Dimanche 28 juin, une manif réunit de nombreuses associations au pied du téléphérique des Angles contre ce projet “écocide” - alors que sévit une canicule historique. Maire des Angles, Michel Poudade, qui veut tout faire pour prolonger l’économie du ski, s’inscrit en faux et accuse l’ancien maire de vouloir lui nuire... Ce projet, qui "permet aussi des rentrées d’argent", et que les associations contestent devant le Conseil d’Etat, est symbolique. L’ex-maire, Christian Blanc, lui, ne décolère pas.
Cet article <b>P.-O. :</b> Une mégabassine au sommet des Angles fait bouillir les défenseurs de la nature
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Travaux en cours de la méga-bassine sur la crête, à 2 300 mètres d’altitude au-dessus des Angles, le 12 juin 2026, au Roc d’Aude. Ph. Vincent Vlès - Mountain Wilderness
Dimanche 28 juin, une manif réunit de nombreuses associations au pied du téléphérique des Angles contre ce projet “écocide” – alors que sévit une canicule historique. Maire des Angles, Michel Poudade, qui veut tout faire pour prolonger l’économie du ski, s’inscrit en faux et accuse l’ancien maire de vouloir lui nuire… Ce projet, qui “permet aussi des rentrées d’argent”, et que les associations contestent devant le Conseil d’Etat, est symbolique. L’ex-maire, Christian Blanc, lui, ne décolère pas.
Ça chauffe dans les Pyrénées catalanes. Pas seulement à cause de la canicule mais d’un projet censé assurer une certaine pérennité des sports d’hiver malgré l’inéluctable réchauffement climatique qui nous saisit dans son expression la plus torride en ce moment : un projet de méga-bassine qui surplombera, à 2 300 mètres d’altitude, la station de ski des Angles. Sa superficie ? Quelque 113 000 m3 sur plusieurs hectares posés sur la crête de la montagne. Comment ? En faisant remonter de l’eau pompée dans les petits cours d’eau de surface dans ce futur lac artificiel qui sera profond de sept mètres maxi. Un projet tout à fait légal, confirme la préfecture des P.-O.
“Un écocide sur l’un des plus beaux sites du Capcir”
L’inauguration (le 12 février 2023), Michel Poudade, maire des Angles. Ph Michel Jauzac, CD66.
Mobilisées, les associations de défense de l’environnement qualifient ce projet de “fou”. C’est un “écocide”, disent-elles, “sur l’un des plus beaux sites du Capcir où les travaux sont en cours ; dans un lieu où il y a des espèces protégées comme le Grand Tétras, la perdrix ou le lagopède”…
Une pétition a même été lancé recueillant déjà près de 7 000 signatures. La montagne souffre-t-elle de son avidité touristique ? On se souvient du super-téléphérique espagnol de même philosophie, certes, pas au même endroit. On se souvient également du rapport de la chambre régionale des compte dont la présidente avait affirmé qu’à Font-Romeu, la voisine des Angles, “le changement climatique est peu pris en compte.” Le village catalan citait l’étude Climsnow sur les projections d’enneigement optimistes garantissant ou à peu près encore 25 ans de flocons.
Manifestation dimanche au pied du téléphériqueEx-candidat aux municipales à Prades, David Berrué (EELV) rappelle, en tout cas, que “la commune des Angles a entrepris le creusement d’un lac d’altitude, entre Mont Llaret et Roc d’Aude, destiné à la production de neige de culture. Sans étude d’impact. Sans enquête publique. Dans une logique du fait accompli lamentable.” Et : “Contre cette mégabassine dont les impacts sur l’environnement sont d’ores et déjà délétères, collectifs citoyens et associations écologistes (1) appellent à une manifestation, ce dimanche 28 juin à 11 heures, aux Angles, au niveau des télécabines.” Ils entendent refuser “cette nouvelle atteinte à la nature. Pour stopper cette folie. Pour exiger du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, dont la charte interdit la consommation de nouveaux espaces par les domaines skiables, le respect des valeurs qu’il s’est lui-même donné”.
Les travaux sont lancés à marche forcée. Et tous les élus du parc naturel sont silencieux. C’est lamentable”
David Berrué (EELV)
David Berrué, EELV. DR
David Berrué reprend son souffle : “L’idée est de continuer à faire tourner à plein les canons à neige ; cette eau stockée redescendra par gravité. Avec quelques prétextes pour que la préfecture donne son feu vert. Sans enquête publique ni étude d’impact. Sans rien. Cette bassine comme elle va servir à la sécurité incendie – même s’il y a déjà le lac de Matemale à côté – et cela va aussi servir à abreuver des bêtes assoiffées par la canicule… Pour le maire des Angles, “spécialiste du Grand Tétras”, ironise-t-il, présent dans ce coin des Pyrénées catalanes, ce sera un point d’eau pour la faune sauvage aussi. Les travaux sont lancés à marche forcée. Et tous les élus du parc naturel sont silencieux. C’est lamentable. C’est pour cela que se mobilise un collectif d’associations, aussi important et inédit.”
