d’échantillons dans ses différentes parties. Les entérobactéries et les bactéries de la famille des Bacillus cereus sont recherchées comme des indicateurs d’hygiène permettant de vérifier les conditions de fabrication.
La conformité nutritionnelle des laits infantiles est également vérifiée : les ajouts de minéraux, vitamines, acides gras essentiels doivent correspondre aux valeurs affichées.
• La recherche de la céréulide pas systématiqueLa recherche des bactéries de la famille des Bacillus cereus, est systématiquement proposée mais la céréulide, une toxine produite par certaines souches de Bacillus cereus dans certaines conditions, ne fait pas partie des contrôles classiques.
Dans le contexte actuel des rappels de lait, ce test est en ce moment demandé car l’ensemble des acteurs des produits laitiers en général et des poudres infantiles en particulier se préoccupent de la situation.
De très nombreux grands noms du secteur cherchent à s’assurer que les produits qu’ils commercialisent sont sûrs. En ce moment, des analyses de céréulide se multiplient à travers l’Europe, signe de cette responsabilisation. Les résultats de cette analyse peuvent être apportés en quelques jours seulement.
• Pas de réglementation pour ces contrôlesPour l’instant ce type de contrôle n’est pas encadré par une réglementation mais pourrait l’être à l’avenir comme c’est souvent le cas après l’émergence de nouveaux risques à l’instar des « polluants éternels » PFAS.
Aucun changement radical dans les habitudes de contrôles des industriels n’avait été observé récemment, mais cela ne garantit pas que tous appliquent des fréquences de contrôle parfaitement adaptées.
Les risques émergents, ne peuvent jamais être éliminés : certains sont latents d’autres nouveaux. Dans le cas de la céréulide il s’agissait d’un risque potentiellement latent, mais jusqu’ici peu prégnant.
Par Service Actu (avec AFP)