L’affaire est portée devant le Conseil d’EtatPrésident de la Frene 66, Marc Maillet explique comment le projet a été contesté jusqu’à présent : “On avait porté l’affaire en justice. On a contesté la délibération municipale qui acte, préalablement au chantier, un échange de parcelles communales pour des parcelles appartenant à l’ONF dans un contrat que nous qualifions de défavorable. Ensuite, le préfet a accordé la déclaration dite de la loi sur l’eau ; ce qui nous amené à introduire un référé contre cette autorisation de réaliser cette bassine. Le tribunal administratif de Montpellier nous a déboutés. Pourtant, il n’y a aucune étude d’impact…”
“Nous avons déposé un référé depuis trois semaines. Le tribunal ne l’a pas encore mis à l’audience”
Le schéma Ph. Les Angles
Résultat, l’association a décidé de porter l’affaire devant le Conseil d’Etat. Sauf que cela induit plusieurs mois d’attente supplémentaires pour obtenir une décision définitive. D’ici là, les pelleteuses auront fini le travail… Il y a aussi eu une contestation en justice contre le permis d’aménager que la commune est obligée de se délivrer. “Nous avons déposé un référé depuis trois semaines. Le tribunal ne l’a pas mis encore à l’audience. Pour donner le temps au chantier d’être fini”, pense-t-il. “La commune des Angles joue sur le fait que le volume d’eau qui sera utilisée dans les canons à neige ne changera pas. Mais ces volumes ne seront pas disponibles au même moment et ne seront pas récoltés au même endroit. Cette bassine sera posée sur une crête ; il y aura des problèmes d’instabilité qui n’ont pas été pris en compte. C’est une folie totale.“
Et l’avenir pour ce vieux militant, qui siégea pendant 25 ans au Conseil de la Montagne, n’apportera rien de bon pour la montagne. “Une loi montagne dite “souveraine” est en préparation. Très rétrograde. tous les lobbies anti-écolo, contre l’ours, pour les pesticides sont à la fête… C’est triste.”
Dès qu’il y a une période de trois sur quatre à cinq jours, nous ne pouvons pas en profiter pleinement : en deux jours et demi nous avons fini nos réserves”
Michel Poudade, maire des Angles
Contacté, Michel Poudade, maire des Angles et président des Neiges catalanes s’inscrit en faux. Pourquoi créer cette retenue ? “L’idée existe depuis de très nombreuses années. Il faut davantage plus de retenues d’eau pour être plus efficients pour la production de neige de culture lors des épisodes de froid.” La commune a une autorisation maximum de prélèvement d’eaux de surface de 300 000 m3. “Mais nous n’y arrivons jamais, dit-il. Nous tournons en moyenne autour de 260 000 m3 et, cette année, vu le fort enneigement, c’était beaucoup moins. Nous avons déjà deux bassins, de 45 000 m3 et de 13 000 m3 d’eau. Dès qu’il y a une période de trois sur quatre à cinq jours, nous ne pouvons pas en profiter pleinement : en deux jours et demi nous avons fini nos réserves.”
“Faire marcher davantage les canons dès le début de saison”
Le projet DR
En clair, il faut assez d’eau dans les bassins quand il fait froid pour alimenter les canons à neige. “Ce nouveau stockage permet en début de saison de faire marcher davantage les canons dès le début de saison sur la totalité de la période de froid, sans dépasser le quota. Comme le fait Font-Romeu qui a toute l’eau qu’elle veut puisqu’elle pompe dans les Bouillouses ; l’eau arrive tout le temps et peuvent “canonner” dès qu’il fait froid.”
Alain Luneau, maire de Font-Romeu s’inscrit en faux : “Font-Romeu ne fait pas ce qu’elle veut en la matière. La puissance publique ne nous permet “que” 540 000 m3 et interdit tout puisage dès qu’il y crise ou crise renforcée. Par ailleurs l’eau puisée pour Font-Romeu provient du contingent Energie durant l’hiver. Elle est payée au prix du kW produit par le même mètre cube d’eau turbiné plusieurs fois sur toutes les usine de production de la Têt avant le lac de Vinça. Le barrage ayant un fonctionnement bi saisonnier, rien n’est pris dans l’eau potable pas plus que dans l’eau réservée pour l’agriculture. C’est au contraire extrêmement contrôlé.”
Nous voulons maintenir l’emploi et le ski le plus longtemps possible. Nous avons 680 habitants et 12 000 emplois l’hiver. Et aucun chômage”
Cette eau proviendrait de ruisseaux avec un système de pompes et redescendra naturellement. “Aujourd’hui, pour atteindre les 40 bars nécessaires aux canons, on utilise des sur-presseurs très consommateurs d’énergie qui, demain, ne seront plus utiles. On fera donc 150 000 € d’économies par an. Dès que l’on parle d’une mégabassine, on voit bien l’état d’esprit de ces associations qui souhaitent la paupérisation de notre territoire de vie et notre conseil municipal n’a pas été élu pour ça. Pas sur l’idée de décroissance. Nous voulons maintenir l’emploi et le ski le plus longtemps possible. Nous avons 680 habitants et 12 000 emplois l’hiver. Et aucun chômage. Profitons de cette retenue pour des fonctions complémentaires : nous avons fait des réunions avec les pompiers pour savoir comment on pourrait poser des bouches pour raccorder des tuyaux à incendie.”
Nous avons lancé un appel d’offres pour créer une station de transfert par pompage pour la fabrication électrique. Nous allons profiter de la chute d’eau pour fabriquer de l’électricité en faisant tourner une génératrice”
Pourquoi ne pas pomper de l’eau au lac de Matemale ? “C’était trois fois plus cher, 7,5 M€, confie Michel Poudade. On aurait été obligés de traverser de canalisations toute la plaine agricole et dieu seul sait que nous aurions eu les mêmes associations qui nous auraient attaqués. On aurait consommé davantage d’énergie. Là, avec cette retenue à 2 300 mètres, c’est 4,5 M€ – payés par la station et qui ne bénéficie pas de subvention publique – dont 1,9 M€ pour le bassin sur la crête. Avec le reste, on change notre process ; on est plus performant avec nos canons. Et nous avons lancé un appel d’offres pour créer une Step, une station de transfert par pompage pour la fabrication électrique. Nous allons profiter de la chute d’eau pour fabriquer de l’électricité en faisant tourner une génératrice.”
“Pouvoir accompagner le quatre saisons dans 30 ans”
La lac de Matemale, magnifié par l’hiver. Ph. : Antoine Segalen.
“Une fois la fabrication de la neige terminée, nos “snowmakers” laisseront le soin au régulateur de l’énergie d’enclencher à distance, une production électrique au moment où il y en aura besoin. On fera ainsi monter l’eau quand l’électricité est la moins chère et de produire au moment voulu de demande électrique. Et selon notre étude, un retour financier pour la commune de 400 000 €. Et cela restera bien après le ski. Ce qui permettra à la commune dans 30 ans de pouvoir accompagner de quatre saisons qui coûte aux particuliers parce qu’il faut entretenir les chemins de randonnée, de VTT, etc. Aujourd’hui, c’est en grande partie le ski qui le paie…”
“Je le prends pour une attaque personnelle et politique”Si c’est aussi vertueux, pourquoi autant d’associations se mobilisent-elles ? “Je le prends pour une attaque personnelle et politique. A la tête de cela, il y a Christian Blanc, l’ancien maire qui est derrière, lanceur d’alerte pour les associations. Peut-être a-t-il changé d’optique lui qui avait investi 25 M€ dans les remontées mécaniques… Et il avait bien fait. Mais penser qu’il faut tout arrêter parce qu’ill n’est plus maire, il a tort. Les stations sont montrées du doigt. Les associations ? Elles veulent que notre montagne se vide de ses habitants. Ce n’est pas ma vision. Ce n’est pas pour autant qu’il faut y faire n’importe quoi : on sait très bien que c’est notre richesse première.”
“Des associations comme celles-là auraient empêché la construction du lac de Matemale”
La préparation des pistes. Ph. DR.
“Demain, on sera des refuges climatiques parce que nous aurons préservé notre environnement. Je ne veux pas massacrer la montagne où je suis né. Je ferai tout pour la protéger. Des lacs, il y en a partout ; eh bien, il y en aura un de plus. Des associations comme celles-là auraient empêché la construction du lac de Matemale et lui fait 50 millions de mètres cubes. Il est une richesse et fait partie du paysage, comme cette bassine fera partie du paysage là haut. On y ajoute même une bâche alimentaire ; on ne manque pas d’eau mais si un jour nous avions une rupture de canalisation, on pourra s’en servir.” Et puis Michel Poudade a demandé un suivi de cinq ans par un écologue. “Je veux pouvoir démontrer aux détracteurs que là où on amène l’eau, il y a la vie. La haut, il n’y a pas de vie. Parce qu’il n’y a pas d’eau. La perdrix grise reviendra.”
“Il restera cette bassine qui apportera toujours un profit pour la commune”“Le ski répond aux attentes de la population, entre guillemets, les riches ; qu’elle pollueraient (mais quoi ? elles consomment juste de l’électricité comme toute activité économique !) ; elles consomment de l’eau mais la neige va fondre et qui va revenir dans la nature. On ne va pas la faire disparaître. Et quand le ski disparaîtra dans quelques décennies, les pylônes seront enlevés, la nature reprendra ses droits et dans 150 ans, on ne se posera pus de questions. Il restera cette bassine qui apportera toujours un profit pour la commune.” Il ajoute que ses confrères des communes des Neiges catalanes sont “sur la même longueur d’ondes”.
Ça n’existe nulle part ailleurs, un sommet détruit comme cela ! C’est un site Natura 2000 et labellisé Znieff. C’est une première. De la folie”
Christian Blanc, ex-maire des Angles
Ancien maire des Angles, Christian Blanc ne décolère pas. Sur le procès que lui fait Michel Poudade, il tranche : “Cela fait douze ans que je suis parti. Je n’ai aucune ambition. Mais détruire le sommet d’une montagne comme cela, ce n’est pas possible ! Ce sommet offre une vue exceptionnelle à 360 degrés sur le Capcir, le Canigou, l’Espagne. Il est aussi exceptionnel pour son biotope ; ses animaux endémiques comme le grand Tétras où c’est l’une des aires de reproduction. Ça n’existe nulle part ailleurs, un sommet détruit comme cela ! C’est un site Natura 2000 et labellisé Znieff. C’est une première. De la folie.” Et de confier : “Les travaux de terrassement ont débuté le lendemain de la fermeture de la station : ils ont fait monter des dameuses pour enlever le trop-plein de neige au sommet pour y préparer une mégabassine artificielle !!!”
“On ne détruit pas la montagne avec un projet inutile”
Photo prise en décembre 2025 après les travaux de terrassement. Dr
L’ancien maire du village explique que “c’est un projet qui a été suggéré il y a quinze ans. Il est dramatique. On ne détruit pas la montagne ! J’ai toujours été pro-station de ski ; j’ai fait installer 90 % des infrastructures existantes mais on avait toujours en tête un équilibre et deux lignes rouges : on ne touche pas aux espaces naturels ni aux zones agricoles. Et je ne parle même pas de l’économie de ce projet qui est inutile. Faire de la neige de culture en deux jours au lieu de cinq jours… ? La belle affaire. Je ne parle pas des 35 hectares de forêts que va donner Michel Poudade à l’ONF contre 6 hectares d’emprise de ce lac. Il ferait mieux de sécuriser l’alimentation en eau potable de la station où les constructions ne cessent de pousser ; nous avons déjà 21 000 lits touristiques…” Et ajoute : “Les élus des angles sont dans une course de vitesse vis-à-vis du réchauffement. Mais on entre dans une spirale : plus de fiscalité, plus d’immobilier…” Il évoque aussi la persistance de l’expérience montagne malgré le manque de neige de plus en plus présente chez les touristes dont à peine la moitié vienne pour skier.
Des “prétextes” pour faire accepter le projet
Les Angles dans les Pyrénées catalanes. Photo d’archive. Olivier SCHLAMA
“Il y a une grande nappe sous le sommet, une très grande réserve qui s’écoule sur tous les versants. Et là on va faire remonter de l’eau…” Christian Blanc dénonce des “prétextes” pour mieux faire avaler la pilule : “Abreuver les animaux là haut ? Avec une bâche, cela va créer des problèmes sanitaires…” Le risque incendie sur le Roc d’Aude ? “C’est la montagne la plus entourée de lacs qui sont au pied de la montagne et où peuvent se recharger les Canadairs, si besoin. Il y a tout un chapelets de lacs entre 1 900 et 2 000 mètres. Et puis pourquoi ne pas avoir pensé à connecter ce système de relevage d’eau à Matemale : il n’y a qu’un kilomètre jusqu’au bas de la station !”
Pourquoi aucun élu ne bouge…? “Quand un petit village a besoin de refaire son lavoir par exemple il a besoin des finances de la communauté de communes. S’il n’acquiesce pas sur ce genre de projet, eh bien ça ne se fait pas… C’est un système. Et puis ils sont dans leur bulle ; Michel Poudade a été élu sans liste d’opposition. Cette montagne, c’est un bien de l’humanité…”
Olivier SCHLAMA
Chambre des comptes : À Font Romeu, “le changement climatique est peu pris en compte”
Pyrénées : L’inquiétant projet de super-téléphérique espagnol et ses 16 000 touristes par jour…